Innovation en Afrique : défis et opportunités Par Abdeljalil Aboulmajd
Avant d’aborder les défis et les enjeux de l’innovation en Afrique, il s’avère important de s’intéresser dans un premier temps au terme innovation en tant que tel. Alors qu’est-ce que l’innovation ? Et comment l’innovation en répondant aux besoins spécifiques de l’Afrique transformera ses défis en opportunités ? I)Définition de l’innovation Si l’innovation fait aujourd’hui consensus comme élément clé d’une stratégie de sortie de crise, la notion de l’innovation a évolué à travers le temps, elle a même changé de connotation et a élargi son champ d’application. Historiquement le mot latin innovatio veut dire renouvellement. Dans son livre « Capitalisme, Socialisme et Démocratie » , l’économiste autrichien Joseph Schumpeter (1883-1950) considérait le développement économique comme un processus de renouvellement permanent. La « destruction créatrice » est son idée centrale : les nouvelles technologies et les innovations supplantent les anciennes structures, ce qui stimule le progrès et la croissance. Schumpeter considérait les entrepreneurs et les innovations technologiques comme les principaux moteurs de l’économie. Il mettait toutefois en garde contre le fait que la bureaucratie, une réglementation excessive et une aversion pour le risque dans la société pouvaient freiner le processus d’innovation. De même, Joseph Schumpeter distingue l’invention et l’innovation dans ses recherches. Pour lui, l’invention est la découverte de nouvelles connaissances scientifiques et techniques. Alors que l’innovation est « la commercialisation de toute nouvelle combinaison issue de nouveaux matériaux et composants, l’introduction de nouveaux process, l’ouverture de nouveaux marchés ou l’introduction de nouvelle forme organisationnelle ». II) Défis et opportunités en Afrique Dans un contexte numérique global, l’innovation en Afrique fait face à des défis significatifs : – Infrastructures insuffisantes : De nombreuses régions manquent d’une connectivité adéquate, freinant le développement de services numériques. – Manque de formation : Le capital humain disponible est souvent insuffisamment formé pour tirer parti des nouvelles technologies, en particulier l’IA. – Inégalités d’accès : Une partie significative de la population demeure exclue des bénéfices de l’économie numérique, ce qui pose un défi majeur pour l’inclusion sociale et économique. Enfin, Comme Schumpeter l’a souligné, l’innovation n’est pas seulement une question d’invention, mais aussi d’appropriation et d’adaptation aux contextes locaux. Ainsi, le déficit de compétences techniques dans certaines régions limite la capacité d’innovation locale. Pour surmonter ces obstacles, une collaboration étroite entre les chercheurs, les gouvernements et le secteur privé est essentielle. De ce qui précède, il ressort que l’innovation se construit, elle ne s’apprend pas. En d’autres termes, il est impossible d’innover sur commande. Dans le secteur de la recherche, notamment, une innovation majeure est plus souvent le fruit du hasard que d’un objectif précis. Les systèmes d’enseignement et les entreprises africaines doivent laisser aux innovateurs suffisamment d’espace pour qu’ils puissent s’ajuster aux éléments et trouver de nouvelles manières de relever les défis techniques. La créativité qui pourra ainsi se mettre en place dans un tel espace pourra donner naissance à de nouvelles idées qui seront les déclencheurs de l’innovation, et c’est en fonction de ces derniers que devra s’établir le programme de l’innovation sur notre continent. Les pays d’Asie ont axé leurs efforts sur l’utilisation stratégique du système de propriété intellectuelle pour promouvoir leur croissance économique. Il y a cinq ans, le PIB de la République de Corée était comparable à la moyenne de celui des économies africaines d’aujourd’hui. La République de Corée s’est depuis transformée en puissance économique, et ce, en investissant dans le domaine technologique, en renforçant ses capacités et en accordant priorité à l’utilisation stratégique de la propriété intellectuelle. Conclusion : Aujourd’hui l’innovation n’est plus un choix, elle est une nécessité. Ainsi au XXIe siècle, les nations et les pays seront jugés, non pas par rapport à leurs richesses naturelles ou à leurs ressources dans le sous-sol, mais à leur capacité d’innovation. L’essor de l’innovation locale ou encore les investissements dans les infrastructures numériques démontrent qu’en Afrique un avenir est à portée, à condition d’un engagement fort des États, du secteur privé et des partenaires internationaux.