« L’Afrique n’a pas besoin de charité, elle a besoin de partenariat équilibré, d’un vrai partenariat. Et nous, Européens, avons besoin au même titre de ce partenariat. » Jean-Claude Juncker.

Résumé

L’Afrique, sa démographie, son possible potentiel de croissance, son décollage plus ou moins imminent, autant de graphiques qui font rêver la planète investissement depuis plus d’une décennie.
De par sa position au Nord, le Maghreb pourrait favoriser les échanges entre l’Afrique et l’Union européenne qui est son premier partenaire.

Aujourd’hui, l’Europe doit se mobiliser et investir dans le développement d’un nouvel axe qui reliera l’Europe, le Maghreb et l’Afrique subsaharienne.
Dans ce cadre, le Maghreb a un rôle de premier plan à jouer sur la scène africaine. De nombreux secteurs ont un potentiel suffisant pour l’investissement, comme l’industrie alimentaire et l’automobile, les énergies renouvelables, les franchises, la gestion des déchets, le tourisme et l’hôtellerie, l’équipement et la finance, parmi tant d’autres.

Introduction

L’Europe et l’Afrique sont des partenaires de destinée. Seulement 14 kilomètres séparent les deux continents voisins via le Détroit de Gibraltar. Cette proximité géographique va de pair avec des relations économiques, des échanges diplomatiques et de nombreux défis communs. Pourquoi parler de ces relations entre l’Europe, le Maghreb et l’Afrique aujourd’hui ? Quels futurs pour ces relations ? Quels enjeux, quels défis, et quelles perspectives pour ces relations anciennes à l’heure de la globalisation économique ?  Quel rôle jouent les enjeux sécuritaires qui placent l’Afrique de gré ou de force dans l’espace géostratégique de l’Europe ?

I- L ’Afrique : un continent d’avenir et d’opportunité

Les pays africains possèdent une part importante des réserves mondiales de ressources naturelles, ce qui représente en soi une richesse et une source d’espoir pour l’avenir du continent.
Cette richesse est au cœur de toutes les convoitises : la Chine s’intéresse aux hydrocarbures, les pays du golfe aux céréales et les pays du Nord aux minerais.
-Minerais et hydrocarbures : L’Afrique est réputée pour avoir un sous-sol extrêmement riche. Elle possède environ 12% des réserves mondiales de pétrole et 8% des réserves de gaz et 30 % des réserves mondiales en minerais dont notamment 40 % des réserves en or, 60% de diamants, 50 % du cobalt , 49% du platine, 32% du manganèse, 23% d’uranium et phosphates.( Le Maroc en détient les réserves du phosphate les plus importantes de la planète et leur exploitation constitue une source essentielle de revenus extérieurs).
Durant les cinq dernières années, les pays de l’Afrique subsaharienne se sont taillés 30% des découvertes mondiales de pétrole et de gaz.
-Réserves agraires : L’Afrique dispose aussi d’un potentiel agricole et forestier (2ème massif forestier mondial). La présence de vastes plaines et plateaux arrosés par de grands fleuves ou par des précipitations abondantes et régulières devrait permettre une production plus importante. Pourtant, les rendements restent faibles en raison de la pauvreté des populations rurales et de la faiblesse des investissements et le « land grabing » (vente ou location de terres agricoles ou forêts non exploitées) se développe.
Ainsi, l’Afrique dispose de ressources capables de soutenir une forte croissance industrielle et agricole. Elle est d’abord devenue, depuis les années 2000, une nouvelle source d’approvisionnement énergétique pour la planète entière. Cette richesse en matières premières a généré en Afrique des économies de rente (64% des exportations africaines sont des hydrocarbures et des produits miniers). Ces réserves attirent de plus en plus les investissements de la part des pays développés et pays émergents et augmentent les exportations des pays africains.
Depuis que l´UA a succédé à l’Organisation de l’Unité Africaine en 2002, l’UE s’y est appuyée afin de fournir un interlocuteur et une structure pour le développement africain. Néanmoins, il s’agissait d’une relation difficile, du fait des contraintes posées par le manque de capacités institutionnelles et des échecs des deux côtés de tenir les engagements pris. 

Aujourd’hui, et en dépit de tous conflits, de nombreuses études et rapports présentent l’Afrique comme un continent d’opportunités, de dynamisme et de la jeunesse. La moitié de sa population (1.2 milliard de personnes) a moins de 25 ans. La population africaine doublera d’ici 2050. La croissance démographique dynamique représente à la fois un défi et une opportunité. Le dynamisme d’une société jeune devrait stimuler le développement économique. A cet effet, les jeunes Africains ont besoin d’avoir accès à l’éducation et à la formation. Cette croissance démographique dynamique est également un défi historique pour la sécurité alimentaire, la santé, l’éducation et la protection de l’environnement et du climat.

2- L’Europe : Un continent partenaire 

Histoire oblige, les relations entre l’l’Afrique et l’Europe sont anciennes et reposent sur des liens économiques, commerciaux, historiques, politiques et sécuritaires.
L’Europe reste le principal acteur étranger en Afrique, mais elle est fortement aujourd’hui concurrencée par d’autres puissances, notamment les Etats-Unis, la Russie, le Brésil, l’Inde et la Chine. L’arrivée de la Chine en Afrique a fait entrer dans le jeu un acteur qui poursuit une tout autre stratégie : L’Europe voit l’Afrique avant tout à travers le prisme du donateur, et ensuite seulement en tant que partenaire commercial poursuivant des objectifs de coopération au développement, tandis que la Chine est essentiellement en quête de matières premières, d’échanges et d’influence politique. Dans cette situation de concurrence, la gamme des partenaires qui s’offre aux gouvernements africains s’élargit, et leur permet, à partir de ce « choix multiple », de sélectionner les partenaires qui promettent les plus grands gains en posant le moins de conditions en contrepartie. Cela menace durablement les relations établies de longue date entre l’Europe et l’Afrique, d’autant que la Chine peut, tout comme l’Afrique, se présenter en victime du colonialisme, et a par ailleurs elle-même trouvé un modèle de développement qui a permis au pays d’accéder à la réussite économique.
Il convient de préciser que la Chine est loin d’être la seule à avoir découvert l’Afrique. Tous les pays émergents renforcent leur présence économique au sein de ce continent, c’est le cas de l’Inde, La Russie, la Turquie, le Brésil. Même les États-Unis, longtemps absents dans l’économie africaine, commencent à rattraper leur retard. En 2017, le nombre de projets d’investissements américains a augmenté à 130, soit un plus de 43 % par rapport à 2016.

3- Le Maghreb : Un pont entre deux continents

Le Maghreb occidental réunit le Maroc, l’Algérie et la Tunisie ; l’Union du Maghreb Arabe s’étend du Maroc à la Lybie, et inclut la Mauritanie. L’espace maghrébin s’articule donc avec le Sahel et l’Afrique subsaharienne au Sud, le Proche-Orient à l’Est et la Méditerranée et l’Europe au Nord. Plusieurs grands enjeux stratégiques se superposent dans cet espace : importantes ressources au sous-sol, trafics d’armes et de drogue, terrorisme, corruption, rivalité et hégémonie régionale.
Dans tous les continents, les nations se constituent en espaces économiques et culturels pour mieux affronter la mondialisation. Seul un espace échappe à ces regroupements régionaux, c’est le Maghreb. Les indices actuels prouvent que le commerce intermaghrébin constitue le pourcentage le plus bas au monde, il ne dépasse pas 3 % au Maghreb, contre 60 % entre les Etats de l’Union européenne, 22 % entre les Etats de la Communauté économique du Sud-est asiatique (ASEAN), 20 % entre les Etats du Marché commun de l’Amérique du Sud et 10% entre les Etats de la communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).
Les relations entre le Maghreb et l’Europe reflètent la logique de l’histoire, de la géographie et des intérêts. Il convient de rappeler que ces relations remontent à l’époque romaine.
Pour le Maghreb, l’Europe constitue un enjeu géopolitique majeur. Les échanges économiques avec la France, l’Espagne, l’Italie et l’Allemagne sont importants. La Tunisie et le Maroc accueillent les délocalisations d’entreprises textiles, de télétravail ou de manufactures européennes. Les ressources pétrolières et gazières assurent des rentes à l’Algérie et à la Lybie, et offrent au flanc sud de l’Union Européenne une alternative au gaz russe.
En vertu de sa position géostratégique, le Maghreb peut devenir une importante plaque tournante du commerce et de l’investissement des européens permettant de jeter un pont entre l’Afrique subsaharienne et l’Europe.
Le Maghreb est également au cœur des enjeux sécuritaires de l’Europe. La proximité géographique et les intérêts communs imposent aux pays des deux rives de la Méditerranée de coopérer étroitement afin de répondre aux objectifs du millénaire concernant les questions cruciales de l’immigration clandestine, la sécurité et l’environnement.
Actuellement, le drame de l’immigration clandestine offre l’exemple vif du destin commun liant les deux rives. L’Europe se sent envahie par les migrants et les réfugiés, elle semble ne pas considérer l’ampleur du phénomène dans le monde. En effet, 86% des réfugiés dans le monde sont accueillis dans les pays en voie de développement. Le Pakistan est le pays qui compte le plus grand nombre de réfugiés, suivi par l’Iran et le Liban. Le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) craint que ces pays ne soient bientôt plus capables d’accueillir autant de monde, car ils risquent d’être soumis à leur tour à une crise humanitaire.
L’enjeu migratoire constitue donc un défi sécuritaire qui a des connotations politiques et économiques, car les risques créés par la pression démographique des pays maghrébins et de plus en plus des pays d’Afrique subsaharienne, affectent fortement les deux rives.
En dépit des défis majeurs l’Afrique et le Maghreb possèdent d’énormes potentialités, dont des matières premières, des terres fertiles et des ressources humaines jeunes, qui peuvent devenir une vraie richesse.

Conclusion

Pour terminer il est essentiel de souligner que l’Europe, le Maghreb et l’Afrique subsaharienne sont face à un choix crucial : soit s’associer et devenir l’une des colonnes essentielles du monde de demain, soit au contraire se diviser et être relégués au rang de périphérie de la mondialisation.
De ce fait, les relations entre l’Europe et l’Afrique doivent aujourd’hui se fonder sur nouveau partenariat ; un partenariat équilibré et des échanges (gagnant-gagnant) avec des objectifs communs en matière de progrès social et humain et de préservation de l’environnement. Seule une volonté commune peut permettre à l’Europe, à l’Afrique et au Maghreb d’affronter les défis communs.

Pour aller plus loin

  • El Moustapha FATY « La politique de sécurité et de stabilité au Maghreb » Thèse de doctorat de l’Université de Reims Champagne-Ardenne 2016.
  • Jean-Luc Buchalet et Christophe Prat « Le futur de l’Europe se joue en Afrique » Éditions Eyrolles, Paris, 2019.
  • Jean-Luc Buchalet « Le Capitalisme et les 7 péchés capitaux » Editions Plon, Paris, 2017.
  • Philippe Hugon «L’économie de l’Afrique » Editions la Découverte Paris, 2006.