La Géopolitique de l’eau

Qu’elle soit naturelle ou produit de l’activité humaine, la désertification des sols pose des problèmes auxquels le mode devra faire face dans un futur proche. La Convention des Nations Unies définit la désertification comme la dégradation des terres dans les zones arides, semi arides et subhumide sèche, par suite de divers facteurs liés au climat ou à l’activité humaine. Le problème grandissant depuis plusieurs décennies déjà, a poussé l’ONU en 1992 à proposer une convention mondiale sur la lutte contre la désertification. Quels sont les enjeux géopolitiques de l’eau  et comment lutter contre le phénomène désertification? Le problème grandissant depuis plusieurs décennies, a poussé l’ONU en 1992 à proposer une convention mondiale sur la lutte contre la désertification. Quels sont les enjeux géopolitiques de l’eau ? Nous étudierons cela au cours de cet article en nous intéressant à une zone particulièrement touchée qui est le monde arabe, cette région qui se trouve au sud de la méditerrané. Si les pays arabes sont richement dotés en pétrole, en revanche  ils sont pauvres en eau : 5% de la population mondiale, mais seulement 1% des ressources, et encore sont-elles (comme le pétrole) très inégalement réparties. Seuls l’Irak, le Liban le Maroc et le Soudan se situent actuellement un peu au-dessus du seuil de 1000 mètres cubes/habitant/an qui est considéré comme nécessaire dans un contexte économique de développement normal. Les autres pays sont tous en dessous, même l’Égypte malgré le Nil, parce qu’en plus des éventuelles conséquences du barrage la renaissance l’Egypte est très peuplé. Et  la croissance démographique encore rapide d’un certain nombre de pays arabes devrait contribuer à aggraver la situation. Qui plus est, l’essentiel des ressources en eau du monde arabe lui vient d’autres régions : les grands fleuves des pays arabes : Euphrate et Tigre, ont leur source en Turquie (88% du débit de l’Euphrate, et 40% de celui du Tigre, et le Nil ou dans des pays africains non arabes (86 % des eaux du Nil et 95% de ses eaux de crue viennent d’Ethiopie. Enfin une partie de ces ressources est actuellement gaspillée, notamment par une agriculture archaïque et dont on n’arrive à faire évoluer que très lentement les méthodes. A un degré moindre que pour les bassins de Mésopotamie et du Nil, la question politique d’Israël est aussi une question liée à l’eau, l’Etat juif contrôlant depuis 1967 les sources du Jourdain, au détriment notamment de la Cisjordanie et de la Jordanie. Cette question passe un peu inaperçue seulement à cause de la gravité des autres. 2/3 des besoins en eau de l’Etat d’Israël sont pompés à partir de ressources qui lui sont extérieures (notamment la nappe phréatique de Cisjordanie). Les eaux des territoires occupés ont été déclarées « ressources stratégiques » et sont sous contrôle militaire de la puissance occupante. La conséquence directe du problème de l’eau est la dépendance alimentaire, quasiment irréversible à terme prévisible, du monde arabe. Si le monde arabe dispose de l’arme du pétrole, il se trouve donc inversement sous la menace d’une famine virtuelle. La demande alimentaire en est au rythme du doublement tous les 20 ans à cause à la fois de la croissance démographique et de la modification des habitudes alimentaires (qui incluent davantage de viande, laquelle demande plus de productions agricoles que l’alimentation simplement végétale). Irak et Égypte ne produisent que 5% de leur nourriture, l’Algérie seulement 40% : et encore s’agit-il des pays arabes qui ont le plus fort potentiel agricole du monde arabe ! La conséquence de cette dépendance alimentaire est une constante sortie de devises de ces pays, une obligation d’exporter pour se nourrir, une grande dépendance des gouvernements à la question des subsistances, qui est en elle-même porteuse d’instabilité politique. Or aucune politique d’autosuffisance alimentaire n’a pu être mise efficacement en place, sauf en Arabie saoudite où on produit du blé à prix d’or, grâce à une manne pétrolière qui est cependant en passe de devenir insuffisante et au pompage de nappes phréatiques non renouvelables (eau captive, comme le pétrole). Quant au phénomène  de la désertification, les scientifiques s’accordent à penser que la désertification est causée d’une part par le réchauffement climatique et d’autre part par l’activité humaine sur les zones concernées. Le changement climatique global que connaît notre planète est un cercle vicieux où de nombreux facteurs rentrent en jeu, concrètement l’augmentation de CO2 dû à l’activité humaine en parallèle avec une déforestation massive à pour effet d’intensifier l’effet de serre et donc d’augmenter la température moyenne de la Terre. Les conséquences sont des dérèglements climatiques et dans notre cas les sols sont exposés à des brulures dues aux UV solaires, à l’érosion provoquée par le vent et l’écoulement de pluies rares et violentes. La terre devient érodée et stérile et forme des plaques désertiques appelées «zipelés». L’activité humaine locale est une autre composante importante de la désertification. Il est intéressant de noter qu’il n’y a pas seulement des causes modernes. Des indices laissent à penser que les humains, depuis près de 3000 ans, participent à ce phénomène en coupant le bois des forêts et en exploitant les terres. L’aggravation est cependant beaucoup plus importante au cours des deux derniers siècles. En effet, la poussée démographique a eu pour conséquence une surexploitation des terres et du bois. Les terres sont surexploitées afin de produire plus de nourritures. La déforestation fragilise aussi les sols qui ne sont plus tenus par les racines des arbres et ceux-ci ne peuvent pas repousser car les ruminants mangent sans cesse les jeunes pousses. La désertification est donc un cycle qui «s’auto entretient» et qui est aggravé par l’activité humaine. La désertification est un grand défi qui touche environ deux milliards de personnes de nos jours, sans compter que les prévisions démographiques prévoient qu’il faudra nourrir neuf milliards d’êtres humains d’ici 2050. Il n’est pas difficile d’imaginer que la géopolitique de l’eau sera donc un enjeu principal de notre futur. Les régions les plus touchées se situent en Afrique, au Nord et au Sud du Sahara, une grande partie de l’Asie orientale et centrale

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La Ligue arabe et l’Organisation de la Conférence Islamique

I) Création et composition : La Ligue Arabe a été créée le 22 mars 1945 à Alexandrie. Dès la Seconde Guerre Mondiale, les Britanniques avancent l’idée d’une fédération des Etats arabes, cherchant ainsi à gagner la sympathie des pays arabes. En effet, en 1941, Anthony Eden, ministre des affaires étrangères de Winston Churchill, pour encourager une union des pays arabes du Moyen-Orient, déclare que :      «le gouvernement de sa majesté donnera l’appui le plus complet à tout plan qui recevrait une approbation générale».  Bien que les conditions de création de ces deux organisations soient différentes, leur création résulte dans les deux cas d’une prise de conscience face aux dangers que représentaient les mouvements sionistes. Il convient toutefois attendre la fin de la guerre pour que les  alliés des anglais hachémites d’Ammam et de Bagdad tentent  de mettre sur pied un Etat unifié du « Croissant fertile », regroupant la Palestine, la Syrie, l’Irak et  la Jordanie. L’Egypte, opposée à ce projet et craignant que l’ensemble soit susceptible de contrecarrer son influence, propose un contre-projet qui aboutit à la réunion d’Alexandrie où est créée la Ligue Arabe. C’est donc l’Egypte qui a été le moteur de l’organisation, par la volonté de Nasser de soutenir tous les mouvements de libération arabe, après qu’il ait libéré son pays de l’occupation britannique en 1956. La Ligue compte aujourd’hui 22 membres : L’Egypte, L’Irak, le Liban, l’Arabie saoudite, la Syrie, la Transjordanie et le Yémen nord sont ses membres fondateurs. A ceux ci se sont ajoutés la Libye (1953), le Soudan (1956), le Maroc et la Tunisie (1958), le Koweït (1961), l’Algérie (1962), le Yémen du Sud (1967), unifié depuis 1991 avec le Yémen du nord, le Bahreïn, le Qatar, les Emirats Arabes Unis et Oman (1971), la Mauritanie (1973), la Somalie (1974), Djibouti (1977) et les Comores (1993). L’Organisation de Libération de la Palestine a été admise en 1976. Trois ans après sa création, la Ligue Arabe est confrontée à ce qui deviendra l’un des motifs les plus importants de son unité et de sa division. La proclamation de l’Etat d’Israël le 14 mai 1948 soude dans un premier temps les membres, dont les armées aident les palestiniens. Mais les intérêts des membres sont trop disparates. L’organisation oscille entre l’axe égypto-saoudien et l’axe hachémite (Irak, Jordanie). La nationalisation du canal de Suez en 1956 renforce l’Egypte et inaugure le reflux du courant hachémite. Une nouvelle fracture apparaît qui correspond à la division du monde liée à la guerre froide. L’Arabie saoudite tente de substituer au système arabe un système islamique. La création de l’OCI, englobant des pays plus nombreux et plus riches que ceux de la Ligue Arabe, en 1969, correspond au désir de suprématie du royaume wahhabite au profit des Etats-Unis. L’Egypte tente, elle, d’aligner la Ligue Arabe sur Moscou. L’Egypte et la Jordanie entrent en conflit, cette dernière acceptant mal la création de l’Organisation de Libération de la Palestine. Ammam boycotte les sommets de la Ligue en 1964 et 1966. De nouvelles tensions surgissent à partir de 1973, avec la guerre du Kippour et les deux chocs pétroliers. A partie des années 1980, la Ligue devient un peu un instrument entre les mains des pétromonarchies, qui achètent leur influence en finançant l’organisation. La cause palestinienne et le nationalisme deviennent secondaires. L’Organisation de la Conférence Islamique (OCI) est une organisation intergouvernementale qui regroupe 57 Etats. Elle a été créée à Rabat le 25 septembre 1969 à l’occasion de la première réunion des leaders du monde islamique, suite à l’attentat perpétré le 21 août 1969 par des sionistes contre la Mosquée Al Aqsa dans Jérusalem occupée. Cet attentat constituait une «atteinte aux sanctuaires des musulmans, à leurs lieux de culte, à leur dignité et foi». C’est donc dans le but de défendre l’honneur, la dignité et la croyance des musulmans que les leaders du monde musulman ont profité de l’occasion que représentait le sommet à Rabat pour réfléchir à leur cause commune et poser les bases de cette nouvelle organisation rassemblant de très nombreux Etats, avec pour ambition de libérer Jérusalem et Al Aqsa de l’occupation sioniste. Six mois après cette réunion historique, la première conférence islamique des ministres des affaires étrangères à Jeddah (siège de l’organisation) crée un Secrétaire Général permanent. En février 1972, la conférence islamique des ministres des Affaires étrangères, lors de la troisième réunion, adopte une Charte de l’Organisation, dont le but est de renforcer la solidarité et la coopération entre les Etats islamiques dans les domaines politiques, économiques, culturels et scientifiques. II) Objectifs des deux Organisations : Les objectifs de la Ligue Arabe et de l’OCI présentent de nombreux points communs, notamment en ce que les deux organisations condamnent les violences israéliennes et affirment leur soutien au peuple palestinien. Selon sa Charte de 1945, l’objectif de la Ligue Arabe est de contrôler l’exécution des accords conclus entre Etats membres, de se réunir périodiquement pour renforcer les liens entre Etats, de coordonner leurs plans politiques, de protéger leur indépendance et souveraineté de toute agression par des moyens raisonnables et de contrôler les affaires et intérêts des pays arabes. Les décisions du Conseil sont juridiquement contraignantes dans le cas où un désaccord surviendrait entre des Etats membres.       Selon la Charte de l’OCI, l’Organisation a pour but : 1. De renforcer : -la solidarité islamique parmi les Etats membres -la coopération dans les domaines politiques, économiques, culturels et scientifiques -la lutte des peuples musulmans pour sauvegarder leur dignité, indépendance et droits nationaux 2. De coordonner une action pour : -protéger les lieux sacrés -soutenir la lutte du peuple palestinien 3. De travailler à -l’élimination de la discrimination raciale -la création d’une atmosphère favorable à la promotion de la coopération et compréhension entre les Etats membres et les autres pays. Par ailleurs, cette charte énumère des principes auxquels les membres de l’Organisation doivent se soumettre : -L’égalité absolue des Etats membres -le respect du droit à l’autodétermination et la non-ingérence dans les affaires internes des Etats membres. -le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale -le règlement de tout

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Le grand livre de l’Afrique-chaos ou émergence au sud du Sahara?

« Résume du livre de Nicolas Normand » 1. La pauvreté en Afrique subsaharienne est-elle une fatalité ? Il existe à ce sujet deux discours : pour l’un (plus « structuraliste » ou plus «de gauche»), cette pauvreté résulterait des injustices de l’histoire, des contraintes de la géographie et de la               «brutalité» de l’ordre économique mondial. Pour l’autre (plus culturaliste et plus « de droite »), il n’y aurait guère de déterminisme et les difficultés du continent seraient dues aux « choix » effectués par les Africains, individuellement et collectivement. Aucune de ces explications globales ne parait satisfaisante, même si certains éléments d’analyse sont justes dans les deux. Il y a bien des éléments de fatalité : géographiques (manque d’espèces domesticables, mouche tsé-tsé empêchant l’élevage et les animaux de trait, maladies parasitaires et autres non encore surmontées, et surtout enclavement avec 35% des populations vivant dans des pays enclavés) ; historiques, avec l’impact très déstructurant de l’esclavage arabo-islamique et atlantique (dissémination des armes, raids internes disloquant les Etats…) et le traumatisme encore plus sensible aujourd’hui de la colonisation ayant créé différents types de contre-acculturation. Ces éléments distinguent l’Afrique de l’Asie, sans traite esclavagiste marquée et où les structures et cultures locales ont été mieux respectées par les colonisateurs.  Il existe aussi deux catégories d’éléments ne résultant pas de la fatalité, les uns sujets à débat, les autres plus consensuels au niveau des sciences sociales. Parmi les premiers : l’exploitation par les puissances étrangères et les théories tiers-mondistes,  désormais désuètes après les émergences asiatiques, mais devenues altermondialistes, le néocolonialisme flirtant avec les théories complotistes. La notion de pillage est exacte à condition d’être précisée avec rigueur et circonscrite (elle explique la pauvreté de certains Etats). La corruption est une cause qui est sujet à débat (de nombreux pays corrompus se sont développés avec succès) : il faut distinguer les différents types de corruption, toxiques ou non. Les causes culturelles, bien étudiées par plusieurs auteurs africains, peuvent être soutenues à condition d’éviter une série d’écueils : l’essentialisme et aussi leur surévaluation. Elles relèvent de trois types . Les causes institutionnelles sont très importantes et mieux analysées depuis les travaux de Karl Popper et surtout de l’économiste Douglas North et ses suiveurs (Acemoglu et Robinson). Elles distinguent les institutions ouvertes et inclusives, favorables au développement à condition d’avoir aussi un contrôle de l’ensemble du territoire (centralisation), des stratégies appropriées et les institutions « extractives » et fermées à un clan, une classe ou à une élite autoproclamée. L’évolution vers les institutions ouvertes suppose en général des ruptures et une histoire plus longue que celle des Etats postcoloniaux. Enfin, les causes démographiques sont également importantes et distinguent aussi les pays restés pauvres des autres. De ce point de vue, la démographie d’une majorité des pays subsahariens, non encore entrée en transition, est défavorable au développement. Ceci est aggravé par l’inadaptation des systèmes éducatifs, parfois même en perdition (Sahel), bien que quelques pays africains (Kenya, Ghana…) aient surmonté ce défi. 2. La politique en Afrique n’est-elle qu’un business ou permet-elle de gérer l’intérêt collectif? L’Etat postcolonial importé fonctionne-t-il correctement ? Bertrand Badie soutient que la greffe est rejetée, sans d’ailleurs proposer d’alternative véritable. L’Etat-nation moderne est la synthèse d’une rationalité universelle et d’une expérience européenne spécifique, mais il ne faut pas oublier que ce modèle a de nombreux précédents non européens et africains. Cela étant, la situation actuelle majoritaire est encore celle d’Etats hybrides intégrant normes modernes et éléments de sociologie africaine : Etats encore fragiles souvent néo patrimoniaux et à réseaux clientélistes (la « politique du ventre »), créant un entre-deux propice à des dysfonctionnements. L’Afrique serait-elle en voie de confirmer (pour cette seule région) la théorie de la « fin de l’histoire » de Fukuyama ?  En effet, contrairement à une tendance récente constatée ailleurs, la démocratisation (et le libéralisme économique) ne cesse de progresser sur le continent, même si elle demeure en peau de léopard. Il ne s’agit pas d’une injonction externe mais d’un processus endogène de revendications et de contestation des régimes autoritaires. On peut aussi trouver des racines anciennes et locales de la démocratie. 3 Le « choc des civilisations » théorisé par Huntington affecte aussi le continent, mais au sein même des pays avec la survenue de l’islam radical et, plus généralement, avec une résurgence des sentiments identitaires et, chez certains intellectuels, du « principe d’indigénéité».  La construction des Etats de droit progresse néanmoins, tout en rencontrant de nombreuses limites et résistances. La citoyenneté avance aussi, mais bute sur un double obstacle : manque d’Etat pour de larges groupes sociaux (périphéries, cadets sociaux, migrants) et clôture des élites sur elles-mêmes.  Les liens entre démocratie, développement et bonne gouvernance ne sont pas aussi simples qu’on le prétend parfois, surtout avec la survenue des « néo despotismes éclairés » (Rwanda, Ethiopie) sur le modèle singapourien. Les injonctions de « bonne gouvernance » ont aussi perdu de leur crédibilité, comme l’a théorisé  le professeur Mustak Khan : ce n’est pas un moyen de développement, mais un résultat de ce dernier.  En revanche, la criminalité économique prospère et mine des régions entières (exploitations illégales des forêts, de la faune, des minerais, drogues, faux médicaments, piraterie, trafics humains, flux financiers illicites). Elle est un des symptômes de la fragilité des Etats pouvant aller jusqu’à la criminalisation de la politique et la politisation des crimes. Le concept d’ethnie est écartelé entre deux visions opposées et extrêmes : pure élaboration coloniale (Coquery-Vidrovitch notamment) ou principe fondamental (Lugan). Il souffre d’une paternité historico-raciste, d’une définition mouvante et n’est pas une donnée figée. Balandier a montré le caractère dynamique et évolutif des sociétés africaines interagissant avec les facteurs externes. Une analyse plus fine et rationnelle des rapports sociaux est donc nécessaire. Cela étant, l’Afrique est marquée par un fort multiculturalisme avec environ 2000 langues pour 48 Etats subsahariens, soit un tiers des langues de la planète pour moins d’un cinquième de la population mondiale et moins du quart des terres émergées. Dans chaque Etat, une culture nationale apparait nécessaire

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Le pétrole, une malédiction ou une chance ?

Il n’est pas possible d’écrire l’histoire du monde arabe sans parler de l’histoire du pétrole. C’est ce que permet ce livre pionnier de Jean-Pierre Sereni . On doit à un jeune universitaire français, qui utilise de nombreuses sources arabes et pas seulement occidentales, la première histoire arabe du pétrole. Drôle d’histoire à vrai dire. Partis parmi les derniers dans la course à l’or noir, un siècle ou presque après l’Amérique des trusts, la future Indonésie encore coloniale ou le Caucase russe, ils ont connu le mode traditionnel d’exploitation du brut. La concession donnait la propriété exclusive du gisement aux étrangers — surtout anglo-saxons —, et ne laissait aux pouvoirs locaux, le plus souvent dominés par les empires coloniaux, qu’un impôt modeste et nulle voix au chapitre. Sans aucun concurrent, le contrat portait en général sur la quasi-totalité du territoire. L’environnement supportait les dégâts d’une jeune et rudimentaire industrie qui salit, pollue et compromet plus souvent qu’à son tour le mode de vie des populations installées là depuis des centaines d’années, leurs jardins, leurs pâturages ou leurs espaces collectifs. La première réaction vint des travailleurs recrutés sur place, mal payés et surexploités. En 1953, l’Aramco, la compagnie américaine qui a le monopole des pétroles d’Arabie saoudite connait la première grande grève des « forçats de l’or noir ». Les syndicalistes sont relayés bientôt par les militants nationalistes qui combattent le colonialisme finissant au nom de l’autodétermination et du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Premières grèves Parallèlement, à New York, Londres ou Paris, de jeunes intellectuels venus des cinq continents remettent en cause le statu quo pétrolier. Les Arabes y sont actifs, notamment un haut fonctionnaire saoudien, Abdallah Al-Tariki, qui s’insurge : comment 85 % de la production mondiale de brut peut-elle être raffinée en dehors des pays producteurs ? La lutte passe de la politique, où les objectifs sont bientôt atteints avec la fin des empires coloniaux, à l’économie où tout reste à faire. L’indépendance de l’Algérie en 1962, le coup d’état militaire de 1969 en Libye amènent au pouvoir des équipes vite convaincues que seule la récupération du pétrole sortira le monde arabe du sous-développement et permettra de rattraper un retard séculaire. Un cartel pétrolier voit le jour à la fin des années 1950 ; Africains, Arabes, Latino-Américains s’y retrouvent et dix ans plus tard il fait montre d’une détermination et d’une discipline inattendue pour imposer aux compagnies internationales, « les 7 sœurs », le relèvement des prix qui quadruplent en 1973. Des prix, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) passe à la propriété des gisements, emmenée par la Libye et l’Algérie qui les nationalisent en tout ou en partie. Pendant une bonne dizaine d’années, on peut croire que l’objectif est atteint et que l’argent du pétrole semé dans l’économie des pays pétroliers leur permettra de décoller. Patatras ! En 1981, l’Iran et l’Irak, second et troisième producteurs pétroliers s’engagent dans une guerre meurtrière qui durera près de dix ans, sans que l’OPEP puisse intervenir. Cinq ans après, c’est l’effondrement des prix, conséquence de la récession dans les pays consommateurs. L’Occident a réduit drastiquement sa consommation et diversifié son approvisionnement en énergie en développant le nucléaire et le gaz naturel ignorés par l’OPEP. Le déclin de l’OPEP Dès lors, l’opinion publique arabe abandonne son enthousiasme des débuts et devient critique des grandes sociétés nationales qui ont succédé aux compagnies occidentales sur le terrain. Deux facteurs y contribuent : d’abord, la nationalisation a laissé la place à une étatisation sans limite des richesses nationales qui profite d’abord aux États « rentiers » et à leurs forces de police plus qu’à la population ; ensuite la modernisation de l’industrie ne favorise pas l’emploi des nationaux (à peine 1 à 2 % de la population active travaille dans le secteur). Le désamour vis-à-vis de la compagnie nationale algérienne Sonatrach ou de la Saoudienne Armaco domine les esprits. Des minorités ne cachent pas leur rejet, le pétrole est un fléau plutôt qu’une aubaine comme le pensait la génération précédente. À partir des années 2000, le leadership échappe aux pays producteurs, ce sont les pays consommateurs qui déterminent les prix et les niveaux de production du pétrole. Quotas et plans d’ajustement deviennent le lot des producteurs, même dans le Golfe où il y a beaucoup de brut et peu de nationaux. L’auteur parle de « crise des États pétroliers » dont les économies sont « noyées dans le pétrole », et les acquis des années glorieuses remis en cause par des régimes en quête de privatisation et de réduction de l’État-providence mis en place ici ou là. Les anciens régimes « révolutionnaires » que sont l’Algérie, l’Irak, la Libye, le Venezuela ou l’Iran ne pèsent plus lourd face aux monarchies conservatrices du Golfe, et d’abord à l’Arabie saoudite qui impose sa volonté à l’OPEP et ailleurs. On pourra trouver les conclusions de l’auteur trop pessimistes. Le problème est aussi l’usage de l’argent du pétrole par des groupes sociaux inadaptés, qu’il s’agisse des princes du Golfe ou des héritiers des nationalistes d’antan aujourd’hui sans perspective. L’accumulation et le développement ne sont pas leur souci, ils privilégient le maintien de leur pouvoir et de leur fortune. Aujourd’hui comme hier, le pétrole façonne les pays arabes comme leurs relations avec le reste du monde. En bien comme en mal.

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La gouvernance en bref

La gouvernance, de l’anglais governance, désigne les modalités par lesquelles un pouvoir administre un objet (une entreprise ou un territoire). En géographie le terme a d’abord une dimension territoriale (la gouvernance regroupe alors les modalités d’administration d’un territoire par un pouvoir politique), et il est multiscalaire, de la gouvernance mondiale qui est celle des institutions internationales à la gouvernance locale qui relève des collectivités, en passant par la gouvernance des États. L’engouement récent pour le terme pourrait masquer des origines anciennes : on le relève au XVe siècle dans le livre d’un juriste anglais, intitulé The governance of England, dans un sens proche de l’actuel. La notion de gouvernance fait son apparition à la fin des années 1980 dans le champ des relations internationales. L’émergence du terme dans le vocabulaire de la science politique est concomitante de la reproduction par le pouvoir politique des mécanismes en vigueur dans la sphère économique, notamment le recours massif aux cabinets de conseil extérieurs. Le terme de « good governance » est employé par les institutions financières internationales pour définir les critères d’une bonne administration publique. La Banque mondiale définit la gouvernance comme l’ensemble des traditions et des institutions exerçant l’autorité sur un pays ce qui inclut : les processus par lesquels les gouvernements sont désignés, contrôlés et remplacés ; la capacité du gouvernement à formuler et à adopter des politiques de fond ; le respect des citoyens ; la capacité des institutions à piloter les interactions économiques et sociales. L’appropriation de la notion de gouvernance par différents acteurs fait que le terme revêt aujourd’hui de multiples significations. Certaines interprétations sont en effet divergentes. Dans le contexte du développement durable et à l’échelle mondiale, la gouvernance renvoie aux mécanismes de régulation internationale et à l’effacement des États confrontés à la mondialisation des questions environnementales. À des échelles régionales et locales, à l’échelle des territoires, les mécanismes régulateurs de gouvernance doivent prendre en compte différentes dimensions : les relations entre les dirigeants et les dirigés, notamment les relations entre l’État et la société civile ; le mode de coordination de diverses activités ou les relations entre acteurs ; le mode d’allocation des ressources entre les activités ou les acteurs ; la gestion des conflits (prévention, résolution). La « bonne » gouvernance implique : que la sécurité des citoyens soit assurée et que le respect de la loi soit garanti, notamment par l’indépendance des magistrats (l’État de droit) ; que les organismes publics gèrent de façon efficace et équitable les dépenses publiques (bonne administration) ; que les dirigeants politiques rendent compte de leurs actions devant la population –(la responsabilité et l’imputabilité ou accountability) ; que l’information soit disponible et facilement accessible à tous les citoyens (la transparence). La « bonne gouvernance » renvoie essentiellement à une « saine gestion des affaires publiques ». Elle veille à ce que les priorités politiques, sociales et économiques soient fondées sur un large consensus social et à ce que les voix des plus démunis puissent se faire entendre. La gouvernance des entreprises (corporate governance), bien qu’elle ne soit pas sans rapport avec la gouvernance des États, est davantage située dans le champ des préoccupations socio-économiques. C’est ainsi que les systèmes de notation des pays en fonction de leur bonne ou mauvaise gouvernance se sont multipliés prenant en compte des dimensions assez variées dans le champ du politique au sens large. Ils se fondent sur des méthodologies et des critères variés, parfois discutables et discutés, mais fournissent néanmoins des éléments comparatifs à ne pas négliger. Pour aller plus loin : Patrick Le Galès, « Gouvernance » in Jacques Lévy et Michel Lussault (dir.) – Dictionnaire de géographie et des sciences de l’espace social, Belin, 2003 [2013].

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La Chine et le droit international

Le droit international public régit principalement les relations entre États, sujets premiers et principaux de cet ordre juridique, afin notamment d’encadrer et de réguler ces rapports internationaux. Le droit international public impose en ce sens un certain nombre d’obligations, de droits, de principes juridiques en matière de reconnaissance (d’État et de gouvernement), d’immunités (des États, des organisations et de leurs agents respectifs) ou quant à la délimitation et au régime juridique applicable à certains espaces (maritime, aérien, extra-atmosphérique) et à certaines voies de circulations et/ou ressources naturelles (canaux, fleuves, lacs internationaux) par exemple. De même, l’interdiction du recours à la force, le principe du règlement pacifique des différends internationaux et la responsabilité internationale ont largement contribué à une pacification des relations entre États, mais le maintien de la paix et de la sécurité internationales a été, dans une large mesure, confié à l’Organisation des Nations Unies, donnant ainsi une place de premier plan dans les rapports internationaux à l’organisation universelle. En Chine la politique étrangère s’est transformée depuis l’ascension de Xi Jinping, d’abord comme secrétaire général du Parti communiste chinois, puis comme président de la République populaire de Chine. Le nouveau dirigeant chinois a décidé de mettre fin à une phase de discrétion ou de « profil bas », entamée par Deng Xiaoping  (1904 -1997) et qui a longtemps caractérisé son État. L’arrivée au pouvoir de Xi Jinping en 2013 marque le début d’une nouvelle ère pour la Chine et, à n’en pas douter, pour l’ordre international lui-même. Après une période d’affirmation politique et économique, grâce à l’ancrage du parti communiste chinois et à la mise en place d’un capitalisme aux allures atypiques, le dirigeant chinois rêve dorénavant d’une Chine ambitieuse sur le plan international. La Chine est désormais conquérante. Et pour ce faire, les initiatives se multiplient. Celles-ci peuvent se prêter à différents regards : le regard de l’économiste, du politologue, mais aussi du juriste. Le présent volume de L’Observatoire des Nations Uniesse propose ainsi de mettre en évidence cette affirmation internationale de la Chine du point de vue du droit international. En tant qu’acteur majeur des relations internationales, la Chine cherche dorénavant à imprimer sa vision du monde sur l’ordre international et à s’imposer comme nouveau leader de la mondialisation. Pour cela, elle recourt constamment au droit international. Et en raison du réveil spectaculaire de sa politique étrangère, elle essaye de confirmer, d’ajuster ou de renverser l’ordre juridique établi à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Partant, le droit international se présente comme une boîte à outils essentielle pour l’affirmation de sa diplomatie de même qu’un instrument capital, lui permettant de se forger une place qu’elle veut importante dans l’ordre international. De ce point de vue, sa pensée sur le contenu et la direction du droit international, ainsi que les implications de celle-ci sur la gouvernance mondiale, visent manifestement à influencer divers domaines qui sous-tendent d’ailleurs ses implications multilatérales et bilatérales. Pourtant, dans le même temps, la Chine se heurte nécessairement à certains obstacles. Le droit international ne peut être considéré seulement comme un instrument de sa nouvelle politique. Il est aussi une contrainte pour la Chine. Le droit international, en tant que droit de la coexistence des souverainetés et de la coopération interétatique, opère comme un catalyseur des ambitions chinoises. Sur le plan du droit international économique, la Chine étant devenue une puissance économique majeure du XXIème siècle, plusieurs transformations sont à l’œuvre. À titre illustratif, elle a lancé, en 2013, depuis Astana au Kazakhstan, les nouvelles routes de la soie avec le slogan «One Belt, One Road». Ce programme de co-développement se concrétise par des investissements dans les infrastructures de transport et a pour objet initial de connecter l’économie chinoise aux continents européen et africain. Plus les années passent, plus le projet devient prolifique : de nombreux secteurs sont concernés et le flux d’investissement y est massif. Par ailleurs la Chine cherche également à développer son influence dans l’arène des institutions internationales économiques, notamment dans le cadre de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) où elle s’érige en garante potentielle du multilatéralisme. Et cela même si dans le cadre de la création de la Banque asiatique pour les investissements dans les infrastructures, elle n’a guère hésité à contourner sans scrupule les institutions existantes. Bref, la Chine investit pleinement le champ du droit international économique. Toutefois, elle se voit rattraper, à certains égards, par ses propres engagements. La Chine fait l’objet de contentieux importants à l’OMC par exemple. Et son actuel conflit avec les États-Unis s’avère menaçant pour le système commercial multilatéral dans son ensemble. En droit international des droits de l’homme, le particularisme chinois est manifeste. Outre le reproche qui lui est souvent adressé au sujet des violations systématiques des droits de l’homme, la Chine peine en général à redorer son image devant les organes de contrôle desdits droits. Au demeurant, il serait intéressant de chercher à comprendre l’approche chinoise du droit international des droits de l’homme ainsi que le cadre de dialogue qu’elle entretient avec les mécanismes internationaux de contrôle desdits droits. La Chine est également un acteur environnemental essentiel. Dans la mesure où elle est l’un des États les plus pollueurs de la planète, sa participation à la formation du droit international de l’environnement est décisive. Cela s’est particulièrement illustré par la prépondérance de son implication dans la signature de l’Accord de Paris sur le climat. Nonobstant cette volonté politique qui vise à placer la question environnementale au cœur de ses priorités, sa pratique semble toutefois jurer avec celle-ci. Et pour mieux saisir cette discordance, il serait intéressant de passer en revue la place marginale qu’elle réserve aux questions environnementales dans le cadre de ses différentes implications, notamment en matière d’investissement – et cela sans pour autant oublier le laxisme manifestement apparent qui guide sa politique interne à ce sujet, ne serait qu’à voir la dégradation continue de son environnement notamment par l’effet des déserts de poussière. Quant au maintien de la paix et de la sécurité internationale, la puissance chinoise s’impose ici

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La connaissance, enjeu politique et géopolitique

Conscients de l’importance des savoirs dans la mise en œuvre d’une politique de puissance, les États cherchent à mettre en place des politiques de développement de la recherche et de l’innovation pour accroître leur prospérité économique, asseoir leur supériorité militaire mais aussi étendre leur influence culturelle. Entre rivalités et coopération, la connaissance devient un enjeu fondamental pour les relations internationales. Quelles sont les relations entre savoir et pouvoir ? Pourquoi et comment les États se saisissent-ils de l’enjeu de la connaissance ? Comment l’économie de la connaissance influe-t-elle sur les relations internationales ? La connaissance au service de la décision A. Un pouvoir éclairé L’action politique est le fruit d’un processus de décision des détenteurs de l’autorité. Pour ce faire, les gouvernants s’entourent de conseillers et de savants dont les connaissances servent à éclairer leurs choix. Dans une démocratie, les débats agitent l’opinion, influencent le pouvoir et légitiment les décisions. À partir du XIXe siècle, dans le cadre des transformations industrielles, sciences et techniques construisent un modèle de développement lié aux progrès de la connaissance.  Dans les sociétés contemporaines, les démocraties sont entrées dans un processus de «scientifisation du politique» où le rôle des experts prend de plus en plus d’importance face à la complexité des problèmes de société. Par exemple, les questions environnementales actuelles offrent une large place à la consultation de scientifiques. B. Savoir et critique La connaissance peut être utilisée pour influencer l’opinion publique. À partir des années 1970, dans le cadre des débats autour de la résolution de la crise économique mondiale, des think tanks sont créés pour diffuser des idées néolibérales dans les pays industrialisés. Ils souhaitent remettre en cause les principes keynésiens qui dominaient le monde universitaire et politique depuis l’après-guerre. Des associations, des journalistes ou des lanceurs d’alerte sont également sources et vecteurs de nouveaux savoirs. En 1991, une journaliste révèle ainsi qu’en France, le Centre national de transfusion sanguine a distribué sciemment, entre 1984 et 1985, des produits sanguins contaminés par le virus du sida à des hémophiles. Une enquête s’ouvre et d’anciens ministres sont jugés en 1999. II- La connaissance, instrument de contrôle A. Des données pour l’action politique L’extension des fonctions de l’État au cours des XIXe et XXe siècles entraîne le développement de la bureaucratie. La mise en place de politiques sociales, fiscales ou monétaires exige une administration chargée entre autres de collecter des données précises pour mettre en œuvre des mesures efficaces. La collecte de données peut également répondre à des logiques de sécurité. Au début des années 2000, pour lutter contre le terrorisme, la NSA met au point l’opération Stellar Windqui permet d’avoir accès aux téléphones et ordinateurs portables des Américains. En 2013, l’informaticien de la NSA Edward Snowden révèle à la presse la réalité de cette surveillance de masse. B. Le contrôle des connaissances dans les régimes autoritaires Chaque régime autoritaire contrôle la production et la diffusion des connaissances par la censure. L’accès aux sources de connaissances est restreint : l’accès aux archives est sévèrement limité et l’usage libre d’Internet empêché, comme en Chine. Les scientifiques travaillent sous le contrôle étroit de l’État. Ils peuvent subir de fortes contraintes ou représailles s’ils manifestent leur désaccord avec le régime. L’État recueille les informations afin d’empêcher toute forme d’opposition au régime. En République démocratique allemande (1949-1990), la Stasi contrôle le courrier et les conversations téléphoniques ou pratique des filatures de milliers d’individus au quotidien. III- La connaissance au service du hard power A. La science, une arme de guerre Depuis l’avènement des guerres industrielles, la supériorité technique des armements est fondamentale. À partir de la Seconde Guerre mondiale, militaires et scientifiques collaborent activement. Les innovations trouvent leur application immédiate, tels le radar, le sonar ou encore le caoutchouc synthétique. L’arme nucléaire est conçue dans le cadre du «projet Manhattan» qui rassemble des scientifiques allemands réfugiés, des savants et l’État-major américains. L’innovation scientifique et technologique joue un rôle majeur au cœur des armées. Au cours des années 1990, ce que l’on appelle la «révolution des affaires militaires» a pour objectif de réduire l’implication directe des individus dans le combat grâce aux recours à la technologie. L’usage des nanotechnologies, de l’intelligence artificielle, de drones autonomes de combat s’est développé dans les armées. Ainsi, la maîtrise du savoir informatique est devenue un enjeu fondamental pour mener des cyberattaques. Les services de renseignement américains et israéliens ont ainsi lancé le virus informatique Stuxnet pour saboter le programme nucléaire iranien en 2010. B. Le rôle du renseignement Le renseignement assure une fonction essentielle pour la sécurité de l’État. Si le renseignement intérieur peut permettre de prévenir les actes criminels, le renseignement extérieur permet d’assurer la protection du territoire contre des actes venus des puissances étrangères, d’anticiper les décisions de celles-ci et d’adapter sa politique étrangère. Lors de la guerre froide, les services de renseignement des grandes puissances se sont montrés particulièrement actifs pour tenter de déstabiliser leur adversaire. Les services de renseignement peuvent aller jusqu’à produire une connaissance factice. L’opération Fortitude lors de la Seconde Guerre mondiale en est un exemple. Pour permettre le débarquement en Normandie, les Britanniques ont mené une vaste opération de falsification pour convaincre les nazis d’une attaque alliée dans le Pas-de-Calais. IV- Économie et connaissance A. Connaissance et croissance L’innovation est considérée comme un des moteurs de la croissance économique. Selon l’économiste Joseph Schumpeter (1883-1950), les cycles de croissances et de crises sont articulés autour des innovations selon le processus de destruction créatrice. Les vidéos sous format VHS ont ainsi disparu du marché pour être remplacées par les DVD puis par la VOD, qui modifie les objets et pratiques de consommation. La production de nouvelles technologies devient centrale dans le système économique. Pour le chercheur américain contemporain Paul M. Romer, ce ne sont plus les ressources naturelles ou la démographie qui génèrent la croissance mais la production et la diffusion de connaissances et de savoir-faire. B. L’économie de la connaissance Selon l’économiste autrichien Fritz Machlup (1902-1983), le système économique est désormais celui de l’économie de la connaissance.

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Démocratie en Afrique : quels défis ?

La démocratie est un idéal et un objectif, fondé sur des valeurs fondamentales et communes à tous les peuples de la planète, indépendamment des différences culturelles, politiques, sociales ou économiques. Parmi ces valeurs essentielles : l’inviolabilité de la dignité humaine, le respect des droits de l’homme, la justice sociale et la responsabilité individuelle des citoyens. Aujourd’hui, l’Afrique se trouve confrontée à de nombreux défis qui rendent son avenir compliqué, dont notamment la démocratie. Alors pourquoi la démocratie semble poser problème dans un bon nombre d’Etats africains ? La question de la démocratisation des pays africains génère des débats intenses depuis des décennies.  D’un côté, il y a les avocats indéfectibles de la démocratie, qui estiment que cette dernière n’est pas négociable. De l’autre, on  trouve les partisans des modèles de développement autoritaires à l’image de la trajectoire empruntée par Lee-Kuan Yew à Singapour, les nouveaux pays industrialisés (NPI) de l’Asie du sud-est, ainsi que certains d’Amérique latine comme le Chili, le Mexique et l’Argentine. En Afrique, le processus de démocratisation de l’Afrique est marqué depuis les années 90 par un élan de démocratisation traversant presque tout le continent. De nouvelles constitutions ont été adoptées consacrant le pluralisme politique, la proclamation des droits de l’homme et l’émergence d’une multitude d’associations appartenant à la société civile. Partout, cependant, un processus démocratique est à l’œuvre, qui s’incarne dans des mouvements, des associations, des intellectuels, plus que dans les institutions. Certains pays africains ont accompli des progrès significatifs sur la voie de la démocratisation, mais l’expérience est encore jeune et fragile, donc réversible. Les résistances rencontrées démontrent que les perspectives prometteuses que l’ouverture démocratique avait laissé entrevoir au début des années 1990 semblent être dans une impasse préoccupante. Certes, l’Afrique est devenue un vaste chantier constitutionnel depuis le début des années 1990. Mais l’apprentissage de la démocratie demande du temps et doit encore vaincre des résistances multiformes. L’État de droit est mis à mal dans certains pays par des velléités de retour à l’autoritarisme, les expériences sont fragilisées par la persistance de conflits armés et des coups d’États, ainsi que des élections mal préparées ou manipulées qui ont fait sombrer plus d’un pays dans la tourmente. Ainsi, l’Afrique se retrouve à un nouveau palier de son évolution politique. «La démocratisation par l’élection», principal acquis des mobilisations des forces pro-démocratiques au début des années 1990, a montré ses limites, avec notamment l’instrumentalisation des scrutins par les gouvernements en place. Pour l’analyste Vincent Hugeux «l’élection ne fait pas la démocratie. Laquelle suppose un système éducatif efficace, une justice indépendante, une administration impartiale, une presse libre, le respect du droit des minorités et un minimum de sécurité, physique comme alimentaire». De même, la démocratie électorale n’est donc pas synonyme de réussite économique. Au contraire, même : pour des États en construction, comme ceux d’Afrique, la démocratie électorale peut plutôt promouvoir la corruption, le clientélisme, voire la fragilisation de ces États. Il en résulte une mauvaise allocation des ressources vers les activités non productives, laquelle freine le développement économique. Dans  ce cadre, le sociologue Alain Touraine estime que  le développement n’est pas la cause, il est la conséquence de la démocratie. Ainsi, dans plusieurs pays africains, les gouvernements se sont révélés incapables de satisfaire les demandes des populations. L’euphorie a alors cédé la place à la désillusion et à la frustration. C’est dans ce contexte social que les coups d’État militaires font  de nouveau irruption un peu partout sur le continent africain. L’incapacité des gouvernements démocratiques à promouvoir le développement économique et à faire respecter l’ordre et la loi est le principal argument invoqué par les juntes militaires. Samuel Huntington avait pourtant averti dès 1991 que les problèmes qui affecteraient à l’avenir les rapports entre les gouvernements civils et l’armée dans les jeunes démocraties viendraient plus probablement des civils que des militaires. Au regard de ce qui précède l’Afrique a plusieurs défis à relever en matière de démocratisation. Dans son ouvrage  «Quelle Démocratie pour l’Afrique? »  Tshikala K. Biaya soulevait les défis suivants pour la réussite de la démocratie en Afrique : Les nouvelles constitutions des pays démocratiques sont rarement tournées vers l’avenir; elles sont dirigées contre le retour du dictateur sacrifiant ainsi les possibilités d’ériger un État de droit démocratique, qui relèvera les défis du siècle et défendra les conditions locales dans la globalisation ;  La question des minorités n’est jamais arrimée aux grandes questions de la démocratie : les Banyamulenge, les Peuls et Toubou (Niger), la Casamance (Sénégal), les Twa au Rwanda et Burundi, etc. Beaucoup de constitutions ne protègent pas les minorités, notamment les femmes et les enfants, et la situation est pire si ces derniers sont illettrées en langue officielle (français, anglais, arabe, espagnole ou portugais);  l’expérience du Parlement européen devrait nous aider à penser à des parlements régionaux et sous-régionaux, comme l’indiquent déjà les dernières initiatives de la CEDEAO et de l’UEMOA. Ce parlement se donnerait comme le lieu d’un exercice politique supranational pour nos «politiciens» méritants après leur mandat. Cette option si elle ne supprime point la «peur de la perte du pouvoir qui est une caractéristique des leaders africains» au moins elle aura aidé à établir un garde-fou et à recourir à l’expérience des «anciens» modernes pour consolider les institutions démocratiques. Cette pratique créera une classe de «personnalités éminentes» que l’UA pourrait utiliser dans son mécanisme de prévention, gestion et résolution des conflits au niveau continental. En guise de conclusion la base de la démocratie, ce qui la fait vivre, ce qui lui confère légitimité et efficacité, c’est le débat citoyen, la délibération. Dans son ouvrage,  l’analyste Hervé Kempf estime que «Le cœur de la démocratie n’est pas le vote, mais la délibération, par laquelle, nous apprenons les uns des autres». La délibération s’enrichit de la diversité, les échanges font partager des conceptions du bien commun différentes. La délibération favorise la rationalité avec des prises de position et décisions réfléchies. Bref, « Lorsque le débat est perdu, la calomnie devient l’outil du perdant.  » Socrate. Pour aller plus loin :    -Alain Touraine «Qu’est-ce que la démocratie» Editions Fayard, Paris, 1994. -BIAYA, T.K

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