L’Afrique, un continent en voie d’émergence

Alors que l’identification de pays africains réellement émergents s’avère complexe, l’Afrique dispose d’atouts pour décoller en tant que continent grâce, dans un premier temps, au développement d’un marché commercial, puis d’un marché financier. L’Afrique est aujourd’hui considérée comme une terre d’opportunités économiques et financières. Depuis 2000, ses bonnes performances économiques suscitent une vague d’optimisme de la part des investisseurs internationaux. Un sentiment qui pourrait être conforté par la résilience dont fait preuve l’activité économique africaine face à l’épidémie de Covid-19 (- 2,6 % en 2020), au regard de son impact à l’échelle mondiale (- 4,4 %). I) L’émergence, un concept mobilisé par les pays africains eux-mêmes Face à ce renouveau, les dirigeants africains ont adapté leurs discours pour évoquer les ambitions économiques de leurs pays respectifs. Les objectifs traditionnellement mis en avant de réduction de la pauvreté ou d’amélioration des indicateurs socioéconomiques ont progressivement laissé place à l’ambition d’«émergence» dans la plupart des plans nationaux de développement économique des pays du continent. Près de la moitié des économies africaines disposent d’un plan national visant à accéder à l’émergence à court, moyen ou long terme. À titre d’exemple, l’ambition du Plan «Sénégal émergent» est d’en faire un pays émergent à l’horizon 2035. Au Gabon (« Plan stratégique Gabon émergent »), cet objectif devrait être atteint dès 2030. Quant au Maroc, il ambitionne   l’émergence industrielle par une stratégie d’industrialisation entre 2009 et 2015 qui a été suivi par un plan d’Accélération Industrielle 2014-2020. Depuis 2015 et à l’initiative du président ivoirien Alassane Ouattara, une Conférence internationale biennale sur l’émergence de l’Afrique a même été instituée et vise à « soutenir le développement des capacités à préparer et mettre en œuvre les plans d’émergence » du continent. Mais peut-on réellement identifier des pays africains qui se démarquent dans leur trajectoire de développement au point de pouvoir être considérés comme émergents ou en voie d’émergence ? II) Une poignée de pays africains émergent… partiellement La notion d’émergence ne renvoie pas à une définition communément admise par l’ensemble des acteurs des sphères économiques et financières. Il est toutefois possible d’examiner l’Afrique à l’aune des critères communément admis comme étant partagés par les premiers pays émergents, notamment asiatiques. Ces économies se sont distinguées par une croissance économique soutenue sur une longue période, leur capacité d’intégration commerciale et financière, et la prise de relai d’un développement extraverti par une croissance endogène, reposant sur le développement d’un marché intérieur et d’une consommation interne dynamique. Or, si quelques pays africains enregistrent de très bonnes performances dans l’un de ces domaines, ils peinent à répondre à l’ensemble de ces critères. Prenons l’exemple du Nigeria, de l’Afrique du Sud et de l’Égypte, qui constituent les trois premières économies africaines en termes de produit intérieur brut (PIB). De par leur taille, ces économies sont les principales destinations africaines des investissements directs étrangers (IDE), après Maurice. Elles concentrent à elles seules 35 % des flux entrants en Afrique. Mais ces économies enregistrent des performances mitigées en matière d’indicateurs sociaux. Si l’on considère à présent les pays qui connaissent les plus forts taux de croissance, ils ne sont pas nécessairement pour autant ceux qui attirent le plus de capitaux ni ceux qui parviennent à faire bénéficier cette accumulation de richesse à leur population. L’Éthiopie, le Rwanda et la Tanzanie, dont les croissances économiques ont été durablement soutenues au cours de la dernière décennie, sont certes engagés dans une dynamique de rattrapage, mais ces pays demeurent des marchés de taille limitée : le PIB éthiopien ne représente en 2019 que 20 % du PIB nigérian, contre 15 % pour la Tanzanie et seulement 2 % pour le Rwanda. En outre, leurs résultats en matière d’indicateurs sociaux restent modestes en dépit d’une réduction de la pauvreté. Ces exemples soulignent tout l’enjeu du caractère inclusif du modèle de croissance des pays africains. III) Émergence : l’Afrique a son propre index On comprend alors pourquoi la grande majorité du continent (à l’exception de l’Afrique du Sud et, dans une moindre mesure, de l’Égypte et du Nigeria) était jusqu’aux années 2010 tenue à l’écart de la notion d’émergence proprement dite. Mais s’il apparaît que peu de pays africains peuvent être qualifiés d’émergents à ce stade, plusieurs économistes et chercheurs proposent des nouvelles définitions de l’émergence élargies à des critères sociaux, de gouvernance et de qualité des infrastructures. Ces définitions revisitées permettent d’identifier les prochains pays émergents en Afrique. Aux BRICS et autres classements élaborés par les agences de notation ou les banques d’affaires au cours des précédentes décennies viennent alors s’ajouter des acronymes qui laissent davantage de place aux pays africains (comme les BENIVM, dont l’Éthiopie et le Nigeria font partie), voire qui se concentrent sur ce continent à l’exemple des AKNEEM (l’Afrique du Sud, le Kenya, le Nigeria, l’Égypte, l’Éthiopie et le Maroc). Un index sur l’émergence en Afrique a également été élaboré. IV) L’émergence de l’Afrique précédera celle des pays africains Mais si les dynamiques à l’œuvre au sein de ces pays sont positives, leurs trajectoires ne peuvent être comparées à celles observées dans les grands pays émergents au cours des décennies 1990 et 2000. Elles ne laissent pas présager d’une émergence sous la forme d’un modèle aussi extraverti, amené à concurrencer ces grandes économies à court terme, tout du moins à l’échelle nationale. Ce n’est d’ailleurs pas l’ambition de la plupart des pays africains disposant d’un plan d’émergence, qui recherchent avant tout une plus grande prospérité. Au-delà de ces dynamiques nationales, l’Afrique dispose toutefois d’atouts pour émerger en tant que continent. Raisonner à cette échelle permet de lever les freins auxquels font face les pays africains pris individuellement, en élargissant la taille du marché, en offrant de nouvelles opportunités économiques et en multipliant la capacité d’insertion dans les échanges internationaux tant commerciaux que financiers. À terme, l’Afrique pourra en effet s’appuyer sur la perspective potentielle d’un dividende démographique, sur le dynamisme de la consommation intérieure, voire à terme sur la complémentarité de ses productions. Les institutions africaines se mettent progressivement en place pour accompagner cette émergence. Alors que les organisations régionales aspirent à se renforcer, le premier pas d’une intégration à l’échelle continentale a été franchi avec la mise en place de la zone de libre-échange continentale (ZLECA). Un marché financier viendra dans un

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La déflation : définition, causes et conséquences

Que signifie exactement le terme « déflation » ? Quels événements peuvent provoquer le phénomène et quels sont ses effets économiques et sociétaux ? Quelles sont les principales occurrences historiques de déflation et qu’en est-il aujourd’hui ? I) La définition :  La déflation désigne une diminution de la moyenne de l’ensemble des prix dans une zone économique donnée, constatée sur une période durable (plusieurs trimestres consécutifs). Elle se caractérise donc par une hausse du pouvoir d’achat de la monnaie sur la période concernée. La déflation est l’opposé de l’inflation. À l’inverse de cette dernière, elle se caractérise en effet par une baisse durable et auto entretenue du niveau général des prix. À noter que la déflation peut être dite sectorielle, si elle ne touche qu’une partie de l’activité économique, ou généralisée. Il est aussi important de ne pas confondre déflation et désinflation compétitive. Cette dernière désigne une politique visant à favoriser le ralentissement du rythme de l’inflation pour améliorer la progression du pouvoir d’achat et gagner en compétitivité-prix. En pratique, dans le cas d’une désinflation, l’indice général des prix diminue mais reste positif. Dans le cas d’une déflation, aussi appelée inflation négative, l’indice général des prix passe sous le taux de 0%. II) Les différentes causes de la déflation: En économie de marché, la déflation résulte structurellement d’un déséquilibre durable de l’offre et de la demande, la première étant supérieure à la seconde. Il en découle mécaniquement une baisse des prix qui s’auto-entretient. Les causes principales de ce déséquilibre, souvent cumulées, peuvent être de diverses natures : surproduction de biens et d’offres de service, contraction des débouchés, diminution des coûts de production, contraction de la masse monétaire en circulation, surendettement et restriction du crédit, politiques d’austérité et de monnaie forte… Les exemples de déflation sont rares. Dans les pays développés, on n’en recense que deux exemples au cours des 100 dernières années : la déflation des années 1930, qui a touché les États-Unis puis l’Europe, et celle, plus récente, qui a atteint l’économie japonaise à la fin des années 1990. Dans les deux cas, la déflation s’est déclarée à la suite d’un choc financier (krach boursier aux États-Unis en 1929, krach boursier puis immobilier au Japon en 1990-1992) auquel les autorités monétaires ont apporté des réponses inadaptées ou trop tardives qui ont précipité l’économie dans une crise profonde. Aux États-Unis, la banque centrale (la FED) décide, face à la chute de la bourse en octobre 1929, d’augmenter ses taux d’intérêt. Il en résultera une contraction du crédit et de l’activité qui plongera l’économie dans la déflation. La leçon de cette erreur sera retenue. Ainsi, en 2008, la FED réagira en effet très rapidement au krach immobilier et boursier en injectant des liquidités et en abaissant ses taux directeurs. Au Japon, les krachs boursier et immobilier du début des années 1990 fragilisent les banques qui avaient accordé de nombreux prêts gagés sur la valeur des actifs immobiliers, et qui se retrouvent en difficulté. Pour y faire face, elles vendent massivement les actifs financiers qu’elles détiennent, actions et obligations, et réduisent la distribution de crédit. L’activité se contracte et les agents économiques cherchent à se désendetter plutôt que d’investir dans des actifs dont les prix baissent. Une spirale de type baisse des prix des actifs –> désendettement -> report des investissemenst -> baisse des prix des actifs se met en place et finit par peser sur l’activité via la baisse des investissements et l’absence de revalorisation des salaires. La Banque du Japon tarde à réagir. En effet, l’économie japonaise avait déjà basculé dans la déflation quand la politique du taux zéro et des mesures non conventionnelles d’achats d’actifs financiers ont été adoptées.  III) Les conséquences de la déflation: À première vue, la déflation est une bonne chose pour le consommateur, avec des prix de biens et de services qui baissent et des ménages qui voient alors leur pouvoir d’achat augmenter considérablement et durablement. Mais, en réalité, les conséquences de la déflation sont plus néfastes que positives pour l’économie : D’une part, la baisse régulière des prix incite les ménages à reporter leurs décisions d’achats dans l’attente de nouvelles chutes de prix. Ce comportement conduit à thésauriser la monnaie, baisser la consommation globale et à gonfler les stocks des entreprises qui n’arrivent plus à écouler leurs productions. En réaction, celles-ci réduisent leur production et leurs investissements. Les salaires baissent, les embauches se raréfient et le chômage progresse, ce qui finit par affecter le revenu des ménages. Il s’ensuit une nouvelle baisse de la consommation qui génère la formation d’un cercle vicieux car auto-entretenu. La Grèce a connu ainsi une période de déflation de 2013 à 2015. D’autre part, la déflation provoque une dégradation de la situation financière des particuliers et institutionnels qui ont recours à l’emprunt. En effet, le coût réel de la dette (c’est-à-dire une fois l’inflation prise en compte) augmente avec la baisse de l’indice général des prix car les remboursements des emprunts ne sont généralement pas indexés sur l’inflation. Il en résulte une moindre capacité à investir pour les entreprises et une moindre capacité à consommer pour les ménages endettés, ce qui renforce le cercle vicieux précédemment décrit. La déflation est donc un piège en ce sens où elle génère une spirale néfaste à l’économie toute entière. Elle est en outre très difficile à combattre par les autorités monétaires car elle se nourrit des anticipations auto-réalisatrices des agents économiques : tant que ceux-ci pensent que le phénomène de baisse des prix généralisée va se poursuivre, ils adopteront toujours le même comportement attentiste qui est à l’origine de l’apparition de la déflation. Le Japon a ainsi connu une phase prolongée de déflation depuis la fin des années 1990 que la politique monétaire n’a pas réussi à combattre efficacement. Les autorités monétaires japonaises ont en effet réagi trop tardivement alors que la déflation était déjà présente, si bien que ni les baisses de taux d’intérêt ni les politiques d’injection de liquidités dans le système financier n’ont réussi à endiguer la spirale de baisse des prix. Tout l’enjeu pour les autorités monétaires est donc d’agir préventivement afin d’éviter que l’économie ne tombe dans la déflation. En Europe les statistiques d’inflation

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