Les frontières africaines existaient avant la colonisation

Par Camille Lefebvre, historienne, directrice de recherche au CNRS, directrice d’études à l’EHESS, PI de l’ERC Langarchiv et membre de l’Institut des mondes africains. On dit souvent que les frontières africaines seraient artificielles parce qu’elles auraient été tracées par les colonisateurs. Mais, toutes les frontières du monde sont artificielles. Les frontières sont des artefacts, des constructions humaines. Ce sont toujours des pouvoirs politiques qui imposent depuis le centre des frontières à des régions éloignées. L’idée que les frontières africaines sont uniquement le résultat de la colonisation est d’ailleurs une idée coloniale. Le partage de l’Afrique, représentation d’une construction coloniale En 1884, a lieu la conférence de Berlin dont le but est de réglementer les prochaines implantations coloniales sur le continent africain. En marge de cette conférence, Européens et Ottomans produisent des discours mettant en scène les puissances impérialistes se distribuant le continent. Des gravures, des livres, des cartes sont publiés en français, en anglais, en espagnol et en turc, dans lesquels on glose sur le gâteau africain que l’on serait en train de se partager. Sur le continent, la réalité est tout autre, l’occupation coloniale n’est pas achevée, voire n’a pas commencé. Ce récit du partage de l’Afrique relève de la propagande coloniale et permet aux Européens et aux Ottomans d’affirmer leur supériorité en construisant l’idée d’un continent africain vide de pouvoir politique. -Des frontières tracées avant la colonisation Pourtant, lorsque les colonisateurs français, britanniques et autres arrivent en Afrique à la fin du 19è siècle et y tracent des frontières, contrairement à ce qu’ils disent, ils n’arrivent pas dans un espace vide, dans un no man’s land, ou dans une anarchie indifférenciée. Sur le terrain, ils font face à des souverains, souvent à des États. Ils utilisent des routes et traversent des frontières qui existent déjà. Prenons un exemple : la frontière du Niger et de l’Algérie, une frontière ligne droite souvent utilisée pour démontrer l’artificialité des frontières africaines. Bien avant la colonisation du Sahara par la France au début du 20è siècle, la zone était une étape sur la route des caravanes transsahariennes entre Tripoli et Kano, entre la Libye et le Nigéria d’aujourd’hui. Ce commerce caravanier de longue distance était soumis à des règles strictes et la sécurité des hommes et des marchandises y était garantie par les pouvoirs politiques. Loin de l’image d’Épinal d’un désert sans frontière, il existait là une limite entre deux souverains touaregs, le sultan de l’Aïr et l’aménokal des Kel Ahaggar. Pour entrer sur le territoire du sultan de l’Aïr, les caravanes et les voyageurs devaient d’abord s’arrêter à Assamaka et envoyer une lettre rédigée en arabe, la langue des chancelleries de la région, afin d’obtenir le droit de poursuivre leur route. Une fois autorisées à continuer, les caravanes devaient de nouveau s’arrêter à Iferouane où le représentant du sultan de l’Aïr percevait une taxe sur les marchandises, appelé fito. Le non-respect de ces règles du savoir voyager rendait votre séjour illégal et donc non protégé par les autorités politiques. Vous vous retrouviez à la merci des brigands. Lorsque les colonisateurs français ont voulu tracer une frontière dans cette région, ils ont repris les points clés de cette limite antérieure et les ont reliés par une ligne, reprenant ainsi la frontière existante. -Le rôle clé des sociétés africaines Les sociétés africaines et leurs États, par leur histoire, par des négociations ou par leurs résistances, ont joué un rôle clé dans le tracé des frontières du continent. Continuer à perpétuer l’idée que les frontières africaines ne sont que des cicatrices de la colonisation, c’est finalement reprendre les discours de la propagande coloniale qui niait aux sociétés africaines leur capacité d’agir.

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Au Maghreb : Le Maroc et l’Algérie un conflit qui perdure.

Par Abdeljalil Aboulmajd Apparemment, les deux grands pays du Maghreb Maroc et Algérie ont tout pour être deux peuples frères. Ils sont proches par de nombreux aspects : Une langue, une religion, et une identité arabo-amazigue communes, Ils se sont même entraidés par le passé. Actuellement, les relations entre les deux États sont à nouveau à un point de tension qui fait craindre une escalade. Alors d’où vient le problème ?   La réponse à cette question ne manque pas de complications politiques. I)Histoire du conflit   Pour mieux comprendre le conflit actuel, il faut revenir à l’histoire coloniale. Au début du XXe siècle, la France et l’Espagne se partagent le Maroc, vieux sultanat, qualifié parfois d’Empire Chérifien. La France fait de la majeure partie du Maroc son « protectorat ».  L’Espagne occupe quant à elle le Rif, la province du nord (sans Tanger, transformée en ville internationale). Elle s’installe aussi au sud du Maroc, là où le Sahara occidental rejoint l’Atlantique, dans une très longue bande de terre.  Après avoir acquis son indépendance en 1956, le Maroc a très vite revendiqué le Sahara occidental en s’appuyant sur des liens d’allégeance unissant des chefs de tribus sahraouis aux sultans du Maroc, mais aussi une culture et une langue sahraouies qu’on retrouve aussi dans le royaume. En 1963, la guerre des Sables avait démontré que l’héritage territorial de l’Algérie, tracée par la France du temps de la colonisation, était contesté par le Maroc. D’abord par les nationalistes qui appelaient à la restauration du « Grand Maroc », dessinée en 1956, puis par S.M le Roi Hassan II qui visait la décolonisation de son pays.  Ce premier conflit fut réglé grâce à une médiation africaine menée par l’empereur éthiopien Haïlé Sélassié et le président malien Modibo Keïta, un accord intervient rapidement en marge de la conférence de Bamako (29 et 30 octobre 1963), et un cessez-le-feu entre en vigueur le 2 novembre. C’est une victoire de prestige pour l’Afrique décolonisée, qui tente de se fédérer au sein de l’Organisation de l’unité africaine OUA, aujourd’hui Union africaine UA.  Ce contentieux territorial entre l’Algérie et le Maroc avait trouvé une issue dans le Traité de fraternité et de bon voisinage signé à Ifrane le 15 janvier 1969 qui a fixé les règles de base de bon voisinage et de coopération économique. Il a été suivi de la rencontre de Tlemcen le 27 mai 1970 qui a mis l’accent sur la nécessité de mettre en œuvre tous les accords conclus entre les deux États. La coopération s’est concrétisée à travers l’accord du 15 juin 1972 signé à Rabat à propos de la délimitation des frontières.  En 1975, un Accord dénommé tripartite, signé le 14 novembre à Madrid par l’Espagne, le Maroc et la Mauritanie, établissent les conditions du retrait espagnol du Sahara.  Ces accords font suite à la célèbre Marche verte. En s’appuyant sur l’avis consultatif de la Cour internationale de justice de la Haye le Roi Hassan II enclenche la grande marche verte (6 novembre 1975) : Le Roi Hassan II mobilise 350 000 personnes qui marchent pacifiquement sur le Sahara que les Espagnols viennent de quitter. Menée dans le but de récupérer le Sahara occidental, territoire considéré par les marocains comme une question existentielle. L’Algérie se retrouve confrontée à un dilemme : la reconnaissance du fait accompli ou la guerre. Le Président Houari Boumédiène choisit la guerre par procuration.  Ainsi, depuis le début du conflit le Polisario (Front populaire de libération de la Saguia el Hamra et du Rio de Oro) est soutenu et armé par l’Algérie, il sera aidé aussi par la Libye de Kadhafi. Conséquence : une guerre éclate entre le Maroc et le Polisario, qui fera des milliers de morts. Un rapprochement s’était opéré entre l’Algérie et le Maroc après la création de l’Union du Maghreb Arabe en 1989, mais ce rapprochement a rapidement commencé à se dissiper à la suite des actes terroristes survenus à Marrakech en 1994, ce qui a amené le Maroc à imposer le visa aux Algériens et l’Algérie à riposter en fermant les frontières terrestres, toujours fermées. Le Maroc a appelé plusieurs fois les autorités algériennes à rouvrir cette frontière, mais Alger conditionne cette réouverture à un accord d’ensemble, qui inclurait le règlement du conflit sahraoui. Sans surprise, la tension entre l’Algérie et le Maroc a conduit à une course à l’armement assez coûteuse.  II)Perspectives de paix en Afrique du nord  Au cœur des convoitises géopolitiques régionales, le Sahara apparaît comme le principal facteur politique du blocage dans la construction d’une intégration régionale. Ce conflit oppose le Maroc, non seulement au Polisario, mais en fait à plusieurs belligérants surtout à l’Algérie qui instrumentalise ce dernier et le soutient par tous les moyens, militaires, diplomatiques, financiers, médiatiques, etc.   Des pontes de la diplomatie, un ex-président allemand, un ex-secrétaire d’État américain, se sont cassé les dents en tentant d’imposer une solution de l’ONU aux belligérants. Le conflit est à son plus haut depuis des années, les frontières entre les deux nations sont fermées et les liens diplomatiques rompus. Pour sortir de la spirale conflictuelle qui domine les relations entre le Maroc et l’Algérie, il est temps de profiter du contexte géopolitique actuel pour lancer un dialogue stratégique maroco-algérien et de construire un nouveau Maghreb en s’inspirant d’expériences étrangères réussies.  Dans ce cadre, le Conseil de sécurité a adopté par 11 voix pour et les abstentions de la Chine, de la Fédération de Russie et du Pakistan, une résolution (2797) déclarant que le plan d’autonomie du Sahara occidental sous souveraineté marocaine présenté par Rabat constituait la solution la plus réaliste pour mettre fin à un conflit de 50 ans dans ce territoire. Il ressort de ce qui précède que le moment est venu de régler un conflit vieux de 50 ans qui empoisonne la géopolitique du Maghreb, et qu’il serait souhaitable de négocier une sortie de crise et de construire un avenir commun. Cela passe d’abord par la reprise des relations diplomatiques, ensuite par la négociation, tout en œuvrant à la réconciliation de la mémoire collective afin d’ancrer l’esprit de solidarité, plutôt que l’hostilité et la méfiance.  Bref, la

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Innovation en Afrique : défis et opportunités Abdeljalil Aboulmajd

Avant d’aborder les défis et les enjeux de l’innovation en Afrique, il s’avère important de s’intéresser dans un premier temps au terme innovation en tant que tel. Alors qu’est-ce que l’innovation ? Et comment l’innovation en répondant aux besoins spécifiques de l’Afrique transformera ses défis en opportunités ? I)Définition de l’innovation Si l’innovation fait aujourd’hui consensus comme élément clé d’une stratégie de sortie de crise, la notion de l’innovation a évolué à travers le temps, elle a même changé de connotation et a élargi son champ d’application. Historiquement le mot latin innovatio veut dire renouvellement.  Dans son livre  « Capitalisme, Socialisme et Démocratie » , l’économiste autrichien Joseph Schumpeter (1883-1950) considérait le développement économique comme un processus de renouvellement permanent. La « destruction créatrice » est son idée centrale : les nouvelles technologies et les innovations supplantent les anciennes structures, ce qui stimule le progrès et la croissance. Schumpeter considérait les entrepreneurs et les innovations technologiques comme les principaux moteurs de l’économie. Il mettait toutefois en garde contre le fait que la bureaucratie, une réglementation excessive et une aversion pour le risque dans la société pouvaient freiner le processus d’innovation. De même, Joseph Schumpeter distingue l’invention et l’innovation dans ses recherches. Pour lui, l’invention est la découverte de nouvelles connaissances scientifiques et techniques. Alors que l’innovation est « la commercialisation de toute nouvelle combinaison issue de nouveaux matériaux et composants, l’introduction de nouveaux process, l’ouverture de nouveaux marchés ou l’introduction de nouvelle forme organisationnelle ». II) Défis et opportunités en Afrique Dans un contexte numérique global, l’innovation en Afrique fait face à des défis significatifs : – Infrastructures insuffisantes : De nombreuses régions manquent d’une connectivité adéquate, freinant le développement de services numériques. – Manque de formation : Le capital humain disponible est souvent insuffisamment formé pour tirer parti des nouvelles technologies, en particulier l’IA. – Inégalités d’accès : Une partie significative de la population demeure exclue des bénéfices de l’économie numérique, ce qui pose un défi majeur pour l’inclusion sociale et économique. Enfin, Comme Schumpeter l’a souligné, l’innovation n’est pas seulement une question d’invention, mais aussi d’appropriation et d’adaptation aux contextes locaux. Ainsi, le déficit de compétences techniques dans certaines régions limite la capacité d’innovation locale. Pour surmonter ces obstacles, une collaboration étroite entre les chercheurs, les gouvernements et le secteur privé est essentielle. De ce qui précède, il ressort que l’innovation se construit, elle ne s’apprend pas.  En d’autres termes, il est impossible d’innover sur commande.  Dans le secteur de la recherche, notamment, une innovation majeure est plus souvent le fruit du hasard que d’un objectif précis.  Les systèmes d’enseignement et les entreprises africaines doivent laisser aux innovateurs suffisamment d’espace pour qu’ils puissent s’ajuster aux éléments et trouver de nouvelles manières de relever les défis techniques.  La créativité qui pourra ainsi se mettre en place dans un tel espace pourra donner naissance à de nouvelles idées qui seront les déclencheurs de l’innovation, et c’est en fonction de ces derniers que devra s’établir le programme de l’innovation sur notre continent. Les pays d’Asie ont axé leurs efforts sur l’utilisation stratégique du système de propriété intellectuelle pour promouvoir leur croissance économique.  Il y a cinq ans, le PIB de la République de Corée était comparable à la moyenne de celui des économies africaines d’aujourd’hui.  La République de Corée s’est depuis transformée en puissance économique, et ce, en investissant dans le domaine technologique, en renforçant ses capacités et en accordant priorité à l’utilisation stratégique de la propriété intellectuelle.  Conclusion : Aujourd’hui l’innovation n’est plus un choix, elle est une nécessité. Ainsi au XXIe siècle, les nations et les pays seront jugés, non pas par rapport à leurs richesses naturelles ou à leurs ressources dans le sous-sol, mais à leur capacité d’innovation. L’essor de l’innovation locale ou encore les investissements dans les infrastructures numériques démontrent qu’en Afrique un avenir est à portée, à condition d’un engagement fort des États, du secteur privé et des partenaires internationaux.

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La jeunesse africaine face au défi de l’emploi

«Chaque génération doit dans une relative opacité, découvrir sa mission, l’accomplir ou la trahir» Frantz Fanon, Les Damnés de la Terre. Quelques données pour commencer. En un siècle (1950–2050) la population de l’Afrique passera, en effet, de 228 millions d’habitants à 2,435 milliards selon les projections actuelles de l’Organisation des Nations Unies (ONU). Cette évolution démographique, exceptionnelle par son ampleur et sa rapidité, représente un des défis majeurs pour le développement économique et social du continent. Alors devant ce fait, Qu’est-ce que la jeunesse ? Quels sont ses défis et ses opportunités en Afrique? I) Définition de jeunesse Définir la jeunesse est une condition préalable à l’analyse de la participation et de la représentation des jeunes dans la vie sociale et politique d’un État. Il convient d’observer qu’il n’existe pas de définition universelle de la notion de «jeune» généralement admise sur le début et la fin de la jeunesse. Pour l’ONU, est considéré de façon universelle et conventionnelle comme jeune, toute personne dont l’âge varie entre 15 et 24 ans, cette définition semble ne pas correspondre aux réalités sociales et sociologiques en Afrique. C’est la raison pour laquelle, la charte africaine de la jeunesse de l’Union Africaine (UA) définit la jeunesse, comme la frange de la population africaine dont l’âge est compris entre 15 et 35 ans. En Afrique, cette frange de la population est la plus importante au monde et celle qui augmente le plus rapidement. Plus de 20 % de la population africaine a entre 15 et 24 ans et puisque plus de 40 % de la population africaine a moins de 15 ans, on doit s’attendre à ce que ce chiffre augmente de façon notable dans les années à venir. Selon l’Organisation Internationale du Travail (OIT), les jeunes peuvent représenter jusqu’à 36 % de la population totale en âge de travailler et 3 personnes au chômage sur 5 en Afrique sont des jeunes. C’est un enjeu de taille. Déjà, 60 % des jeunes Africains seraient sans emploi. Et chaque année, plus de 10 millions de jeunes actifs entreront sur le marché du travail. II) La jeunesse africaine, un acteur incontournable du développement L’Afrique est aujourd’hui un continent d’1,3 milliard d’habitants. Cette importante démographie africaine est source d’opportunités et de défis, notamment en ce qui concerne les services, l’éducation et l’intégration  des jeunes dans la vie économique et sociale. Elle constitue un atout considérable puisque la jeunesse est en mesure de fournir à l’économie une force de travail majeure au sommet de sa capacité productive. Ainsi, le premier défi est celui posé par l’arrivée sur le marché du travail de jeunes diplômés, dont seule une partie trouvera un emploi. On estime 200 millions de jeunes âgés de 18 à 25 ans qui sont en situation de chômage. En 2050, cette proportion sera de 42%. Et, chaque année, entre 12 et 15 millions rejoignent le marché du travail. Il en résulte un profond malaise parmi les jeunes, ayant souvent un emploi sous-qualifié par rapport à leur diplôme. Toutefois, il convient de  distinguer entre la région de l’Afrique du nord et de l’Afrique subsaharienne. En Afrique du nord, la prévalence du chômage des jeunes est très élevée, puisque plus d’un tiers de la jeunesse est sans emploi. En revanche, en Afrique subsaharienne, c’est la prévalence de la pauvreté qui atteint des sommets, car 70% des jeunes vivent avec moins de 3,1 dollars par jour Pour cette raison, beaucoup de jeunes africains, (exemple le Maghreb) veulent entrer dans la fonction publique, et les familles investissent en espérant qu’ils obtiendront de postes dans l’administration publique. Mais il y a de moins en moins d’emploi de fonctionnaires. L’absence de débouché produit une énorme déception. Autre conséquence, cela freine l’innovation. Toutefois, en Tunisie, la culture entrepreneuriale est relativement plus développée par  rapport aux autres pays de l’Afrique du Nord, les jeunes tunisiens de plus en plus s’en lancent dans l’entrepreneuriat. III) L’entreprenariat des jeunes est clé Dans le monde entier, et évidemment dans tous les pays africains, les emplois et les perspectives d’emploi des jeunes occupent toujours les premiers rangs des programmes de développement. En 2050, 29% de la population totale des jeunes du monde vivront en Afrique. Pour les pays africains, les jeunes représentent à la fois un défi mais aussi une énorme potentialité, surtout en ce moment où les populations des autres parties du monde sont vieillissantes. Bien qu’à la recherche d’emplois, les jeunes sont aussi essentiels à leur création. Dans ce contexte difficile, il est essentiel de mettre en œuvre en Afrique des stratégies visant à stimuler la créativité, de fournir aux jeunes une éducation de qualité orientée vers les besoins du marché mondial, de développer leurs compétences et d’inculquer aux jeunes la culture de l’entrepreneuriat. Dans son excellente étude «La jeunesse africaine face à l’entreprenariat : enjeux et défis», l’universitaire béninois Armand Akpa a réussi à démontrer que la solution pour juguler le problème du chômage des jeunes passe en très grande partie par l’entreprenariat. Sur la question, des avancées considérables ont été faites pour encourager l’entreprenariat des jeunes en Afrique mais ces derniers restent encore confrontés à de nombreux obstacles. Parmi ces obstacles, on peut citer : l’attitude de la société à l’égard de l’entrepreneuriat, le manque de compétences, l’insuffisance de la formation à l’esprit d’entreprise, le manque d’expérience professionnelle, l’absence de fonds propres, l’absence de contacts et barrières inhérentes au marché, les formalités plus lourdes et plus longues, le coût de démarrage, le capital minimum obligatoire et le manque d’accès aux informations particulièrement pertinentes pour les activités entrepreneuriales. Pour surmonter ces obstacles, Armand Akpa préconise pour réduire le chômage des jeunes, la promotion de l’entrepreneuriat, dont celle agricole moderne, qui peut être une source stable d’emploi dans les économies fortement dépendantes de l’agriculture à court et moyen terme. Ainsi, il  est primordial de mettre en place des politiques publiques pour renforcer davantage les activités entrepreneuriales des jeunes essentiellement dans les technologies de l’information. Aujourd’hui, l’avenir de la jeunesse africaine n’est ni de finir noyée dans le cimetière de la Méditerranée à

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Le grand livre de l’Afrique-chaos ou émergence au sud du Sahara?

« Résume du livre de Nicolas Normand » 1. La pauvreté en Afrique subsaharienne est-elle une fatalité ? Il existe à ce sujet deux discours : pour l’un (plus « structuraliste » ou plus «de gauche»), cette pauvreté résulterait des injustices de l’histoire, des contraintes de la géographie et de la               «brutalité» de l’ordre économique mondial. Pour l’autre (plus culturaliste et plus « de droite »), il n’y aurait guère de déterminisme et les difficultés du continent seraient dues aux « choix » effectués par les Africains, individuellement et collectivement. Aucune de ces explications globales ne parait satisfaisante, même si certains éléments d’analyse sont justes dans les deux. Il y a bien des éléments de fatalité : géographiques (manque d’espèces domesticables, mouche tsé-tsé empêchant l’élevage et les animaux de trait, maladies parasitaires et autres non encore surmontées, et surtout enclavement avec 35% des populations vivant dans des pays enclavés) ; historiques, avec l’impact très déstructurant de l’esclavage arabo-islamique et atlantique (dissémination des armes, raids internes disloquant les Etats…) et le traumatisme encore plus sensible aujourd’hui de la colonisation ayant créé différents types de contre-acculturation. Ces éléments distinguent l’Afrique de l’Asie, sans traite esclavagiste marquée et où les structures et cultures locales ont été mieux respectées par les colonisateurs.  Il existe aussi deux catégories d’éléments ne résultant pas de la fatalité, les uns sujets à débat, les autres plus consensuels au niveau des sciences sociales. Parmi les premiers : l’exploitation par les puissances étrangères et les théories tiers-mondistes,  désormais désuètes après les émergences asiatiques, mais devenues altermondialistes, le néocolonialisme flirtant avec les théories complotistes. La notion de pillage est exacte à condition d’être précisée avec rigueur et circonscrite (elle explique la pauvreté de certains Etats). La corruption est une cause qui est sujet à débat (de nombreux pays corrompus se sont développés avec succès) : il faut distinguer les différents types de corruption, toxiques ou non. Les causes culturelles, bien étudiées par plusieurs auteurs africains, peuvent être soutenues à condition d’éviter une série d’écueils : l’essentialisme et aussi leur surévaluation. Elles relèvent de trois types . Les causes institutionnelles sont très importantes et mieux analysées depuis les travaux de Karl Popper et surtout de l’économiste Douglas North et ses suiveurs (Acemoglu et Robinson). Elles distinguent les institutions ouvertes et inclusives, favorables au développement à condition d’avoir aussi un contrôle de l’ensemble du territoire (centralisation), des stratégies appropriées et les institutions « extractives » et fermées à un clan, une classe ou à une élite autoproclamée. L’évolution vers les institutions ouvertes suppose en général des ruptures et une histoire plus longue que celle des Etats postcoloniaux. Enfin, les causes démographiques sont également importantes et distinguent aussi les pays restés pauvres des autres. De ce point de vue, la démographie d’une majorité des pays subsahariens, non encore entrée en transition, est défavorable au développement. Ceci est aggravé par l’inadaptation des systèmes éducatifs, parfois même en perdition (Sahel), bien que quelques pays africains (Kenya, Ghana…) aient surmonté ce défi. 2. La politique en Afrique n’est-elle qu’un business ou permet-elle de gérer l’intérêt collectif? L’Etat postcolonial importé fonctionne-t-il correctement ? Bertrand Badie soutient que la greffe est rejetée, sans d’ailleurs proposer d’alternative véritable. L’Etat-nation moderne est la synthèse d’une rationalité universelle et d’une expérience européenne spécifique, mais il ne faut pas oublier que ce modèle a de nombreux précédents non européens et africains. Cela étant, la situation actuelle majoritaire est encore celle d’Etats hybrides intégrant normes modernes et éléments de sociologie africaine : Etats encore fragiles souvent néo patrimoniaux et à réseaux clientélistes (la « politique du ventre »), créant un entre-deux propice à des dysfonctionnements. L’Afrique serait-elle en voie de confirmer (pour cette seule région) la théorie de la « fin de l’histoire » de Fukuyama ?  En effet, contrairement à une tendance récente constatée ailleurs, la démocratisation (et le libéralisme économique) ne cesse de progresser sur le continent, même si elle demeure en peau de léopard. Il ne s’agit pas d’une injonction externe mais d’un processus endogène de revendications et de contestation des régimes autoritaires. On peut aussi trouver des racines anciennes et locales de la démocratie. 3 Le « choc des civilisations » théorisé par Huntington affecte aussi le continent, mais au sein même des pays avec la survenue de l’islam radical et, plus généralement, avec une résurgence des sentiments identitaires et, chez certains intellectuels, du « principe d’indigénéité».  La construction des Etats de droit progresse néanmoins, tout en rencontrant de nombreuses limites et résistances. La citoyenneté avance aussi, mais bute sur un double obstacle : manque d’Etat pour de larges groupes sociaux (périphéries, cadets sociaux, migrants) et clôture des élites sur elles-mêmes.  Les liens entre démocratie, développement et bonne gouvernance ne sont pas aussi simples qu’on le prétend parfois, surtout avec la survenue des « néo despotismes éclairés » (Rwanda, Ethiopie) sur le modèle singapourien. Les injonctions de « bonne gouvernance » ont aussi perdu de leur crédibilité, comme l’a théorisé  le professeur Mustak Khan : ce n’est pas un moyen de développement, mais un résultat de ce dernier.  En revanche, la criminalité économique prospère et mine des régions entières (exploitations illégales des forêts, de la faune, des minerais, drogues, faux médicaments, piraterie, trafics humains, flux financiers illicites). Elle est un des symptômes de la fragilité des Etats pouvant aller jusqu’à la criminalisation de la politique et la politisation des crimes. Le concept d’ethnie est écartelé entre deux visions opposées et extrêmes : pure élaboration coloniale (Coquery-Vidrovitch notamment) ou principe fondamental (Lugan). Il souffre d’une paternité historico-raciste, d’une définition mouvante et n’est pas une donnée figée. Balandier a montré le caractère dynamique et évolutif des sociétés africaines interagissant avec les facteurs externes. Une analyse plus fine et rationnelle des rapports sociaux est donc nécessaire. Cela étant, l’Afrique est marquée par un fort multiculturalisme avec environ 2000 langues pour 48 Etats subsahariens, soit un tiers des langues de la planète pour moins d’un cinquième de la population mondiale et moins du quart des terres émergées. Dans chaque Etat, une culture nationale apparait nécessaire

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Le chômage des jeunes augmente dans le monde

La situation de l’emploi à travers le monde n’est guère rassurante. Les perspectives s’annoncent d’ailleurs difficiles, surtout dans la conjoncture économique et politique actuelle à travers différentes régions du globe. L’Organisation Internationale du Travail, dans son rapport annuel sur les 15-24 ans, montre l’augmentation du nombre de jeunes en situation de pauvreté extrême malgré le fait qu’ils travaillent. Dans les pays émergents essentiellement. C’est un très net retournement de tendance. L’Organisation Internationale du Travail estime que le chômage des jeunes repart à la hausse en 2016 et 2017. L’OIT qui travaille à la fois sur les données conjointes du FMI et les statistiques nationales, estime que le taux mondial du chômage des jeunes entre 15 et 24 ans devrait atteindre 13,1% en 2016 et 2017 (contre 12,9% en 2015). Une hausse de 500 000 jeunes chômeurs. Des jeunes précarisés malgré leur emploi : Mais le plus inquiétant pour l’OIT est la proportion de jeunes, principalement dans les pays émergents, qui vivent dans une pauvreté extrême malgré le fait qu’ils aient un emploi : ils sont 156 millions dans ce cas-là, soit 37,7 % des jeunes travailleurs. 11 points de plus que les travailleurs adultes qui ne sont « que » 26% dans ce cas. L’Afrique subsaharienne a ainsi les taux de pauvreté au travail des jeunes les plus élevés au monde, avec près de 70 %. C’est aussi l’une des raisons de l’immigration : la proportion de jeunes de 15 à 29 ans désireux de s’installer de manière permanente dans un autre pays était de 20% en 2015, mais les tendances les plus élevées se trouvent en Afrique subsaharienne (38%), en Amérique latine et en Europe de l’Est (37%). Des disparités accrues entre hommes et femmes : Cela confirme pour l’OIT que l’objectif des Nations Unies d’éradiquer la pauvreté dans le monde d’ici 2030 ne pourra pas être atteint dans les conditions actuelles de croissance et d’organisation du travail. Pour Steven Tobin, économiste principal à l’OIT et principal auteur du rapport, cette hausse du chômage ou de la pauvreté malgré le travail s’explique par « une récession plus profonde qu’attendue dans quelques grands pays émergents exportateurs de matières premières et par la stagnation de la croissance dans certains pays développés». L’augmentation des taux de chômage des jeunes est particulièrement marquée dans certains pays émergents : en  Amérique latine ou dans les Caraïbes, il devrait passer de 15,7 % en 2015 à 17,1 % en 2017 et de 16,6 à 17,5 % en Asie centrale et occidentale. Pour Deborah Greenfield, Directrice générale adjointe de l’OIT, l’étude révèle de fortes disparités entre jeunes femmes et jeunes hommes sur le marché du travail. Les écarts se creusent. Ainsi, cette année le taux d’activité des jeunes hommes est de 53,9% et celui des jeunes femmes de 37,3 %. L’Asie du Sud, le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord sont les plus inégalitaires, puisque l’écart entre jeunes hommes et jeunes femmes y est supérieur à 30 points. Difficultés dans les pays développés : Les économies développées ne sont pas épargnées en particulier en ce qui concerne la répartition par âge de la pauvreté : les jeunes se substituent aux personnes âgées en tant que catégorie courant le plus fort risque de pauvreté. Par exemple, en 2014, la proportion des jeunes travailleurs dans l’UE des 28 qualifiés de plus exposés au risque de pauvreté s’élevait à 12,9% contre 9,6% pour les travailleurs adultes. Le problème est particulièrement grave dans certains pays où le risque de pauvreté pour les jeunes travailleurs dépasse les 20%. Globalement, les données récoltées par l’organisation caractérisent les difficultés de longue date du marché du travail. «Ce qui montre que le mécontentement à l’égard de la situation sociale, économique ou politique est en hausse», résume le rapport. Aujourd’hui, la pandémie de coronavirus aggrave le chômage chez les jeunes,  notamment en Afrique du Nord où le taux est le plus élevé dans le monde. De ce fait,  cette sous-région sera confrontée à des problèmes majeurs dans les années qui viennent.

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Déclin des classes moyennes

Déclin des classes moyennes La précarisation de l’emploi et la disparition progressive des métiers moyennement qualifiés sont en train d’entraîner un déclin progressif des classes moyennes. L’OCDE tire la sonnette d’alarme dans le rapport qu’elle vient de publier sur les classes moyennes. Après avoir, depuis une dizaine d’années consacrées une série de rapports à la montée des inégalités et à la panne de l’ascenseur social, l’OCDE s’est logiquement penchée sur les classes moyennes, les grandes perdantes de la dernière décennie. Le constat : au cours des 30 dernières années, les revenus moyens ont à peine augmenté et, dans tous les pays de l’OCDE, «la croissance des revenus médians a été moindre d’un tiers par rapport à la croissance du revenu moyen des 10% les plus riches ». Comme, dans le même temps, le coût des éléments essentiels au train de vie de la classe moyenne a augmenté plus vite que l’inflation (le logement en particulier) et que s’est rajouté à cela un contexte d’insécurité croissante de l’emploi et une transformation rapide des marchés du travail (un emploi sur six à revenu moyen est actuellement confronté à un risque élevé d’automatisation), les classes moyennes sont de plus en plus en difficultés : selon l’OCDE, plus d’un ménage à revenu moyen sur cinq dépense plus qu’il ne gagne et, en outre, il est devenu plus difficile pour les jeunes générations d’accéder à la classe moyenne. « Aujourd’hui, la classe moyenne ressemble de plus en plus à un bateau en eaux troubles » écrit l’OCDE. «Chaque décennie, 1% de la population cesse d’appartenir aux classes moyennes ». Ces menaces sur l’existence même des classes moyennes sont liées, pour une bonne partie, aux modifications de l’emploi et à la lente mais certaine disparition des emplois moyennement qualifiés. L’OCDE explique ainsi que, depuis la génération du boum des naissances (les gens nés entre 1943 et 1964), « chaque nouvelle génération a vu ses chances de faire partie de la classe moyenne diminuer ». La première raison en est qu’un « niveau de compétences plus élevé est désormais nécessaire pour faire partie de la catégorie des revenus intermédiaires ». En d’autres termes, pour les baby-boomers, il suffisait d’avoir des compétences professionnelles « intermédiaires » pour appartenir à la catégorie des revenus intermédiaires. Aujourd’hui, c’est fini car, si le niveau de compétences exigé a augmenté de façon générale, il l’a surtout fait pour la classe moyenne. Un chiffre : près de la moitié des travailleurs à revenu intermédiaire occupent des emplois hautement qualifiés, comparativement à un tiers il y a, seulement, deux décennies. Et, comme la part de travailleurs à revenu intermédiaire occupant des emplois moyennement qualifiés a diminué dans tous les pays, « il est devenu de moins en moins possible d’obtenir le même niveau de revenu que par le passé pour certains emplois. Cette nouvelle association entre les compétences professionnelles et le niveau de revenu peut aider à expliquer une partie de la frustration sociale, qui est au cœur du débat sur la pression qui s’exerce sur la classe moyenne », commente l’OCDE, car « un ménage ordinaire a besoin de deux revenus pour faire partie de la classe moyenne, alors que dans le passé, un seul apporteur de revenu occupant un emploi hautement qualifié était souvent suffisant. Toutefois, même avec deux revenus, il est de plus en plus difficile d’atteindre le niveau de revenu intermédiaire si au moins l’un des partenaires n’est pas hautement qualifié ». La menace de déclassification est bien plus forte pour la classe moyenne inférieure. A l’hyper-qualification nécessaire se rajoute pour elle la disparition des métiers de faible qualification entraînée par la révolution numérique : un travailleur à revenu intermédiaire actuel sur six occupe un emploi à risque élevé d’automatisation, un risque plus proche de celui auquel sont exposés les travailleurs à bas revenu (un sur cinq) que de celui auxquels sont exposés les travailleurs à haut revenu (un sur dix). L’OCDE estime donc prioritaire que tous les Etats membres entament des politiques extrêmement volontaires de correction de ces évolutions, principalement pour les classes moyennes inférieures. Les principales portant sur les systèmes de redistribution sociale et les politiques de logement, mais aussi sur la formation : « garantir l’accès à l’éducation et à la formation des adultes est un défi majeur. Actuellement, les adultes à revenu intermédiaire n’ayant pas fait d’études supérieures, notamment ceux d’un certain âge, se forment nettement moins que les personnes plus jeunes davantage diplômées. Des programmes d’éducation et de formation des adultes plus nombreux et plus innovants devraient cibler les personnes occupant des emplois moyennement qualifiés, ou les secteurs et régions particulièrement exposés au risque de mutations du marché du travail, pour doter les travailleurs à revenu intermédiaire des compétences nécessaires dans un monde du travail en mutation, et cela nécessitera une modernisation en profondeur de ces systèmes ». C’est une politique d’autant plus nécessaire que, selon le directeur de la Direction de l’emploi, du travail et des affaires sociales de l’OCDE, Stéphano Scarpetta «la classe moyenne est le centre de gravité de nos démocraties comme de nos économies». D’abord parce que, selon l’OCDE «la croissance est plus forte dans les pays où la classe moyenne est forte ». Ensuite parce que les classes moyennes jouent un rôle essentiel dans l’exigence d’éducation, la cohésion sociale, la stabilité politique et le fonctionnement des démocraties modernes. Ainsi, pour restaurer la paix sociale et stabiliser la société via l’élection de partis modérés, les décideurs politiques et économiques ont tout intérêt à combattre la montée des inégalités et le déclin de la classe moyenne. D’aucuns diront que combattre ces phénomènes coûtera de l’argent et se traduira probablement par des hausses des impôts. C’est effectivement probable, disent des économistes. Par contre, un peu à l’instar de la lutte aux changements climatiques, payer maintenant pour réduire les inégalités et renforcer la classe moyenne coûte bien moins cher que de ne rien faire et de ramasser les pots cassés plus tard.

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L’Afrique du Nord face aux défis du XXIème siècle

L’Afrique du Nord  face aux défis du XXIème siècle  Aboulmajd Abdeljalil Les mots clés Afrique du Nord, défis, Égypte, Libye, Algérie, Tunisie, Maroc. Introduction : L’Afrique du Nord est parfois appelée « Afrique blanche », du fait que la majorité de sa population est composée de « race blanche ». Ce terme s’oppose à celui d’« Afrique noire », désignant l’Afrique subsaharienne. Friedrich Hegel l’appelait également «Afrique Européenne». Espace historique de croisement de plusieurs populations, l’Afrique du Nord jouit d’un emplacement géographique stratégique. Elle s’étend sur un peu plus de 6 millions de Km²pour une population totale de 250 millions d’habitants en 2012. Bordée par la Méditerranée, le Sahara et l’Océan Atlantique, elle est composée par cinq pays : l’Algérie, la Libye, l’Egypte, la Tunisie et le Maroc. L’Afrique de Nord est une terre dotée de ressources naturelles abondantes. Dans le sol égyptien, il existe de nombreuses ressources: Pétrole, Gaz, Or, Minerai de fer. Son économie repose aussi sur le commerce le long du canal de Suez, les devises des émigrés du Golfe et le tourisme. L’Algérie et la Libye possèdent essentiellement les plus grandes réserves de pétrole et de gaz de la zone. La Tunisie est historiquement liée à l’agriculture et au tourisme, quant aux  mines, le phosphate est l’une des principales richesses minières du pays. Le sous-sol tunisien est en outre doté en gaz naturel, fer, plomb, zinc et mercure. Le Maroc possède d’importantes réserves de phosphate et dispose d’une industrie phosphatière développée lui conférant les rangs de premier exportateur et de troisième producteur au niveau mondial. Le Maroc occupe également une place de choix au niveau mondial pour un certain nombre de substances minérales.  Compte tenu de ses ressources, quels sont les enjeux géopolitiques de cette région. ? Quel sont les problèmes communs de l’Afrique du Nord ? Quels sont les principaux défis à relever pour ces pays ? Quel avenir pour l’Afrique du Nord? Avant  d’essayer de répondre  à ces questions, il convient tout d’abord de donner un  bref aperçu historique de l’Afrique du Nord. I- Aperçu Historiques Pour se projeter loin dans l’avenir, il faut donc prendre du recul et se replonger dans le passé.  Comme dit un proverbe africain « Pour savoir où tu vas, regarde d’où tu viens ».  L’Afrique du Nord n’est entré dans l’histoire qu’avec les Phéniciens qui, originaires du Moyen Orient, ont fondu Carthage en 814 avant J.C. Ils ont établi des relations avec les populations locales, qui sont les ancêtres des populations actuelles Berbères. Après les guerres puniques (264 à 146 av. J.-C) la partie Nord du continent africain entre dans l’empire romain), la méditerranée devient alors un Mare Nostrum homogène comme le montre les nombreux vestiges archéologiques de l’époque romaine. Le christianisme y fit son apparition, selon la légende, par saint Marc à Alexandrie en 60 et par le diacre saint Philippe en Ethiopie. En 400, 90% des Egyptiens sont chrétiens. Le grand théologien saint Augustin était évêque d’Hippone (354-430). De même, les Vandales (429) et les Byzantins (533) pénétraient dans les côtes d’Afrique du Nord, mais leurs occupations étaient brèves dans le temps et dans l’espace. Au VIIe siècle, l’Afrique du Nord subit les invasions arabes. Cette conquête est difficile et se limite à l’Ifriqiya des Romains. De là, les Arabes vont s’enfoncer vers le sud pour contrôler les routes du sel et de l’or à travers le Sahara qui devient alors une zone de contact entre les civilisations arabo musulmane au nord et animiste au sud. Au XVIe siècle, l’expansion turco-ottomane subjugua toute l’Afrique du Nord avant de buter sur le Maroc qui réussit à maintenir son indépendance en s’alliant à l’Espagne chrétienne.  Durant la période coloniale, l’Afrique du Nord fut partagée entre quatre puissances européennes. Les Britanniques s’installèrent en Egypte afin de pouvoir contrôler le canal de Suez. Les Italiens disputèrent le vide libyen à la Turquie. Quant au Maghreb, il fut en totalité rattaché au domaine français, à l’exception de la partie espagnole du Maroc. L’Égypte recouvrit son indépendance en 1922, la Libye en 1951, la Tunisie et le Maroc en 1956, et enfin l’Algérie en 1962. En dépit d’une « arabité » postulée et d’une islamité commune, les cinq pays composant l’Afrique du Nord eurent ensuite des destins divers illustrés par l’épisode dit des «printemps arabes». II- L’Afrique du Nord  face aux défis du XXIème siècle  Le monde d’aujourd’hui est marqué par une instabilité et une imprévisibilité accrues générant des risques de conflits et d’escalade élevés. Au début du XXIème siècle, les pays d’Afrique du Nord sont en proie aux mêmes défis politiques, sécuritaires et socioéconomiques que le reste du continent africain. a) Défis politiques et sécuritaire Les pays du nord de l’Afrique font face à des défis politiques sécuritaires graves. L’augmentation des dépenses militaires complique probablement encore plus les efforts afin de surmonter ces défis. Certes, les pays d’Afrique du Nord ne sont pas en guerre. Mais ils ne sont  pas en paix. Sur un fond de rivalité stratégique entre l’Algérie et le Maroc, des conflits interétatiques et intra étatiques, ainsi que l’impact de l’extrémisme islamique, entraînent une militarisation persistante et un état d’alerte antiterroriste permanent. En Egypte, l’armée piétine dans le Sinaï face à la guérilla islamique, cependant des réseaux fondamentalistes sont actifs dans le reste du pays. La Libye est dévastée par une guerre de tous contre tous, résultat de la guerre faite à l’ancien régime par une coalition inspirée par la France. La Tunisie est coupée en deux, le centre et le sud étant islamistes, cependant que le nord s’accroche à l’héritage « laïc » légué par Bourguiba. L’Algérie, qui subit de plein fouet la baisse du prix du pétrole, risque de ne plus être bientôt en mesure d’acheter la paix sociale. Quant au Maroc, dernier pôle régional de stabilité, la question sociale y est porteuse d’orages. C’est donc toute l’Afrique du Nord, c’est-à-dire tout le flanc sud de l’Europe, qui est menacé d’embrasement. La migration représente un  autre défi  important. Un grand nombre des jeunes les plus ambitieux et les plus entreprenants de l’Afrique se sentent obligés d’émigrer. Aucun pays ne peut se permettre de

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