Au Maghreb : Le Maroc et l’Algérie un conflit qui perdure.
Par Abdeljalil Aboulmajd
Apparemment, les deux grands pays du Maghreb Maroc et Algérie ont tout pour être deux peuples frères. Ils sont proches par de nombreux aspects : Une langue, une religion, et une identité arabo-amazigue communes, Ils se sont même entraidés par le passé. Actuellement, les relations entre les deux États sont à nouveau à un point de tension qui fait craindre une escalade. Alors d’où vient le problème ?
La réponse à cette question ne manque pas de complications politiques.
I)Histoire du conflit
Pour mieux comprendre le conflit actuel, il faut revenir à l’histoire coloniale. Au début du XXe siècle, la France et l’Espagne se partagent le Maroc, vieux sultanat, qualifié parfois d’Empire Chérifien. La France fait de la majeure partie du Maroc son « protectorat ». L’Espagne occupe quant à elle le Rif, la province du nord (sans Tanger, transformée en ville internationale). Elle s’installe aussi au sud du Maroc, là où le Sahara occidental rejoint l’Atlantique, dans une très longue bande de terre.
Après avoir acquis son indépendance en 1956, le Maroc a très vite revendiqué le Sahara occidental en s’appuyant sur des liens d’allégeance unissant des chefs de tribus sahraouis aux sultans du Maroc, mais aussi une culture et une langue sahraouies qu’on retrouve aussi dans le royaume.
En 1963, la guerre des Sables avait démontré que l’héritage territorial de l’Algérie, tracée par la France du temps de la colonisation, était contesté par le Maroc. D’abord par les nationalistes qui appelaient à la restauration du « Grand Maroc », dessinée en 1956, puis par S.M le Roi Hassan II qui visait la décolonisation de son pays.
Ce premier conflit fut réglé grâce à une médiation africaine menée par l’empereur éthiopien Haïlé Sélassié et le président malien Modibo Keïta, un accord intervient rapidement en marge de la conférence de Bamako (29 et 30 octobre 1963), et un cessez-le-feu entre en vigueur le 2 novembre. C’est une victoire de prestige pour l’Afrique décolonisée, qui tente de se fédérer au sein de l’Organisation de l’unité africaine OUA, aujourd’hui Union africaine UA. Ce contentieux territorial entre l’Algérie et le Maroc avait trouvé une issue dans le Traité de fraternité et de bon voisinage signé à Ifrane le 15 janvier 1969 qui a fixé les règles de base de bon voisinage et de coopération économique. Il a été suivi de la rencontre de Tlemcen le 27 mai 1970 qui a mis l’accent sur la nécessité de mettre en œuvre tous les accords conclus entre les deux États. La coopération s’est concrétisée à travers l’accord du 15 juin 1972 signé à Rabat à propos de la délimitation des frontières.
En 1975, un Accord dénommé tripartite, signé le 14 novembre à Madrid par l’Espagne, le Maroc et la Mauritanie, établissent les conditions du retrait espagnol du Sahara. Ces accords font suite à la célèbre Marche verte.
En s’appuyant sur l’avis consultatif de la Cour internationale de justice de la Haye le Roi Hassan II enclenche la grande marche verte (6 novembre 1975) : Le Roi Hassan II mobilise 350 000 personnes qui marchent pacifiquement sur le Sahara que les Espagnols viennent de quitter. Menée dans le but de récupérer le Sahara occidental, territoire considéré par les marocains comme une question existentielle. L’Algérie se retrouve confrontée à un dilemme : la reconnaissance du fait accompli ou la guerre. Le Président Houari Boumédiène choisit la guerre par procuration.
Ainsi, depuis le début du conflit le Polisario (Front populaire de libération de la Saguia el Hamra et du Rio de Oro) est soutenu et armé par l’Algérie, il sera aidé aussi par la Libye de Kadhafi. Conséquence : une guerre éclate entre le Maroc et le Polisario, qui fera des milliers de morts.
Un rapprochement s’était opéré entre l’Algérie et le Maroc après la création de l’Union du Maghreb Arabe en 1989, mais ce rapprochement a rapidement commencé à se dissiper à la suite des actes terroristes survenus à Marrakech en 1994, ce qui a amené le Maroc à imposer le visa aux Algériens et l’Algérie à riposter en fermant les frontières terrestres, toujours fermées. Le Maroc a appelé plusieurs fois les autorités algériennes à rouvrir cette frontière, mais Alger conditionne cette réouverture à un accord d’ensemble, qui inclurait le règlement du conflit sahraoui. Sans surprise, la tension entre l’Algérie et le Maroc a conduit à une course à l’armement assez coûteuse.
II)Perspectives de paix en Afrique du nord
Au cœur des convoitises géopolitiques régionales, le Sahara apparaît comme le principal facteur politique du blocage dans la construction d’une intégration régionale. Ce conflit oppose le Maroc, non seulement au Polisario, mais en fait à plusieurs belligérants surtout à l’Algérie qui instrumentalise ce dernier et le soutient par tous les moyens, militaires, diplomatiques, financiers, médiatiques, etc.
Des pontes de la diplomatie, un ex-président allemand, un ex-secrétaire d’État américain, se sont cassé les dents en tentant d’imposer une solution de l’ONU aux belligérants. Le conflit est à son plus haut depuis des années, les frontières entre les deux nations sont fermées et les liens diplomatiques rompus.
Pour sortir de la spirale conflictuelle qui domine les relations entre le Maroc et l’Algérie, il est temps de profiter du contexte géopolitique actuel pour lancer un dialogue stratégique maroco-algérien et de construire un nouveau Maghreb en s’inspirant d’expériences étrangères réussies.
Dans ce cadre, le Conseil de sécurité a adopté par 11 voix pour et les abstentions de la Chine, de la Fédération de Russie et du Pakistan, une résolution (2797) déclarant que le plan d’autonomie du Sahara occidental sous souveraineté marocaine présenté par Rabat constituait la solution la plus réaliste pour mettre fin à un conflit de 50 ans dans ce territoire.
Il ressort de ce qui précède que le moment est venu de régler un conflit vieux de 50 ans qui empoisonne la géopolitique du Maghreb, et qu’il serait souhaitable de négocier une sortie de crise et de construire un avenir commun. Cela passe d’abord par la reprise des relations diplomatiques, ensuite par la négociation, tout en œuvrant à la réconciliation de la mémoire collective afin d’ancrer l’esprit de solidarité, plutôt que l’hostilité et la méfiance.
Bref, la négociation demeure la démarche la plus réaliste pour espérer parvenir à une situation de paix dans cette partie de l’Afrique du Nord.
Hassan II a dit : « Je n’ai donc rien à gagner et tout à perdre à me fâcher avec mon voisin car je ne peux ni changer le Maroc de place, ni changer l’Algérie de place. Nous sommes condamnés à vivre ensemble, donc à négocier constamment… ».