Déclin des classes moyennes

Déclin des classes moyennes La précarisation de l’emploi et la disparition progressive des métiers moyennement qualifiés sont en train d’entraîner un déclin progressif des classes moyennes. L’OCDE tire la sonnette d’alarme dans le rapport qu’elle vient de publier sur les classes moyennes. Après avoir, depuis une dizaine d’années consacrées une série de rapports à la montée des inégalités et à la panne de l’ascenseur social, l’OCDE s’est logiquement penchée sur les classes moyennes, les grandes perdantes de la dernière décennie. Le constat : au cours des 30 dernières années, les revenus moyens ont à peine augmenté et, dans tous les pays de l’OCDE, «la croissance des revenus médians a été moindre d’un tiers par rapport à la croissance du revenu moyen des 10% les plus riches ». Comme, dans le même temps, le coût des éléments essentiels au train de vie de la classe moyenne a augmenté plus vite que l’inflation (le logement en particulier) et que s’est rajouté à cela un contexte d’insécurité croissante de l’emploi et une transformation rapide des marchés du travail (un emploi sur six à revenu moyen est actuellement confronté à un risque élevé d’automatisation), les classes moyennes sont de plus en plus en difficultés : selon l’OCDE, plus d’un ménage à revenu moyen sur cinq dépense plus qu’il ne gagne et, en outre, il est devenu plus difficile pour les jeunes générations d’accéder à la classe moyenne. « Aujourd’hui, la classe moyenne ressemble de plus en plus à un bateau en eaux troubles » écrit l’OCDE. «Chaque décennie, 1% de la population cesse d’appartenir aux classes moyennes ». Ces menaces sur l’existence même des classes moyennes sont liées, pour une bonne partie, aux modifications de l’emploi et à la lente mais certaine disparition des emplois moyennement qualifiés. L’OCDE explique ainsi que, depuis la génération du boum des naissances (les gens nés entre 1943 et 1964), « chaque nouvelle génération a vu ses chances de faire partie de la classe moyenne diminuer ». La première raison en est qu’un « niveau de compétences plus élevé est désormais nécessaire pour faire partie de la catégorie des revenus intermédiaires ». En d’autres termes, pour les baby-boomers, il suffisait d’avoir des compétences professionnelles « intermédiaires » pour appartenir à la catégorie des revenus intermédiaires. Aujourd’hui, c’est fini car, si le niveau de compétences exigé a augmenté de façon générale, il l’a surtout fait pour la classe moyenne. Un chiffre : près de la moitié des travailleurs à revenu intermédiaire occupent des emplois hautement qualifiés, comparativement à un tiers il y a, seulement, deux décennies. Et, comme la part de travailleurs à revenu intermédiaire occupant des emplois moyennement qualifiés a diminué dans tous les pays, « il est devenu de moins en moins possible d’obtenir le même niveau de revenu que par le passé pour certains emplois. Cette nouvelle association entre les compétences professionnelles et le niveau de revenu peut aider à expliquer une partie de la frustration sociale, qui est au cœur du débat sur la pression qui s’exerce sur la classe moyenne », commente l’OCDE, car « un ménage ordinaire a besoin de deux revenus pour faire partie de la classe moyenne, alors que dans le passé, un seul apporteur de revenu occupant un emploi hautement qualifié était souvent suffisant. Toutefois, même avec deux revenus, il est de plus en plus difficile d’atteindre le niveau de revenu intermédiaire si au moins l’un des partenaires n’est pas hautement qualifié ». La menace de déclassification est bien plus forte pour la classe moyenne inférieure. A l’hyper-qualification nécessaire se rajoute pour elle la disparition des métiers de faible qualification entraînée par la révolution numérique : un travailleur à revenu intermédiaire actuel sur six occupe un emploi à risque élevé d’automatisation, un risque plus proche de celui auquel sont exposés les travailleurs à bas revenu (un sur cinq) que de celui auxquels sont exposés les travailleurs à haut revenu (un sur dix). L’OCDE estime donc prioritaire que tous les Etats membres entament des politiques extrêmement volontaires de correction de ces évolutions, principalement pour les classes moyennes inférieures. Les principales portant sur les systèmes de redistribution sociale et les politiques de logement, mais aussi sur la formation : « garantir l’accès à l’éducation et à la formation des adultes est un défi majeur. Actuellement, les adultes à revenu intermédiaire n’ayant pas fait d’études supérieures, notamment ceux d’un certain âge, se forment nettement moins que les personnes plus jeunes davantage diplômées. Des programmes d’éducation et de formation des adultes plus nombreux et plus innovants devraient cibler les personnes occupant des emplois moyennement qualifiés, ou les secteurs et régions particulièrement exposés au risque de mutations du marché du travail, pour doter les travailleurs à revenu intermédiaire des compétences nécessaires dans un monde du travail en mutation, et cela nécessitera une modernisation en profondeur de ces systèmes ». C’est une politique d’autant plus nécessaire que, selon le directeur de la Direction de l’emploi, du travail et des affaires sociales de l’OCDE, Stéphano Scarpetta «la classe moyenne est le centre de gravité de nos démocraties comme de nos économies». D’abord parce que, selon l’OCDE «la croissance est plus forte dans les pays où la classe moyenne est forte ». Ensuite parce que les classes moyennes jouent un rôle essentiel dans l’exigence d’éducation, la cohésion sociale, la stabilité politique et le fonctionnement des démocraties modernes. Ainsi, pour restaurer la paix sociale et stabiliser la société via l’élection de partis modérés, les décideurs politiques et économiques ont tout intérêt à combattre la montée des inégalités et le déclin de la classe moyenne. D’aucuns diront que combattre ces phénomènes coûtera de l’argent et se traduira probablement par des hausses des impôts. C’est effectivement probable, disent des économistes. Par contre, un peu à l’instar de la lutte aux changements climatiques, payer maintenant pour réduire les inégalités et renforcer la classe moyenne coûte bien moins cher que de ne rien faire et de ramasser les pots cassés plus tard.

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L’Afrique du Nord face aux défis du XXIème siècle

L’Afrique du Nord  face aux défis du XXIème siècle  Aboulmajd Abdeljalil Les mots clés Afrique du Nord, défis, Égypte, Libye, Algérie, Tunisie, Maroc. Introduction : L’Afrique du Nord est parfois appelée « Afrique blanche », du fait que la majorité de sa population est composée de « race blanche ». Ce terme s’oppose à celui d’« Afrique noire », désignant l’Afrique subsaharienne. Friedrich Hegel l’appelait également «Afrique Européenne». Espace historique de croisement de plusieurs populations, l’Afrique du Nord jouit d’un emplacement géographique stratégique. Elle s’étend sur un peu plus de 6 millions de Km²pour une population totale de 250 millions d’habitants en 2012. Bordée par la Méditerranée, le Sahara et l’Océan Atlantique, elle est composée par cinq pays : l’Algérie, la Libye, l’Egypte, la Tunisie et le Maroc. L’Afrique de Nord est une terre dotée de ressources naturelles abondantes. Dans le sol égyptien, il existe de nombreuses ressources: Pétrole, Gaz, Or, Minerai de fer. Son économie repose aussi sur le commerce le long du canal de Suez, les devises des émigrés du Golfe et le tourisme. L’Algérie et la Libye possèdent essentiellement les plus grandes réserves de pétrole et de gaz de la zone. La Tunisie est historiquement liée à l’agriculture et au tourisme, quant aux  mines, le phosphate est l’une des principales richesses minières du pays. Le sous-sol tunisien est en outre doté en gaz naturel, fer, plomb, zinc et mercure. Le Maroc possède d’importantes réserves de phosphate et dispose d’une industrie phosphatière développée lui conférant les rangs de premier exportateur et de troisième producteur au niveau mondial. Le Maroc occupe également une place de choix au niveau mondial pour un certain nombre de substances minérales.  Compte tenu de ses ressources, quels sont les enjeux géopolitiques de cette région. ? Quel sont les problèmes communs de l’Afrique du Nord ? Quels sont les principaux défis à relever pour ces pays ? Quel avenir pour l’Afrique du Nord? Avant  d’essayer de répondre  à ces questions, il convient tout d’abord de donner un  bref aperçu historique de l’Afrique du Nord. I- Aperçu Historiques Pour se projeter loin dans l’avenir, il faut donc prendre du recul et se replonger dans le passé.  Comme dit un proverbe africain « Pour savoir où tu vas, regarde d’où tu viens ».  L’Afrique du Nord n’est entré dans l’histoire qu’avec les Phéniciens qui, originaires du Moyen Orient, ont fondu Carthage en 814 avant J.C. Ils ont établi des relations avec les populations locales, qui sont les ancêtres des populations actuelles Berbères. Après les guerres puniques (264 à 146 av. J.-C) la partie Nord du continent africain entre dans l’empire romain), la méditerranée devient alors un Mare Nostrum homogène comme le montre les nombreux vestiges archéologiques de l’époque romaine. Le christianisme y fit son apparition, selon la légende, par saint Marc à Alexandrie en 60 et par le diacre saint Philippe en Ethiopie. En 400, 90% des Egyptiens sont chrétiens. Le grand théologien saint Augustin était évêque d’Hippone (354-430). De même, les Vandales (429) et les Byzantins (533) pénétraient dans les côtes d’Afrique du Nord, mais leurs occupations étaient brèves dans le temps et dans l’espace. Au VIIe siècle, l’Afrique du Nord subit les invasions arabes. Cette conquête est difficile et se limite à l’Ifriqiya des Romains. De là, les Arabes vont s’enfoncer vers le sud pour contrôler les routes du sel et de l’or à travers le Sahara qui devient alors une zone de contact entre les civilisations arabo musulmane au nord et animiste au sud. Au XVIe siècle, l’expansion turco-ottomane subjugua toute l’Afrique du Nord avant de buter sur le Maroc qui réussit à maintenir son indépendance en s’alliant à l’Espagne chrétienne.  Durant la période coloniale, l’Afrique du Nord fut partagée entre quatre puissances européennes. Les Britanniques s’installèrent en Egypte afin de pouvoir contrôler le canal de Suez. Les Italiens disputèrent le vide libyen à la Turquie. Quant au Maghreb, il fut en totalité rattaché au domaine français, à l’exception de la partie espagnole du Maroc. L’Égypte recouvrit son indépendance en 1922, la Libye en 1951, la Tunisie et le Maroc en 1956, et enfin l’Algérie en 1962. En dépit d’une « arabité » postulée et d’une islamité commune, les cinq pays composant l’Afrique du Nord eurent ensuite des destins divers illustrés par l’épisode dit des «printemps arabes». II- L’Afrique du Nord  face aux défis du XXIème siècle  Le monde d’aujourd’hui est marqué par une instabilité et une imprévisibilité accrues générant des risques de conflits et d’escalade élevés. Au début du XXIème siècle, les pays d’Afrique du Nord sont en proie aux mêmes défis politiques, sécuritaires et socioéconomiques que le reste du continent africain. a) Défis politiques et sécuritaire Les pays du nord de l’Afrique font face à des défis politiques sécuritaires graves. L’augmentation des dépenses militaires complique probablement encore plus les efforts afin de surmonter ces défis. Certes, les pays d’Afrique du Nord ne sont pas en guerre. Mais ils ne sont  pas en paix. Sur un fond de rivalité stratégique entre l’Algérie et le Maroc, des conflits interétatiques et intra étatiques, ainsi que l’impact de l’extrémisme islamique, entraînent une militarisation persistante et un état d’alerte antiterroriste permanent. En Egypte, l’armée piétine dans le Sinaï face à la guérilla islamique, cependant des réseaux fondamentalistes sont actifs dans le reste du pays. La Libye est dévastée par une guerre de tous contre tous, résultat de la guerre faite à l’ancien régime par une coalition inspirée par la France. La Tunisie est coupée en deux, le centre et le sud étant islamistes, cependant que le nord s’accroche à l’héritage « laïc » légué par Bourguiba. L’Algérie, qui subit de plein fouet la baisse du prix du pétrole, risque de ne plus être bientôt en mesure d’acheter la paix sociale. Quant au Maroc, dernier pôle régional de stabilité, la question sociale y est porteuse d’orages. C’est donc toute l’Afrique du Nord, c’est-à-dire tout le flanc sud de l’Europe, qui est menacé d’embrasement. La migration représente un  autre défi  important. Un grand nombre des jeunes les plus ambitieux et les plus entreprenants de l’Afrique se sentent obligés d’émigrer. Aucun pays ne peut se permettre de

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L’identité

Aboulmajd Abdeljalil Président du CCES «La crise d’identité serait le nouveau mal du siècle» Claude Lévi-Strauss (1908 – 2009) «La crise d’identité serait le nouveau mal du siècle» Claude Lévi-Strauss (1908 – 2009) Résumé La citation de Lévi-Strauss nous explique à quel point l’identité est importante autant pour l’individu que pour le groupe. La notion d’identité est actuellement l’une des préoccupations majeures intellectuelles et existentielles. Tout le monde parle de l’identité, tout le monde utilise cette notion. Cet article vise à éclairer les esprits sur quelques facettes de ce phénomène universel, qu’est l’identité. Il cherche, en particulier, à faire comprendre ce qui différencie ses aspects individuels de ses aspects collectifs et d’essayer de démontrer que l’identité est un phénomène dynamique, une construction en perpétuel mouvement, apte à se transformer selon les aléas de son environnement. Mots-clés : Identité, mondialisation, individu, unité, diversité, ethnicité, religion.    I-Introduction L’identité est aujourd’hui sujet de toutes les convoitises, au centre de polémiques et objet de toutes les instrumentalisations. La question identitaire semble être un point commun aux sociétés développées et en voie de développement. Tous posent les questions suivantes : Qu’est-ce que l’identité ? Que signifie-t-elle ?La mondialisation est-elle une menace pour l’identité ?La religion est-elle au cœur de la crise identitaire ? Tout abord, il est important d’essayer de définir ce concept de façon relativement précise pour ensuite analyser ses contours à l’ère de la mondialisation. II- Définition de l’identité Bien que la notion d’identité soit parfaitement ancrée dans le langage quotidien, elle n’en demeure pas moins souvent diffuse et mal définie. De fait, diverses sciences sociales se sont efforcées de décrire ce que recouvre cette notion d’identité. En général les études anthropologiques, sociologiques, historiques, géographiques ou politiques de l’identité traitent des aspects collectifs de la construction identitaire, sans négliger l’aspect individuel de l’identité. C’est pourquoi il est primordial de distinguer ces deux aspects. -L’identité phénomène individuel : Chaque individu possède sa propre conscience identitaire qui le rend différent de tous les autres. Cela signifie que l’identité est d’abord appréhendée comme phénomène individuel. On peut fondamentalement la définir comme la façon dont l’être humain construit son rapport personnel avec l’environnement. Ainsi, pour toute société humaine, toute nation, tout être humain l’identité est fondamentale. C’est une question d’appartenance mais aussi un problème existentiel majeur. Dans son ouvrage «Les identités meurtrières», Amin Maalouf explique qu’une identité est forcément complexe : chaque être humain est singulier car son identité est composée d’influences multiples, plus ou moins importantes, mais dont aucune n’est négligeable. -L’identité phénomène collectif : L’identité est définie aussi comme l’appartenance à certains groupes et c’est pourquoi on parle «d’identité collective». Les identités collectives se constituent lorsque plusieurs personnes se sentent reliées les unes aux autres du fait qu’elles partagent des caractéristiques identitaires. Un enfant apprend par le biais de son environnement direct quels groupes il doit différencier, desquels il fait partie et desquels il doit se démarquer. C’est l’environnement de l’enfant qui lui transmet les différenciations, notamment selon le statut social, la couleur de la peau, la religion, la nationalité. Bref, l’identité collective est ce qui réunit les individus d’une communauté, au-delà de leurs inégalités sociales, et qui au travers du partage de la langue, de l’histoire, des religions, des valeurs leur donne le sentiment d’appartenir à une communauté et l’envie de la défendre. III- Mondialisation et identité : À l’heure actuelle, La mondialisation est en train de bouleverser non seulement les équilibres socioéconomiques mais aussi des cultures installées. Cependant, au-delà, d’espoir et d’inquiétude, la mondialisation est avant tout caractérisée comme un phénomène économique ancien et continu du développement du capitalisme libéral. Elle est donc un processus et non un état. Comprise comme un processus qui transforme le monde en «village global», la mondialisation est un phénomène ancien qui prend ses racines dans l’histoire où le processus de mondialisation existe depuis bien longtemps. Toutefois, la mondialisation telle qu’elle existe aujourd’hui ne se réduit pas à ses effets économiques, mais elle a aussi des effets culturels et écologiques. Depuis une trentaine d’années, en Amérique du Nord et en Europe, la concurrence et l’interdépendance des économies, l’accroissement des échanges commerciaux et le développement des flux migratoires inquiètent des citoyens, des syndicats, des partis politiques, des journalistes qui s’interrogent sur la singularité de leur pays, de leur société, de leur religion, de leur identité. Des mouvements naissent en réaction à cette mondialisation déséquilibrée. Ces mouvements sont des actions collectives menées en vue d’un objectif, dont le résultat, en cas de succès comme en cas d’échec, transforme les valeurs et les institutions de la société. Leurs fondements sont basés sur l’identité.Une identité ne cesse de se construire et de se reconstruire. Ainsi, dans une situation de crise, quand les individus perdent leurs repères, sont menacés ou confrontés à l’incertitude, l’identité devient un refuge, une échappatoire. Deux grandes forces vont profondément affecter le monde au cours des prochaines années : la croissance de la population et la nouvelle économie. Cette nouvelle économie qui est centrée autour des moyens de communications bon marché apporte de fantastiques opportunités pour de nombreux pays développées et en développement. Cependant, cette nouvelle économie porte aussi ses incidences sur les spécificités socioculturelles. Amin Maalouf signale qu’à l’ère de la mondialisation une nouvelle conception de l’identité s’impose. Si on n’arrive pas à assumer nos appartenances multiples et à faire une conciliation entre le besoin d’identité et l’ouverture décomplexée aux cultures différentes on assistera à des réactions égarées de la part des individus. Ainsi, une mondialisation mal maîtrisée, trop rapide, mal comprise entraîne le développement et le renforcement des identités de toute sorte. IV – La religion et l’identité Quoique cela ne soit peut-être pas nécessaire, il peut être utile de commencer par une brève définition ou description de la religion. Alors qu’est-ce que la religion ? Pour l’écrivain Patrick Banon, dans son livre « Guide du mieux vivre ensemble ma laïcité, ma religion, mon identité », il n’y a pas de définition précise. Ce que l’on sait, par contre, c’est qu’il y a plusieurs systèmes religieux croyant tous qu’ils détiennent la vérité. Pour Banon, aucune religion n’est condamnable, ce n’est que les pratiquants qui peuvent avoir

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Les défis post-printemps arabe

« Les arabes se sont mis d’accord pour ne pas être d’accord » Ibn Khaldoun Résumé En 2011, le «Printemps arabe» a révélé l’incroyable pouvoir des réseaux sociaux pour éveiller les consciences et fédérer les revendications citoyennes. Le présent article analyse les défis à surmonter après les bouleversements dudit « printemps arabe », qu’il s’agisse de la problématique du chômage structurel, de l’instauration d’un système démocratique. Mots Clés Défis, post- printemps, jeunesse, justice, liberté et démocratie I-Introduction : De l’Atlantique au Golfe, le Monde arabe occupe une position géostratégique remarquable. Espace de transit, il contrôle de grands itinéraires commerciaux et Le sol arabe renferme les plus grandes réserves en pétrole et en phosphate dans le monde sans pour autant assurer le développement économique de territoires où tensions et rivalités s’avivent. Cette région en crise inquiète, tant les conflits qui s’y déroulent, difficilement contrôlables, peuvent être lourds de conséquences. Quelle est la situation actuelle du monde après ledit «Printemps arabe» ? Quels sont les grands défis du monde arabe ? Où va le monde arabe emporté par le tourbillon d’une crise qui est très loin d’être terminée ?  II-Monde arabe en ébullition : Commençons, d’abord, par préciser que le Monde arabe actuel est en ébullition.            La situation actuelle dans le monde arabe trouve ses origines dans les évènements déclenchés au début des années 1990. Dans les années 1990 et suite à l’effondrement de l’Union Soviétique et du bipolarisme, les thèses développées par le stratège Britannique Bernard Lewis au cours des années 1950, soutenant que « les ressentiments » des peuples du Moyen-Orient résultaient « non pas d’un conflit entre des Etats ou des nations mais du choc entre deux civilisations ont été reprises par Samuel Huntington dans « le choc des civilisations » et, Francis Fukuyama dans célèbre « la Fin de l’Histoire ». Avec l’avènement universel de l’économie de marché et de la démocratie, l’humanité avait atteint, semblait-il, un sommet indépassable. Les deux ouvrages appelaient à la refonte des relations internationales et l’établissement d’un «nouvel ordre mondial» unipolaire sous la conduite des Etats-Unis suite à «la victoire de la démocratie occidentale» dans la guerre froide contre les autres idéologies politiques. Les anciens projets de partition du monde arabo-musulman ont été remis à jour avec comme objectif la révision des frontières héritées des arrangements anglo-français centenaire de Sykes-Picot. Depuis 1991, le monde arabe n’en finit plus de se morceler et de se balkaniser. Cela a commencé avec la Somalie, puis le Soudan, l’Irak, la Syrie, jusqu’au Yémen. Il y a un effondrement soit économique, soit politique, soit géopolitique et militaire, soit les trois, avec une division profonde au sein de la ligue des 22 Etats arabes. Bref il s’agit d’une nouvelle étape.  En effet, Les crises tragiques de 2011 ont conduit, à des situations de guerres civiles d’intensité variable en Libye, Syrie et Yémen, avec des changements de régimes plus ou moins crédibles (Tunisie, Libye et Egypte), au Moyen-Orient (Syrie, Yémen) et à des processus de négociations afin de maintenir une certaine paix sociale (Maroc, Algérie), sans que les problèmes de fond ne soient réglés pour autant. Ainsi, la colère pourrait resurgir, comme se produit aujourd’hui dans d’autre pays arabes, en Amérique latine et en Asie. Les raisons de cette colère dans certains pays peuvent paraître dérisoires, mais il faut voir cela comme la goutte d’eau qui fait déborder le vase. L’historien britannique Edward P. Thompson (1924-1993), a étudié cette étincelle et l’a expliquée avec son concept «économie morale de la foule». (La population est prête à accepter un certain nombre de sacrifices, financiers, économiques, sociaux. Mais arrive un moment où le sacrifice supplémentaire est perçu comme inacceptable, illégitime et injuste. C’est à ce moment que se fait la rupture et la bascule). III-Les défis post-printemps arabe : En proie au terrorisme, mais aussi à de multiples défis politiques, sociaux, économiques et culturels, le monde arabe traverse actuellement une période compliquée sur le plan économique. Les difficultés rencontrées par ces pays sont en partie liées aux modèles économiques, mais aussi à des caractéristiques spécifiques telles que la démographie, l’éducation et la mauvaise gouvernance. Cette contribution se contente d’aborder deux défis majeurs d’ordre social et politique auxquels sont confrontés la majorité des pays arabes. Il s’agit du Chômage des jeunes et de la démocratie. En effet, le chômage très élevé des jeunes constitue l’un des défis majeurs auquel doivent faire face la plupart des pays arabes. Les deux tiers de la population des pays arabes ont moins de 30 ans. Cela concerne déjà plus de 100 millions de personnes. Et la tendance, quoique fléchissante, restera positive jusqu’en 2050. Mais cette masse, une ressource incroyable, un potentiel de développement économique et social unique, peut aussi constituer un risque majeur pour la stabilité de la région arabe. Au cours des dernières décennies, la région arabe a détenu les niveaux les plus élevés de chômage du monde, en particulier parmi les jeunes et les femmes. Le chômage des jeunes dans le monde arabe résulte d’un certain nombre de graves problèmes économiques, politiques et sociaux, dont l’absence de stratégies saines de développement, un climat des affaires défavorable, la mauvaise gouvernance, le manque de transparence et de responsabilisation et la corruption généralisée. Ainsi, les pays arabes resteront instables tant que le « tsunami des jeunes » ne sera pas terminé. Dans ce cadre, il convient d’agir dans trois domaines en priorité : l’éducation et la formation, l’intégration économique et la réduction des inégalités, l’intégration citoyenne. Le secteur éducatif reste largement à moderniser pour qu’il devienne un véritable espace de formation du citoyen, et pour qu’il soit mieux adapté au marché du travail. De même, il est fondamental d’assainir le marché du travail, en le rendant plus transparent et plus équitable. Un vaste chantier de réformes économiques doit être mis en place, axée prioritairement sur une transition vers des économies post-rentières et la création massive d’emplois pour endiguer le phénomène de chômage parmi les jeunes. Enfin, sur le plan citoyen, il faudra accompagner les transitions démocratiques en aidant les jeunes à s’organiser et à se structurer pour agir : -favoriser leur engagement associatif, fortement délaissé, ce qui renforcera la société

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Enjeux citoyenneté dans le monde arabe

Aboulmajd Abdeljalil Président du CCES            «Nous ne commençons proprement à devenir hommes qu’après avoir été citoyens»                                                                        Jean Jacques Rousseau (1712-1778) Résumé La citoyenneté, axe majeur de l’Etat démocratique moderne, est un enjeu mondial que ce soit dans les pays démocratiques ou dans les pays dits en transition. S’il s’agit pour certains de reconstruire et de redynamiser la citoyenneté, il s’agit par contre pour d’autres de la bâtir. Ainsi la question de la citoyenneté est au cœur du débat politique et de la réflexion théorique partout dans le monde. Les congrès, les conférences et les séminaires s’organisent.  De même qu’une abondante littérature y consacrée. Cet article se propose de revenir au concept de la citoyenneté et de tenter d’apporter des éléments de réponse aux questions suivantes : Qu’est-ce que la citoyenneté ? Est-ce une préoccupation nouvelle, un défi nouveau ? Ou alors s’agirait-il d’une constante, d’un thème présent depuis l’aube des temps lorsque « le premier homme rencontra le deuxième » ? Que signifie être citoyen ? Peut-on parler de citoyenneté dans le monde arabe ? Mots clés Citoyenneté, enjeux, monde arabe, islam et démocratie I-Introduction  Avant d’aborder la problématique de la citoyenneté dans le monde arabe, il convient d’abord de définir la citoyenneté et de mettre l’accent sur l’évolution historique de ce concept moderne. I-Définition de la citoyenneté  Dans son acception moderne la citoyenneté contemporaine repose sur des valeurs fondamentales que sont la liberté, la solidarité, l’égalité, la responsabilité et le respect. Ainsi, Il n’y a pas de citoyenneté sans valeurs, sans normes. De nombreux auteurs distinguent trois aspects dans le concept de citoyenneté. En premier lieu un aspect identitaire : être citoyen, c’est éprouver une « ressemblance fondatrice » avec d’autres – ressemblance qui est à la fois le principe de cohérence de l’identité nationale et de sa distinction des autres nations. Cette ressemblance peut aussi bien se fonder sur une histoire commune, une culture ou une langue communes, voire une religion, des traditions : l’essentiel est qu’elle donne lieu à une « conscience d’identité » qui émerge à travers les différences individuelles, sociales, ethniques ou géographiques qui caractérisent les citoyens d’une même nation. En second lieu, être citoyen, c’est prendre des décisions ensemble, être partie prenante de projets, d’entreprises, d’actions auxquelles on participe par le biais de l’élection des représentants ou, dans le cas de la démocratie directe, par le processus référendaire. C’est ce qu’on pourrait appeler l’aspect pragmatique de la citoyenneté. Enfin être citoyen c’est avoir conscience de droits et de devoirs. C’est donc être vigilant non seulement pour la défense de ses propres droits, mais aussi ceux des autres ; non seulement pour l’accomplissement de ses devoirs propres, mais aussi ceux des autres. III-Histoire de l’idée de la citoyenneté : La citoyenneté a une histoire qui remonte aux Anciens Grecs. L’œuvre d’Aristote en particulier nous serait de la plus grande utilité. La route jusqu’au 21e siècle serait longue, mais on se limitera aux grandes œuvres de Jean Jacques Rousseau, d’Emmanuel Kant, Montesquieu, Hegel, et plus récemment Thomas Humphrey Marshall.   Aristote (384-322 av. J-C) construit sa définition du citoyen à partir de la notion de pouvoir de commander : La citoyenneté n’est pas un état, ce n’est pas un droit, c’est un pouvoir. Le citoyen doit être conçu comme magistrat. Il exerce le pouvoir commun de la cité. Aristote précise que « Ce qui constitue donc proprement le citoyen, sa qualité vraiment caractéristique, c’est le droit de suffrage dans les assemblées et de participation à l’exercice de la puissance publique dans sa partie ». Il ressort de la conception politique d’Aristote que la citoyenneté n’est pas un droit, c’est un privilège. Elle ne concernait qu’une élite (10% de la population) excluant les femmes, les esclaves, les moins de dix-huit ans et les étrangers. Elle était surtout une citoyenneté de responsabilité politique au premier chef. La citoyenneté connaît ensuite une longue éclipse au Moyen-Âge. Elle est réactivée par les maîtres de la pensée des lumières qui se sont penchés sur le sujet. Il convient de présenter brièvement l‘idée de citoyenneté ressortant des écrits de Rousseau, Kant, Montesquieu et Hegel. Pour Rousseau, (1712-1778) la citoyenneté suppose un pacte social, plus ou moins explicite liant les citoyens d’une même collectivité. Il écrit à ce sujet : « chacun de nous met en commun sa personne et toute sa puissance sous la suprême direction de la volonté générale ; et nous recevons en corps chaque membre comme partie indivisible du tout ». En devenant citoyen, chacun s’engage à vivre désormais selon la volonté de ce tout, ce que Rousseau appelle la volonté générale, et qui s’exprime par la loi. Le contrat engendre ainsi une souveraineté dotée d’une autorité absolue. C’est en se soumettant aux lois que l’individu devient libre, sa liberté s’arrêtant là où elle empiète sur celle de l’autre. Quant à la philosophie politique d’Emmanuel Kant (1724-1804), elle est fondée essentiellement sur la complémentarité de la liberté et de la loi. Pour que les droits de tous soient protégés, il faut une loi ; il faut qu’elle soit « l’acte d’une volonté publique ». Dans la pensée de Kant, la citoyenneté se fonde sur trois principes : la liberté de chaque membre de la société en tant qu’homme, l’égalité de tout homme membre d’une communauté en tant que citoyen et l’autonomie de chaque membre d’une communauté en tant que citoyen Pour Montesquieu (1689-1755), la citoyenneté est essentiellement une vertu. Cette vertu est l’attachement à ce qui est commun. La vertu politique ne peut être que civique et n’est possible que si l’homme s’élève à l’intérêt commun. Par conséquent, il n’y a de vertu que si le public a précellence sur le privé. Le principe démocratique repose donc sur un tel renoncement, qui a pour effet de limiter l’expansion des passions particulières pour favoriser l’éclosion de l’affectivité proprement politique : l’amour des généralités, la patrie, la loi, l’égalité.  Précisément, la corruption du principe démocratique commence par un changement dans la direction des désirs des citoyens ; ce qui se valorise, ce n’est plus la généralité de la patrie, de la loi, mais la particularité de l’argent, de la fonction sociale ou politique.

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