Le pétrole, une malédiction ou une chance ?

Il n’est pas possible d’écrire l’histoire du monde arabe sans parler de l’histoire du pétrole. C’est ce que permet ce livre pionnier de Jean-Pierre Sereni . On doit à un jeune universitaire français, qui utilise de nombreuses sources arabes et pas seulement occidentales, la première histoire arabe du pétrole. Drôle d’histoire à vrai dire. Partis parmi les derniers dans la course à l’or noir, un siècle ou presque après l’Amérique des trusts, la future Indonésie encore coloniale ou le Caucase russe, ils ont connu le mode traditionnel d’exploitation du brut. La concession donnait la propriété exclusive du gisement aux étrangers — surtout anglo-saxons —, et ne laissait aux pouvoirs locaux, le plus souvent dominés par les empires coloniaux, qu’un impôt modeste et nulle voix au chapitre. Sans aucun concurrent, le contrat portait en général sur la quasi-totalité du territoire. L’environnement supportait les dégâts d’une jeune et rudimentaire industrie qui salit, pollue et compromet plus souvent qu’à son tour le mode de vie des populations installées là depuis des centaines d’années, leurs jardins, leurs pâturages ou leurs espaces collectifs. La première réaction vint des travailleurs recrutés sur place, mal payés et surexploités. En 1953, l’Aramco, la compagnie américaine qui a le monopole des pétroles d’Arabie saoudite connait la première grande grève des « forçats de l’or noir ». Les syndicalistes sont relayés bientôt par les militants nationalistes qui combattent le colonialisme finissant au nom de l’autodétermination et du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Premières grèves Parallèlement, à New York, Londres ou Paris, de jeunes intellectuels venus des cinq continents remettent en cause le statu quo pétrolier. Les Arabes y sont actifs, notamment un haut fonctionnaire saoudien, Abdallah Al-Tariki, qui s’insurge : comment 85 % de la production mondiale de brut peut-elle être raffinée en dehors des pays producteurs ? La lutte passe de la politique, où les objectifs sont bientôt atteints avec la fin des empires coloniaux, à l’économie où tout reste à faire. L’indépendance de l’Algérie en 1962, le coup d’état militaire de 1969 en Libye amènent au pouvoir des équipes vite convaincues que seule la récupération du pétrole sortira le monde arabe du sous-développement et permettra de rattraper un retard séculaire. Un cartel pétrolier voit le jour à la fin des années 1950 ; Africains, Arabes, Latino-Américains s’y retrouvent et dix ans plus tard il fait montre d’une détermination et d’une discipline inattendue pour imposer aux compagnies internationales, « les 7 sœurs », le relèvement des prix qui quadruplent en 1973. Des prix, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) passe à la propriété des gisements, emmenée par la Libye et l’Algérie qui les nationalisent en tout ou en partie. Pendant une bonne dizaine d’années, on peut croire que l’objectif est atteint et que l’argent du pétrole semé dans l’économie des pays pétroliers leur permettra de décoller. Patatras ! En 1981, l’Iran et l’Irak, second et troisième producteurs pétroliers s’engagent dans une guerre meurtrière qui durera près de dix ans, sans que l’OPEP puisse intervenir. Cinq ans après, c’est l’effondrement des prix, conséquence de la récession dans les pays consommateurs. L’Occident a réduit drastiquement sa consommation et diversifié son approvisionnement en énergie en développant le nucléaire et le gaz naturel ignorés par l’OPEP. Le déclin de l’OPEP Dès lors, l’opinion publique arabe abandonne son enthousiasme des débuts et devient critique des grandes sociétés nationales qui ont succédé aux compagnies occidentales sur le terrain. Deux facteurs y contribuent : d’abord, la nationalisation a laissé la place à une étatisation sans limite des richesses nationales qui profite d’abord aux États « rentiers » et à leurs forces de police plus qu’à la population ; ensuite la modernisation de l’industrie ne favorise pas l’emploi des nationaux (à peine 1 à 2 % de la population active travaille dans le secteur). Le désamour vis-à-vis de la compagnie nationale algérienne Sonatrach ou de la Saoudienne Armaco domine les esprits. Des minorités ne cachent pas leur rejet, le pétrole est un fléau plutôt qu’une aubaine comme le pensait la génération précédente. À partir des années 2000, le leadership échappe aux pays producteurs, ce sont les pays consommateurs qui déterminent les prix et les niveaux de production du pétrole. Quotas et plans d’ajustement deviennent le lot des producteurs, même dans le Golfe où il y a beaucoup de brut et peu de nationaux. L’auteur parle de « crise des États pétroliers » dont les économies sont « noyées dans le pétrole », et les acquis des années glorieuses remis en cause par des régimes en quête de privatisation et de réduction de l’État-providence mis en place ici ou là. Les anciens régimes « révolutionnaires » que sont l’Algérie, l’Irak, la Libye, le Venezuela ou l’Iran ne pèsent plus lourd face aux monarchies conservatrices du Golfe, et d’abord à l’Arabie saoudite qui impose sa volonté à l’OPEP et ailleurs. On pourra trouver les conclusions de l’auteur trop pessimistes. Le problème est aussi l’usage de l’argent du pétrole par des groupes sociaux inadaptés, qu’il s’agisse des princes du Golfe ou des héritiers des nationalistes d’antan aujourd’hui sans perspective. L’accumulation et le développement ne sont pas leur souci, ils privilégient le maintien de leur pouvoir et de leur fortune. Aujourd’hui comme hier, le pétrole façonne les pays arabes comme leurs relations avec le reste du monde. En bien comme en mal.

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La connaissance, enjeu politique et géopolitique

Conscients de l’importance des savoirs dans la mise en œuvre d’une politique de puissance, les États cherchent à mettre en place des politiques de développement de la recherche et de l’innovation pour accroître leur prospérité économique, asseoir leur supériorité militaire mais aussi étendre leur influence culturelle. Entre rivalités et coopération, la connaissance devient un enjeu fondamental pour les relations internationales. Quelles sont les relations entre savoir et pouvoir ? Pourquoi et comment les États se saisissent-ils de l’enjeu de la connaissance ? Comment l’économie de la connaissance influe-t-elle sur les relations internationales ? La connaissance au service de la décision A. Un pouvoir éclairé L’action politique est le fruit d’un processus de décision des détenteurs de l’autorité. Pour ce faire, les gouvernants s’entourent de conseillers et de savants dont les connaissances servent à éclairer leurs choix. Dans une démocratie, les débats agitent l’opinion, influencent le pouvoir et légitiment les décisions. À partir du XIXe siècle, dans le cadre des transformations industrielles, sciences et techniques construisent un modèle de développement lié aux progrès de la connaissance.  Dans les sociétés contemporaines, les démocraties sont entrées dans un processus de «scientifisation du politique» où le rôle des experts prend de plus en plus d’importance face à la complexité des problèmes de société. Par exemple, les questions environnementales actuelles offrent une large place à la consultation de scientifiques. B. Savoir et critique La connaissance peut être utilisée pour influencer l’opinion publique. À partir des années 1970, dans le cadre des débats autour de la résolution de la crise économique mondiale, des think tanks sont créés pour diffuser des idées néolibérales dans les pays industrialisés. Ils souhaitent remettre en cause les principes keynésiens qui dominaient le monde universitaire et politique depuis l’après-guerre. Des associations, des journalistes ou des lanceurs d’alerte sont également sources et vecteurs de nouveaux savoirs. En 1991, une journaliste révèle ainsi qu’en France, le Centre national de transfusion sanguine a distribué sciemment, entre 1984 et 1985, des produits sanguins contaminés par le virus du sida à des hémophiles. Une enquête s’ouvre et d’anciens ministres sont jugés en 1999. II- La connaissance, instrument de contrôle A. Des données pour l’action politique L’extension des fonctions de l’État au cours des XIXe et XXe siècles entraîne le développement de la bureaucratie. La mise en place de politiques sociales, fiscales ou monétaires exige une administration chargée entre autres de collecter des données précises pour mettre en œuvre des mesures efficaces. La collecte de données peut également répondre à des logiques de sécurité. Au début des années 2000, pour lutter contre le terrorisme, la NSA met au point l’opération Stellar Windqui permet d’avoir accès aux téléphones et ordinateurs portables des Américains. En 2013, l’informaticien de la NSA Edward Snowden révèle à la presse la réalité de cette surveillance de masse. B. Le contrôle des connaissances dans les régimes autoritaires Chaque régime autoritaire contrôle la production et la diffusion des connaissances par la censure. L’accès aux sources de connaissances est restreint : l’accès aux archives est sévèrement limité et l’usage libre d’Internet empêché, comme en Chine. Les scientifiques travaillent sous le contrôle étroit de l’État. Ils peuvent subir de fortes contraintes ou représailles s’ils manifestent leur désaccord avec le régime. L’État recueille les informations afin d’empêcher toute forme d’opposition au régime. En République démocratique allemande (1949-1990), la Stasi contrôle le courrier et les conversations téléphoniques ou pratique des filatures de milliers d’individus au quotidien. III- La connaissance au service du hard power A. La science, une arme de guerre Depuis l’avènement des guerres industrielles, la supériorité technique des armements est fondamentale. À partir de la Seconde Guerre mondiale, militaires et scientifiques collaborent activement. Les innovations trouvent leur application immédiate, tels le radar, le sonar ou encore le caoutchouc synthétique. L’arme nucléaire est conçue dans le cadre du «projet Manhattan» qui rassemble des scientifiques allemands réfugiés, des savants et l’État-major américains. L’innovation scientifique et technologique joue un rôle majeur au cœur des armées. Au cours des années 1990, ce que l’on appelle la «révolution des affaires militaires» a pour objectif de réduire l’implication directe des individus dans le combat grâce aux recours à la technologie. L’usage des nanotechnologies, de l’intelligence artificielle, de drones autonomes de combat s’est développé dans les armées. Ainsi, la maîtrise du savoir informatique est devenue un enjeu fondamental pour mener des cyberattaques. Les services de renseignement américains et israéliens ont ainsi lancé le virus informatique Stuxnet pour saboter le programme nucléaire iranien en 2010. B. Le rôle du renseignement Le renseignement assure une fonction essentielle pour la sécurité de l’État. Si le renseignement intérieur peut permettre de prévenir les actes criminels, le renseignement extérieur permet d’assurer la protection du territoire contre des actes venus des puissances étrangères, d’anticiper les décisions de celles-ci et d’adapter sa politique étrangère. Lors de la guerre froide, les services de renseignement des grandes puissances se sont montrés particulièrement actifs pour tenter de déstabiliser leur adversaire. Les services de renseignement peuvent aller jusqu’à produire une connaissance factice. L’opération Fortitude lors de la Seconde Guerre mondiale en est un exemple. Pour permettre le débarquement en Normandie, les Britanniques ont mené une vaste opération de falsification pour convaincre les nazis d’une attaque alliée dans le Pas-de-Calais. IV- Économie et connaissance A. Connaissance et croissance L’innovation est considérée comme un des moteurs de la croissance économique. Selon l’économiste Joseph Schumpeter (1883-1950), les cycles de croissances et de crises sont articulés autour des innovations selon le processus de destruction créatrice. Les vidéos sous format VHS ont ainsi disparu du marché pour être remplacées par les DVD puis par la VOD, qui modifie les objets et pratiques de consommation. La production de nouvelles technologies devient centrale dans le système économique. Pour le chercheur américain contemporain Paul M. Romer, ce ne sont plus les ressources naturelles ou la démographie qui génèrent la croissance mais la production et la diffusion de connaissances et de savoir-faire. B. L’économie de la connaissance Selon l’économiste autrichien Fritz Machlup (1902-1983), le système économique est désormais celui de l’économie de la connaissance.

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Démocratie en Afrique : quels défis ?

La démocratie est un idéal et un objectif, fondé sur des valeurs fondamentales et communes à tous les peuples de la planète, indépendamment des différences culturelles, politiques, sociales ou économiques. Parmi ces valeurs essentielles : l’inviolabilité de la dignité humaine, le respect des droits de l’homme, la justice sociale et la responsabilité individuelle des citoyens. Aujourd’hui, l’Afrique se trouve confrontée à de nombreux défis qui rendent son avenir compliqué, dont notamment la démocratie. Alors pourquoi la démocratie semble poser problème dans un bon nombre d’Etats africains ? La question de la démocratisation des pays africains génère des débats intenses depuis des décennies.  D’un côté, il y a les avocats indéfectibles de la démocratie, qui estiment que cette dernière n’est pas négociable. De l’autre, on  trouve les partisans des modèles de développement autoritaires à l’image de la trajectoire empruntée par Lee-Kuan Yew à Singapour, les nouveaux pays industrialisés (NPI) de l’Asie du sud-est, ainsi que certains d’Amérique latine comme le Chili, le Mexique et l’Argentine. En Afrique, le processus de démocratisation de l’Afrique est marqué depuis les années 90 par un élan de démocratisation traversant presque tout le continent. De nouvelles constitutions ont été adoptées consacrant le pluralisme politique, la proclamation des droits de l’homme et l’émergence d’une multitude d’associations appartenant à la société civile. Partout, cependant, un processus démocratique est à l’œuvre, qui s’incarne dans des mouvements, des associations, des intellectuels, plus que dans les institutions. Certains pays africains ont accompli des progrès significatifs sur la voie de la démocratisation, mais l’expérience est encore jeune et fragile, donc réversible. Les résistances rencontrées démontrent que les perspectives prometteuses que l’ouverture démocratique avait laissé entrevoir au début des années 1990 semblent être dans une impasse préoccupante. Certes, l’Afrique est devenue un vaste chantier constitutionnel depuis le début des années 1990. Mais l’apprentissage de la démocratie demande du temps et doit encore vaincre des résistances multiformes. L’État de droit est mis à mal dans certains pays par des velléités de retour à l’autoritarisme, les expériences sont fragilisées par la persistance de conflits armés et des coups d’États, ainsi que des élections mal préparées ou manipulées qui ont fait sombrer plus d’un pays dans la tourmente. Ainsi, l’Afrique se retrouve à un nouveau palier de son évolution politique. «La démocratisation par l’élection», principal acquis des mobilisations des forces pro-démocratiques au début des années 1990, a montré ses limites, avec notamment l’instrumentalisation des scrutins par les gouvernements en place. Pour l’analyste Vincent Hugeux «l’élection ne fait pas la démocratie. Laquelle suppose un système éducatif efficace, une justice indépendante, une administration impartiale, une presse libre, le respect du droit des minorités et un minimum de sécurité, physique comme alimentaire». De même, la démocratie électorale n’est donc pas synonyme de réussite économique. Au contraire, même : pour des États en construction, comme ceux d’Afrique, la démocratie électorale peut plutôt promouvoir la corruption, le clientélisme, voire la fragilisation de ces États. Il en résulte une mauvaise allocation des ressources vers les activités non productives, laquelle freine le développement économique. Dans  ce cadre, le sociologue Alain Touraine estime que  le développement n’est pas la cause, il est la conséquence de la démocratie. Ainsi, dans plusieurs pays africains, les gouvernements se sont révélés incapables de satisfaire les demandes des populations. L’euphorie a alors cédé la place à la désillusion et à la frustration. C’est dans ce contexte social que les coups d’État militaires font  de nouveau irruption un peu partout sur le continent africain. L’incapacité des gouvernements démocratiques à promouvoir le développement économique et à faire respecter l’ordre et la loi est le principal argument invoqué par les juntes militaires. Samuel Huntington avait pourtant averti dès 1991 que les problèmes qui affecteraient à l’avenir les rapports entre les gouvernements civils et l’armée dans les jeunes démocraties viendraient plus probablement des civils que des militaires. Au regard de ce qui précède l’Afrique a plusieurs défis à relever en matière de démocratisation. Dans son ouvrage  «Quelle Démocratie pour l’Afrique? »  Tshikala K. Biaya soulevait les défis suivants pour la réussite de la démocratie en Afrique : Les nouvelles constitutions des pays démocratiques sont rarement tournées vers l’avenir; elles sont dirigées contre le retour du dictateur sacrifiant ainsi les possibilités d’ériger un État de droit démocratique, qui relèvera les défis du siècle et défendra les conditions locales dans la globalisation ;  La question des minorités n’est jamais arrimée aux grandes questions de la démocratie : les Banyamulenge, les Peuls et Toubou (Niger), la Casamance (Sénégal), les Twa au Rwanda et Burundi, etc. Beaucoup de constitutions ne protègent pas les minorités, notamment les femmes et les enfants, et la situation est pire si ces derniers sont illettrées en langue officielle (français, anglais, arabe, espagnole ou portugais);  l’expérience du Parlement européen devrait nous aider à penser à des parlements régionaux et sous-régionaux, comme l’indiquent déjà les dernières initiatives de la CEDEAO et de l’UEMOA. Ce parlement se donnerait comme le lieu d’un exercice politique supranational pour nos «politiciens» méritants après leur mandat. Cette option si elle ne supprime point la «peur de la perte du pouvoir qui est une caractéristique des leaders africains» au moins elle aura aidé à établir un garde-fou et à recourir à l’expérience des «anciens» modernes pour consolider les institutions démocratiques. Cette pratique créera une classe de «personnalités éminentes» que l’UA pourrait utiliser dans son mécanisme de prévention, gestion et résolution des conflits au niveau continental. En guise de conclusion la base de la démocratie, ce qui la fait vivre, ce qui lui confère légitimité et efficacité, c’est le débat citoyen, la délibération. Dans son ouvrage,  l’analyste Hervé Kempf estime que «Le cœur de la démocratie n’est pas le vote, mais la délibération, par laquelle, nous apprenons les uns des autres». La délibération s’enrichit de la diversité, les échanges font partager des conceptions du bien commun différentes. La délibération favorise la rationalité avec des prises de position et décisions réfléchies. Bref, « Lorsque le débat est perdu, la calomnie devient l’outil du perdant.  » Socrate. Pour aller plus loin :    -Alain Touraine «Qu’est-ce que la démocratie» Editions Fayard, Paris, 1994. -BIAYA, T.K

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L’internationalisation des droits de l’homme

L’histoire des droits de l’homme est aussi ancienne que celle du droit, qu’il s’agisse de coutumes non écrites ou de codes gravés dans la pierre. Enracinés dans des convictions religieuses ou philosophiques, souvent obtenus à l’issue de combats politiques ou de luttes sociales, les droits de l’homme,  » droits humains  » ou « droits de la personne humaine » expriment la reconnaissance de la dignité inaliénable de la personne humaine. En ce sens, les droits de l’homme trouvent leur source dans toutes les cultures qui, sous des formes diverses, affirment le respect de la dignité de  l’homme. Le point de départ d’un long et fastidieux processus d’internationalisation de la notion de droits humains est la Déclaration universelle des droits de l’homme adoptée au lendemain de la seconde guerre mondiale, le 10 décembre 1948, par les Nations unies. Cette Déclaration universelle a été suivie de plusieurs  conventions et traités internationaux, dont l’important pacte international de 1966 relatif aux droits civils et politiques et celui relatif aux droits économiques, sociaux et culturels. Les nombreuses conventions internationales ont progressivement élargi la sphère des droits humains. En ce début de siècle, il convient de distinguer trois grands types de droits : La première génération des droits de l’homme concerne les droits civils et politiques. Ils sont les plus anciennement identifiés. Ce sont des droits permettant à l’individu de se défendre contre les abus étatiques. On cite entre autres : le droit à la vie, le droit de ne pas être soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, le droit de ne pas être tenu en esclavage ni en servitude, ni d’être soumis aux travaux forcés, le droit à la liberté et à la sécurité de la personne, la liberté de circulation, le droit à un procès équitable, le droit à la vie privée, la liberté de pensée, de conscience et de religion, la liberté d’opinion et d’expression, le droit à l’égalité devant la loi et à la non-discrimination. La deuxième génération des droits de l’homme est relative aux domaines économiques, sociaux et culturels. Ils sont apparus en réaction à l’appauvrissement et à l’exploitation des populations au cours de l’industrialisation au XIXème siècle. On cite entre autres : le droit au travail, le droit à des conditions de travail justes et favorables, le droit de former des syndicats et de s’y affilier, le droit à la sécurité sociale, la protection de la famille, le droit à la santé, le droit à l’éducation. Enfin la troisième génération concerne le domaine des droits collectifs ou solidaires apparus dans les années 1970. On distingue : les droits des peuples à disposer d’eux-mêmes, au développement, à disposer librement de leurs richesses et de leurs ressources naturelles, à la paix, à un environnement sain, les droits des minorités nationales, ethniques, religieuses et linguistiques, les droits des populations autochtones. Certaines de ces conventions ont un caractère généraliste tandis que d’autres se concentrent sur des droits spécifiques ou sur certains groupes de personnes. La plupart de ces instruments ont été complétés par des protocoles facultatifs, qui détaillent de manière plus concrète les obligations des États. Des mécanismes internationaux de contrôle destinés à garantir le respect des droits humains sont fréquemment prévus. Par ailleurs, d’autres outils internationaux contrôlent le respect des conventions et protocoles. Tous ces mécanismes, composés d’experts indépendants, jouent un rôle fondamental dans la promotion et la protection des droits humains au niveau national. La Belgique, qui attache une grande importance à leur indépendance et à l’efficacité de leur fonctionnement, s’engage en faveur d’une coopération et d’un dialogue constructifs. Pour consolider ces droits, plusieurs régions du monde ont établi leurs propres systèmes, parallèlement à celui des Nations Unies. Ces systèmes complètent les mécanismes onusiens des droits de l’homme. Entre autres, on peut citer la Convention européenne des droits de l’homme (1951), la Déclaration américaine des droits et devoirs de l’homme (1948) et la Convention américaine des droits de l’homme (1969), la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples (1981), la Charte arabe des droits de l’homme (2004). Conclusion La mondialisation et l’internationalisation des droits de l’homme sont des réalités. Elles pénètrent le domaine constitutionnel, ce qui a des conséquences permanentes pour l’interprétation et l’application du droit constitutionnel. En effet, le juge national dans un nombre d’Etats toujours croissant applique les dispositions du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, de la Convention Européenne, de la Convention Américaine, de la Charte Africaine directement ratio decidendi ou au moins à titre d’aide pour l’interprétation des dispositions constitutionnelles correspondantes. C’est la tâche des juristes et surtout de juges et d’experts en droit constitutionnel d’assurer que l’internationalisation des droits de l’homme soit accompagnée par une internalisation authentique. Ils doivent faire en sorte que la culture internationale des droits de l’homme devienne une expression nationale et reflète les besoins et l’identité nationale. Pour cela il faut renforcer l’indépendance des institutions nationales de défense des droits de l’homme de façon à combler l’écart entre la loi et la pratique et à accroître la confiance du public dans ces institutions. Les droits de l’homme et l’ignorance.  

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La Méditerranée : un avenir en question

 Aboulmajd Abdeljalil « Qu’est-ce que la Méditerranée ? Mille choses à la fois, non pas un paysage, mais d’innombrables paysages, non pas une mer, mais une succession de mers, non pas une civilisation, mais des civilisations entassées les unes sur les autres. » Fernand Braudel (1902 -1985). La Méditerranée, berceau des civilisations et des religions monothéistes, a eu une forte influence dans le jeu mondial par le passé. Qu’en est-il aujourd’hui? La Méditerranée est-elle toujours un espace important de la géopolitique mondiale? Quels sont les différents enjeux économiques, géopolitiques et géostratégiques en Méditerranée ? Quels acteurs et quelles puissances se confrontent aujourd’hui ? Cet article n’a pas prétention à dresser un tableau exhaustif de la situation actuelle et passée d’une des régions les plus complexes du globe, mais il vise humblement à tracer les grandes étapes de l’histoire de la Méditerranée et les enjeux et les défis actuels de cette région. I) Aperçu historique : Etymologiquement, le terme « Méditerranée » est tiré du latin « mare mediterraneum », qui signifie « la mer au milieu des terres ». Cette expression est attribuée au géographe romain Solin (C.Julius Solinus), qui vécut au IIIe siècle après J.-C. L’histoire de la Méditerranée est, depuis l’Antiquité, une histoire commune. Elle est faite de relations complexes, de confrontations et d’échanges mêlant les influences de grandes civilisations. Au Moyen Âge, la Méditerranée est partagée entre trois grandes civilisations. Celles-ci se définissent par leur religion et par le pouvoir politique qui s’y exerce. Il s’agit de la chrétienté d’Orient, avec l’Empire byzantin, de la chrétienté d’Occident, avec les États d’Europe occidentale, et du monde musulman. Ces trois aires de civilisation connaissent des conflits, mais entretiennent également des rapports commerciaux et culturels. Ainsi la Méditerranée au Moyen Age est un espace partagé où se côtoient trois grandes civilisations qui vont entretenir entre elles des relations conflictuelles et intenses. Les XIIe et XIIIe siècles voient se développer des conflits pour la maîtrise de cet espace mais aussi et surtout des échanges commerciaux et culturels. Les XVe et XVIe siècles marquent la rupture entre le Moyen Âge et l’époque des temps modernes. Durant ces deux siècles, le monde méditerranéen connaît des mutations profondes, qui modifient durablement la carte politique de la Mer Intérieure. La Méditerranée orientale et centrale voit la spectaculaire expansion de l’Empire ottoman, aux XVe et XVIe siècles, au détriment de l’Empire byzantin, des possessions vénitiennes et de l’Égypte mamelouke. Au milieu du XVIè siècle, sous le règne du puissant sultan Soliman, l’Empire ottoman s’étend de la Mer noire à Alger, jusqu’à l’Europe orientale et à la Mer Rouge. Parallèlement, en Méditerranée occidentale, on assiste à la progressive affirmation de l’Espagne, à la faveur des guerres d’Italie (1494-1559): le Royaume de Naples, la Sardaigne et la Sicile sont sous la domination des Espagnols, qui comptent de nombreux États alliés dans la péninsule. L’Espagne se projette également en Afrique du nord. À l’époque contemporaine,  l’histoire semble s’accélérer en Méditerranée, produisant une fracture Nord-Sud, d’ordre démographique, économique, sociopolitique et culturelle. Les conflits se multiplient du fait de la colonisation et la décolonisation, du fait aussi des différends territoriaux dans les Balkans et dans le bassin oriental à cause de la discorde entre Grecs et Turcs, à propos de l’île de Chypre, et entre Israéliens et Palestiniens. Ils se multiplient également du fait de la confrontation d’idées, de croyances, de modes de vies et d’idéologies dans une Méditerranée entourée entièrement d’Etats depuis le milieu du XXe siècle. Aujourd’hui, la crise migratoire, les « printemps arabes », la crise financière en Europe ou l’avancée des djihadistes rebattent les cartes de la géopolitique méditerranéenne. Le phénomène de violence qui sévit en Méditerranée et dans les régions périphériques s’inscrit dans un cadre historique, géopolitique, idéologique. Ce phénomène participe à l’instabilité et à l’insécurité en Méditerranée. S’ajoutant aux trois « conflits froids » (israélo-palestinien, chypriote, Turc-Grec…et), des tensions islamistes qui courent partout en Méditerranée et ont en impact autant à l’Est (Syrie, Arabie, Liban, Turquie) à l’Ouest (Maroc) et au Sud (Egypte, Libye, Tunisie, Algérie) qu’au Nord (attentats en Europe).  II) Enjeux géostratégiques et géopolitiques : Au carrefour de trois continents, la Méditerranée est aujourd’hui un espace sous tension, qui a longtemps été investi d’enjeux stratégiques importants : confrontation entre Turcs, Arabes et Européens, rivalité entre puissances, colonisation, contrôle des détroits et du canal de Suez. Elle reste un espace de confrontation entre grandes puissances, on l’a vu avec la question syrienne : des puissances lointaines (États-Unis, Russie) continuent de s’y investir, y compris de nouveaux venus comme la Chine. La multiplicité des enjeux et des représentations contribue ainsi à faire de la Méditerranée un espace à part. C’est un axe de passage entre l’Orient et l’Occident, caractérisé par une fragmentation économique, sociale et politique majeure, facteur de crises, de déstabilisations régionales et de menaces transnationales (par une interpénétration des trafics mafieux comme la drogue, l’argent, les commerces illicites d’armements, le terrorisme). Dans ce contexte sécuritaire et géoéconomique tendu, les découvertes de ressources en gaz naturel en Méditerranée Orientale, et plus récemment celle du champ Zhor au large de l’Egypte, constituent un nouvel enjeu géopolitique et engendrent une recomposition des alliances entre les puissances régionales. La Grèce, Israël, l’Égypte et l’administration chypriote grecque, qui ont formé des alliances les unes avec les autres, concernant les ressources énergétiques de la Méditerranée orientale, ont poursuivi leur rapprochement, tentant d’isoler la Turquie dans la région. Les puissances de rang mondial qui interviennent dans la région le font via des États «clients», dont elles soutiennent la stabilité politique ou qu’elles assistent militairement. L’intervention franco-britannique en Libye en 2011 a par exemple été un puissant facteur de déstabilisation, mais l’affaire syrienne, dans sa confusion même, souligne plutôt un retour à la normale, avec des Russes qui tiennent solidement la ligne traditionnelle (le soutien sans faille à un client), des Américains qui ne s’engagent pas plus avant dans la confrontation, et des Européens (Français et Britanniques au premier chef) incapables de jouer un rôle de premier plan. Pour les Chinois la Méditerranée est un espace «ultra-périphérique» et pourtant en mai 2015 ils participent à des manœuvres militaires

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Géopolitique de l’État du Qatar

Depuis l’accession au pouvoir de l’Emir Sheikh Hamad Bin Khalifa Al Thani en 1995, le Qatar a considérablement évolué pour devenir un acteur incontournable dans la médiation internationale. Cet article a pour objet  de présenter d’une manière objective et complète les principaux aspects de la géopolitique de Qatar à travers son histoire récente, ses institutions, son développement économique et ses enjeux régionaux. I) Aperçu  historique Après le départ des Ottomans, au début de la Première Guerre mondiale, les Britanniques reconnaissent le cheikh Abdallah bin Jassim Al-Thani comme monarque, concluant un traité un traité de protectorat avec les Qataris sur la même forme qu’avec les autres principautés du Golfe. En 1939, du pétrole est découvert à Dukhan, à l’ouest du Qatar. Mais l’exploitation ne commence qu’en 1949 en raison de la seconde guerre mondiale. Dans le contexte de la décolonisation après 1945, cette tutelle britannique, qui n’a pas de conséquences directes sur le développement du pays contrairement à d’autres possessions coloniales, commence toutefois à être mise en cause dans les années 1960. Ainsi en 1967, le gouvernement britannique annonce  son retrait unilatéral des forces d’Asie et du Golfe. Aden, elle-même était abandonnée et Chypre demeurait la pointe orientale avancée du dispositif stratégique du Royaume-Uni. En 1971 le Qatar accède à son indépendance et refuse de rejoindre les Émirats arabes unis nouvellement créés. La famille souveraine Al-Thani gouverne initialement de façon traditionnelle. L’arrivée au pouvoir d’une nouvelle génération marque un tournant dans la politique de développement du Qatar. L’Emir Hamad ben Khalifa Al Thani définit une stratégie de modernisation et de puissance dans quatre directions : l’information, les investissements financiers, le sponsoring et la politique étrangère. En plus du développement économique, le développement humain est l’une des quatre priorités de l’émirat, comme cela a été identifié dans le document présentant la vision nationale 2030 «Qatar National Vision» visant à faire du Qatar une société avancée capable de maintenir son développement et de fournir un niveau de vie élevé à son peuple à l’horizon 2030. De même, l’Emir a annoncé son intention d’amener le Qatar à la démocratie, et a autorisé une presse libre et ouverte et des élections municipales. Des réformes démocratiques, économiques et sociales ont été menées ces dernières années. En 2003, la constitution du pays a été approuvée par un référendum démocratique. En août 2013, l’Emir Hamad Ben Khalifa al-Thani passe le pouvoir à son fils Tamim, après 20 ans de construction d’une reconnaissance stratégique et diplomatique du pays. En accédant au pouvoir l’Emir Tamim bin Hamad Al Thani poursuit le processus de transformation économique et sociétale profond engagé par son père l’Emir Hamad, en partisan résolu de l’ouverture mais soucieux néanmoins de concilier développement du pays et respect des traditions. II) Le Qatar du soft power au hard power Ce pays de confession sunnite, principal exportateur de gaz naturel liquéfié (LNG), dispose des grandes réserves mondiales de gaz qui lui rapportent suffisamment d’argent pour développer ce qui, dans les pays du Golfe mais aussi à l’échelle du monde, fait sa force : son soft power. Le soft power, c’est l’influence qu’exerce un pays par d’autres moyens que les armes, qui sont donc le hard power.  Pour Joseph Nye, analyste et théoricien américain des relations internationales, le soft power n’a vocation qu’à compléter le hard power, pas à le remplacer. Selon les propres mots de son promoteur, il représente « l’autre face de la puissance ». Aux côtés des formes traditionnelles de coercition, il s’agirait, pour chaque acteur international, d’étendre le « domaine de la lutte » vers les spectres de l’influence et de la séduction. Pour reprendre la théorie Joseph Nye, si le Qatar ne peut user que modérément de son hard power (ou de sa force coercitive, principalement militaire voire, parfois, économique), il peut néanmoins tenter de renforcer son soft power, ce qui inclus, entre autres, l’information et sa diffusion. La chaîne al Jazeera, (Péninsule), qui s’imposera comme le meilleur outil de soft power qatari. Les conflits en Afghanistan (2001), Irak (2003), et plus récemment ce qu’on appelle le «Printemps arabe» sont entre autres exemples là pour le prouver. Le basculement lors de l’année 2011 et renvoie à la fois aux bouleversements géopolitiques régionaux dus aux soulèvements de 2011. Le changement de stratégie régionale du Qatar fut commencé en Libye puis poursuivi en Syrie. Dans ces deux cas, le Qatar a ouvertement soutenu une partie des acteurs impliqués dans un conflit et s’est engagé directement dans des théâtres d’opération rompant ainsi avec sa politique de médiateur neutre. Ainsi, Qatar a clairement rompu avec ses politiques d’influences précédentes inspiré du soft power anglo-saxon pour s’engager dans une politique de puissance proche du hard power. III) Qatar l’Iran et les pays du Golf Ayant établi un lien privilégié avec les États-Unis (ceux-ci ont stationné à Al Oudeid leur plus grande base aérienne), Doha ménage également ses relations avec Téhéran car les deux États partagent l’exploitation du champ gazier North Dome (nommé South Pars côté iranien). La posture est délicate : les voisins du Qatar l’accusent d’être un agent de la République islamique et de participer aux plans de déstabilisation du monde sunnite. En fait, l’Iran et Qatar exploitent conjointement le même  vaste champ gazier, le North Dome du côté qatarien, et le South Pars du côté iranien.  Cet énorme gisement de gaz oblige  les deux Etats à la coopération. Ces liens que Doha entretient avec l’Iran cristallisent encore un peu plus des relations compliquées  et tendues entre le Qatar et l’Arabie saoudite, qui voit dans Téhéran un rival à ses rêves de puissance dans la région. Les racines de la rivalité entre les voisins du Golfe sont en réalité beaucoup plus anciennes et ont surtout trait aux ambitions d’hégémonie régionale des uns et des autres. Alors que l’Emirat se lançait dans les années 1990 dans une grande opération de développement tous azimuts – énergétique, économique, éducatif, etc. L’Emir, Cheikh Hamad ben Khalifa al-Thani, arrivé au pouvoir en juin 1995, décide, de changer radicalement le destin du pays. Le Qatar passe du statut de pétromonarchie insignifiante à celui d’acteur influent de la scène internationale.  A partir de 2008, la situation entre les deux pays devient tendue. Le

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La problématique du chômage des jeunes en Afrique

«Peu importe la vitesse à laquelle vous allez, du moment que vous ne vous arrêtez pas» Confucius (551-479 avant JC) Ces dernières décennies ont été marquée par de nombreuses crises économiques, sécuritaires et sociales. Ces crises ont eu des conséquences néfastes sur le continent africain dont le chômage et l’emploi des jeunes. Quelles sont les causes et conséquences du chômage des jeunes en Afrique? Pourquoi l’emploi des jeunes est crucial pour la stabilité politique en Afrique? Que faut-il changer pour résoudre le problème de l’emploi des jeunes en Afrique? I-L ’Afrique vivier de main d’œuvre L’Afrique est le continent le plus jeune de la planète. Avec près de 200 millions de personnes âgées entre 15 et 24 ans, l’Afrique a la population la plus jeune au monde. Et elle ne cesse de croître rapidement. Le nombre de jeunes en Afrique va doubler d’ici 2045. L’évolution de la démographie constitue un facteur explicatif des niveaux élevés de chômage des jeunes en Afrique. Selon l’Organisation internationale du travail (OIT), « 25,6 millions de jeunes travailleurs âgés entre 15 et 29 ans entreront sur le marché du travail et auront besoin de trouver un emploi » d’ici 2030. Cette hausse de la main-d’œuvre des jeunes sera « presque entièrement » le fait de l’Afrique. La population en âge de travailler sur le continent africain devrait atteindre près d’un milliard à l’horizon 2030. Pour faire face à cette croissance, selon la Banque africaine de développement (BAD), « l’Afrique doit créer chaque année environ 12 millions de nouveaux emplois pour contenir l’augmentation du chômage ». En moyenne, toujours selon des estimations de l’institution panafricaine, 11 millions de jeunes entrent chaque année sur le marché du travail en Afrique qui ne dispose pour eux que de 3 millions d’emplois, soit un écart d’environ 8 millions. Résultat : »Les jeunes représentent 37% de la population active, mais constituent environ 60% des personnes au chômage », note la BAD.  L’Union africaine (UA) a lancé le 25 avril 2019 un programme baptisé « 1 million by 2021 Initiative », « une preuve de (son) engagement en faveur des jeunes », précise un communiqué de l’organisation. L’objectif de ce projet est d’offrir des opportunités à « des millions de jeunes Africains d’ici 2021 », notamment en matière d’emploi, d’entrepreneuriat et d’éducation.  Deux ans pour éclaircir, par exemple, l’horizon des « plus de 11 millions de jeunes sans travail en Afrique subsaharienne et (des) 69% des jeunes qui s’identifient comme ‘travailleurs pauvres »,  selon les chiffres de l’OIT. Dans cette partie du continent, le marché du travail est caractérisé par l’inadéquation des qualifications  et l’importance du secteur informel, où les rémunérations sont faibles et la protection sociale inexistante.  II-Le chômage des jeunes, une force de déstabilisation L’un des défis les plus pressants pour l’Afrique est la montée du chômage, ainsi que les niveaux élevés d’emploi vulnérable et de travailleurs pauvres en Afrique, qui devrait augmenter dans les prochaines années. Compte tenu du rôle clé de la jeunesse dans le développement futur, l’ exclusion exerce un coût élevé pour la société, ce qui pose une menace potentielle pour la sécurité humaine sous toutes ses formes. Les répercussions sont potentiellement dévastatrices sur les plans social, économique et personnel, c’est pourquoi l’OIT met en garde de ce qui pourrait devenir une «génération perdue». Leur sort pourrait aussi engendrer une multitude de problèmes dans l’avenir pour ceux sans expérience de travail ou sans éducation qui pourraient passer le même modèle à leurs enfants. A titre d’exemple en Afrique du Nord, le raz-de-marée provoqué par les soulèvements de la jeunesse arabe s’est mué, en ce qui est désormais appelé le printemps arabe. « Cette jeunesse éduquée et souvent diplômée confrontée au chômage, au népotisme et à l’impuissance des vieux dictateurs à lui offrir un avenir, n’a jamais cru en la capacité de quelques hirondelles électorales à faire un printemps démocratique. Fatiguée par les promesses non tenues et des plans de développement venus d’ailleurs, sous prétexte de co-développement, la jeunesse arabe a compris qu’il ne saurait y avoir de justice sociale et de partage équitable des richesses sans une démocratie réelle… ». III-Opportunités et solutions possibles Les nouvelles technologies de l’information sont une source considérable d’emplois et les opportunités de travail liées au numérique et à l’économie verte. En effet, outre l’informatique, une personne formée à ces technologies pourra mettre en application ses compétences dans de nombreux domaines, comme l’agriculture, la santé, les énergies renouvelables ou encore l’éducation. Sans compter les nouveaux métiers que peut offrir le secteur, comme l’Internet des objets, la cybersécurité – un enjeu majeur de la démocratisation du numérique – ou la blockchain. Des opportunités à prendre en compte quand l’on sait qu’à l’horizon 2030 plus de 30 millions de jeunes Africains entreront chaque année sur le marché du travail. Dans son étude intitulée « The Future of Jobs and Skills in Africa. Preparing the Region for the Fourth Industrial Revolution », publiée en mai 2017, le World Economic Forum (WEF) estimait que les jeunes Africains titulaires d’un diplôme en sciences, technologies, mathématiques et ingénierie (STEM) ne représentaient encore que 2 % de la population totale d’âge universitaire du continent. Ainsi, les TIC donnent à l’Afrique l’occasion de «sauter les étapes du développement», «d’accélérer sa marche vers un avenir meilleur» et de «faciliter le grand bond technologique». Aussi, l’agriculture est une excellente source de création d’emplois pour les jeunes, grâce à l’approche de la chaîne de valeur, il est possible de générer plusieurs opportunités d’emploi. Cependant, il y a un besoin urgent de transformer les agriculteurs en entrepreneurs qui réussissent. Pour ce faire il faudra nécessairement prendre des mesures pour moderniser ce secteur et ainsi obtenir de meilleurs résultats dans la production, la productivité et plus de revenus. Ensuite, étant donné que la récente croissance économique en Afrique n’a pas conduit à la création d’emplois pour les jeunes, il est impératif de concevoir des stratégies de croissance ciblant les secteurs de développement clés qui génèrent des emplois. En Asie la révolution de l’agriculture se concentrait surtout sur l’amélioration des rendements, et cela reflétait une combinaison critique d’un meilleur accès aux marchés, à la finance, à la technologie et aux techniques. L’inclusion économique importait plus que la restitution des terres.   Il est également essentiel d’améliorer le climat global des affaires et de mettre en place

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Les constitutions en Afrique pour quoi faire ?

« Une Constitution, c’est un esprit, des institutions, une pratique» Charles de Gaulle (1890-1970) Résumé La Constitution est un acte fondateur par lequel une société se constitue une identité et décide de l’ordre sociétal voulu. Elle assure la sécurité juridique des rapports de l’État et contribue par conséquent à la paix civile et sociale. En Afrique les Etats se sont dotés de constitutions modernes après leur accession à l’indépendance. Cet article examine, tout d’abord, l’évolution constitutionnelle en Afrique.  Il aborde ensuite le renouveau constitutionnel que l’Afrique vit depuis le mouvement de démocratisation des années 1990. Les principales questions que cet article tente de traiter sont : comment ont été adoptées les premières constitutions en Afrique ? Comment les constitutions sont appliquées dans la pratique ? Comment la Constitution est-elle appréhendée dans ces pays ? A quoi servent les constitutions et à quoi sert une révision constitutionnelle ?  Mots clés Afrique, Constitution, Evolution, Crise, Réforme et démocratie. L’analyse de toute question liée à la constitution requiert que l’on donne au préalable un aperçu sur l’évolution constitutionnelle en Afrique. Ainsi, il est intéressant de se pencher d’abord sur l’évolution qu’a connue l’Afrique en matière constitutionnelle, avant de tenter d’aborder la question délicate de l’application des constitutions par les pays africains. I) Evolution constitutionnelle en Afrique : Avant l’indépendance, la France et la Grande-Bretagne, dans la dernière phase de décolonisation, avaient commencé à familiariser les peuples colonisés à la démocratie, non sans quelques ambiguïtés. Comme le soutient Jean-François Bayart, «dans sa dernière phase, la colonisation a connu une libéralisation politique indéniable qui s’est traduite par l’introduction au sud du Sahara d’institutions représentatives modernes, de partis politiques multiples, d’une pluralité d’organisations syndicales, d’une presse libre, d’une législation afférente, mais qui s’est aussi distinguée par l’ampleur des manipulations administratives destinées à contenir et à orienter ces transformations». Au lendemain de l’indépendance, les Etats africains ont mis en place des constitutions inspirées le plus souvent par celles de leurs anciennes métropoles. En général, l’évolution constitutionnelle en Afrique peut se répartir en trois périodes : celle des premières constitutions de l’indépendance fortement inspirées par le modèle occidental, suivie d’une période de déclin constitutionnel (1963-1989) et la phase actuelle caractérisée par une certaine dynamique constitutionnelle. En effet, les premières constitutions africaines datent de l’époque des indépendances. Souvent inspirées des Lois fondamentales des anciens pays colonisateurs, reproduisant le modèle constitutionnel occidental, ou, dans les situations de rupture, celui des pays socialistes (URSS et pays de l’Est). Cependant, divers indicateurs socioéconomiques montrent que ce modèle constitutionnel n’a pas abouti aux résultats économiques escomptés et, au lieu d’encourager le progrès social, a souvent généré des résultats qualifiés de paradoxe de « constitutions sans constitutionalisme ». La seconde période, plus diffuse dans le temps, est la mise en place de l’autoritarisme, de fait ou de droit, avec la constitutionnalisation du parti unique et du monisme politique, qui s’est généralisé sur le continent africain, entre la fin des années 1960 et le début des années 1990, à quelques exceptions près. La troisième période débute dans les années 1990, avec la vague de libéralisation politique qui a touché alors l’ensemble du continent, et le retour de régimes politiques pluralistes. Cette démocratisation s’est faite sous la pression conjuguée des pays occidentaux et des «conférences nationales» imposée par les pressions extérieurs, les mouvements d’opposition et les sociétés civiles africaines. C’est dans ce contexte que les pays africains ont décidé de limiter à deux le nombre de mandats présidentiels, (de 5 ou 7 ans selon les pays) de leurs présidents. L’objectif était de garantir une possible voie à l’alternance, et surtout d’éviter le retour à la personnalisation du pouvoir. Ce nouveau contexte a entraîné aussi une fondation de la justice constitutionnelle dans la plupart des pays africains, en créant des nouveaux conseils ou cours constitutionnelles dotés d’attributions ambitieuses, mais elles font l’objet de critiques, surtout en matière électorale, où elles sont perçues comme des institutions au service du pouvoir et non pas du Droit. Plusieurs raisons expliquent les faiblesses du constitutionnalisme africain, notamment francophone actuel. Mais, parmi celles-ci, il semble qu’il y en ait une particulière : le fossé existant entre le rôle que sont censées jouer les conseils ou cours constitutionnelles et le rôle effectivement assuré. Il est important de préciser que dans la théorie du constitutionnalisme actuel, ces conseils ou cours constitutionnelles, véritable contre-pouvoir structurel, sont la plus importante innovation du constitutionnalisme des années 1990. A ce titre, ces conseils sont indissociables de la structure des pouvoirs de l’État qui aspire à construire une vraie démocratie constitutionnelle. II) Les Constitutions à l’épreuve de la pratique :  Toute constitution étant une œuvre humaine, elle est faite pour être appliquée et adaptée à l’évolution de la société. La pratique, c’est la façon dont la constitution est appliquée, contournée ou violée, est aussi et peut-être même plus importante pour identifier l’idée africaine réelle de la constitution. L’écart entre la théorie et la réalité est en Afrique si large que ce qui compte n’est plus tant de savoir comment le peuple africain devrait être gouverné à en croire sa constitution, mais comment il l’est. Avant d’aborder l’épineuse question de la révision constitutionnelle, quelques lignes méritent d’être réservées au concept de constitution, avant qu’elle soit soumise à l’épreuve de la pratique dans les pays africains. Dans son livre «Politique», Aristote précise : «Il faut examiner non seulement la meilleure constitution, mais encore celle qui est possible». De même, le Général Charles de Gaulle affirmait dans sa conférence de presse du 31 janvier 1964 « Une constitution, c’est un esprit, des institutions et une pratique ». En effet, la Constitution n’est pas uniquement un ensemble de règles ou un texte, c’est aussi une pratique, car une constitution aussi précise soit-elle, laisse toujours la place à l’interprétation et à l’exégèse. Ainsi, la constitution qui est pourtant le fondement de toutes les normes étatiques est régulièrement révisée par les dirigeants africains. Du Maghreb à l’Afrique australe en passant par l’Afrique de l’ouest, de l’est et centrale, les constitutions continuent de subir une chirurgie dramatique perpétuelle, comme pour mieux les adapter aux souhaits de ceux qu’elles servent. En Afrique il parait facile de se réfugier derrière

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