Top 5 des pays africains les plus endettés : un fardeau financier en quête de solutions

Cinq pays africains figurent dans le top 10 mondial des principaux bénéficiaires du Fonds monétaire international (FMI). Une dette qui pèse lourd sur leurs économies et leur souveraineté. Alors que la dette publique pèse sur les économies africaines, certains pays se démarquent par l’ampleur de leur endettement. Entre défis structurels et espoirs de redressement, découvrez la situation des cinq nations les plus endettées du continent et les pistes d’évolution envisagées. L’endettement des pays africains reste une problématique majeure, influencée par des facteurs historiques, structurels et conjoncturels. Selon le rapport « African Debt Outlook: A Ray of Optimism » publié par Afreximbank en février 2025, cinq pays du continent se distinguent par le poids préoccupant de leur dette publique. Voici un état des lieux détaillé de ces nations et leurs perspectives d’évolution. 1. Afrique du Sud : 14 % de la dette extérieure africaine L’Afrique du Sud domine ce classement peu enviable, représentant à elle seule 14 % de la dette extérieure du continent. L’économie sud-africaine fait face à un triple défi : une croissance anémique, un chômage structurellement élevé et des tensions sociopolitiques persistantes qui dissuadent les investisseurs. Le gouvernement recourt régulièrement à l’émission d’euro-obligations pour financer ses déficits budgétaires croissants, alourdissant mécaniquement la charge de sa dette. Cette spirale inquiète les agences de notation qui maintiennent une perspective prudente sur le pays, compliquant davantage ses conditions d’emprunt sur les marchés internationaux. 2. Égypte : 13 % de la dette extérieure africaine Deuxième pays le plus endetté d’Afrique, l’Égypte supporte une dette publique particulièrement préoccupante, représentant 13 % de l’endettement extérieur total du continent. Le pays a considérablement intensifié son recours aux emprunts internationaux pour financer d’ambitieux mégaprojets d’infrastructure, tout en faisant face à une pression constante sur sa balance des paiements. La situation est d’autant plus délicate que la dévaluation récente de la livre égyptienne et l’inflation galopante compliquent le service de la dette. Néanmoins, le gouvernement s’efforce activement de restructurer certaines échéances pour alléger cette pression financière. 3. Nigeria : 8 % de la dette extérieure africaine Malgré son statut de première puissance économique d’Afrique de l’Ouest, le Nigeria reste confronté à un endettement croissant, représentant 8 % de la dette extérieure africaine. Cette accumulation s’explique largement par la dépendance excessive du pays aux revenus pétroliers, dont la volatilité expose dangereusement son économie aux chocs extérieurs. Face aux déficits budgétaires récurrents, le gouvernement nigérian a multiplié les emprunts, notamment via des émissions d’euro-obligations. Un espoir se dessine toutefois : la diversification économique amorcée ces dernières années pourrait, à terme, offrir une perspective d’allègement de la dette si elle est poursuivie avec constance. 4. Maroc : 6 % de la dette extérieure africaine Avec 6 % de la dette extérieure africaine, le Maroc figure parmi les nations les plus endettées du continent. En valeur absolu, cela représente 45,65 milliards de dollars. Le royaume chérifien recourt largement aux emprunts internationaux pour financer ses ambitieux projets d’infrastructures et accélérer sa transition énergétique. Son attractivité économique croissante lui confère cependant une marge de manœuvre pour maintenir sa dette sous contrôle. 5. Mozambique : 6 % de la dette extérieure africaine Le Mozambique représente également 6 % de la dette extérieure africaine, une situation considérablement aggravée par les scandales retentissants de « dette cachée » qui ont ébranlé le pays ces dernières années. La révélation d’emprunts massifs contractés sans l’approbation du Parlement a sévèrement entamé la crédibilité financière du pays sur les marchés internationaux. Une lueur d’espoir apparaît néanmoins avec les perspectives prometteuses d’exploitation des gigantesques réserves de gaz naturel offshore, qui pourraient contribuer à redresser progressivement les finances publiques mozambicaines. Une tendance à surveiller de près Si ces cinq pays concentrent une part significative de l’endettement africain, d’autres nations comme l’Angola, le Kenya ou le Ghana affichent également des niveaux de dette préoccupants. L’inflation mondiale persistante, la remontée des taux d’intérêt et l’appréciation du dollar américain alourdissent considérablement le coût du service de la dette pour de nombreux États africains. Néanmoins, le rapport d’Afreximbank met en lumière plusieurs raisons d’espérer : de nombreux pays africains amorcent désormais des réformes sérieuses de gestion budgétaire, diversifient activement leurs sources de revenus et bénéficient d’un accès progressivement facilité aux marchés financiers internationaux. Si ces tendances positives se confirment dans les prochaines années, l’Afrique pourrait progressivement stabiliser sa dette et transformer ce qui apparaît aujourd’hui comme un fardeau en un véritable levier de croissance durable. Source : African Debt Outlook: A Ray of Optimism, Afreximbank, février 2025.

LIRE LA SUITE

Enjeux de l’entreprenariat en Afrique par Abdeljalil Aboulmajd

Au moment où l’entrepreneuriat apparaît comme une des solutions incontournables à la problématique du chômage sur le continent, la question des enjeux et des défis de l’entreprenariat se pose avec acuité. Alors qu’est-ce que l’entreprenariat ? Quels sont les obstacles et les difficultés ? Et comment promouvoir l’entrepreneuriat en Afrique ? I) Définition de l’entrepreneuriat L’entrepreneuriat peut être défini comme l’ensemble des actions visant à créer de la richesse et l’emploi par la création d’une entreprise. Les travaux de recherches réalisées dans ce domaine, ont proposé plusieurs définitions, mais aucune d’entre elles n’a fait objet de consensus général. Parmi ces définitions on trouve celle de l’économiste Joseph Schumpeter, le père de l’entrepreneuriat moderne, qui définit l’entrepreneur comme un innovateur, c’est à dire quelqu’un qui brise la routine. Schumpeter considère l’entrepreneur comme un individu visionnaire et innovant, capable de transformer l’économie en introduisant de nouvelles idées, technologies et modèles d’affaires. Selon lui, l’entrepreneur joue un rôle très important dans la création de nouvelles entreprises et dans la rupture des activités économiques existantes. En résumé, l’entrepreneur schumpétérien assume des risques pour promouvoir l’innovation, notamment en expérimentant de nouvelles combinaisons productives II) L’entrepreneuriat en Afrique L ’Union africaine (UA) reconnaît que l’entrepreneuriat, sans être à même de régler tous les problèmes des jeunes, apparaît comme une solution durable à la crise de l’emploi en Afrique. Selon l’organisation continentale, l’entrepreneuriat est un moteur clé de la transformation économique structurelle envisagée dans l’agenda 2063, avec le potentiel de créer des millions d’emplois. En cela, l’entrepreneuriat constitue une piste prometteuse pour tirer pleinement profit du dividende démographique. Car avec 11 millions de jeunes qui devraient entrer sur le marché du travail chaque année au cours de la prochaine décennie (selon les estimations de la Banque mondiale), il devient de plus en plus urgent de développer la capacité de l’Afrique à absorber, former et intégrer cette main-d’œuvre croissante largement confinée au secteur informel, et éviter que des générations entières ne soient marginalisées. III)  les obstacles et difficultés de l’entrepreneuriat en Afrique Il n’est pas facile d’entreprendre en Afrique. Les éventuels entrepreneurs sont confrontés à des difficultés de différents ordres. Pourtant, le continent regorge de nombreuses opportunités d’affaires. En plus des difficultés communes aux entrepreneurs du monde entier, les entrepreneurs africains sont confrontés à des obstacles bien particuliers. D’abord, l’accès aux financements est trop limité. Le manque de ressources financières au démarrage, l’accès difficile à celles-ci ou au crédit constituent les principales barrières au développement de l’entrepreneuriat en Afrique. Contrairement aux contextes des pays développés où des obstacles financiers à l’entrepreneuriat des jeunes ont été déjà résolus par le biais de crédits à faible taux d’intérêts accordés aux petits entrepreneurs par des banques et des fonds, créés spécialement pour le développement du petit entrepreneuriat. À cela s’ajoutent les problèmes d’infrastructures, dont l’accès à l’électricité constitue un frein majeur. Enfin, elles préfèrent souvent rester dans l’informel pour ne pas être matraquées par la fiscalité, la corruption, les formalités administratives et les complications réglementaires. C’est là que les Etats africains peuvent et doivent agir. De plus, le manque de formation à l’entrepreneuriat est une autre barrière. Les entrepreneurs manquent souvent de conseils et de soutien pour améliorer leurs compétences et ne peuvent pas toujours trouver des partenaires commerciaux fiables. Certains pays ont des réglementations trop strictes qui peuvent entraver leur capacité à créer des entreprises viables et à accéder à des financements extérieurs. Face à ces difficultés, comment l’Afrique peut-elle surmonter les barrières structurelles et promouvoir l’entrepreneuriat comme levier de diversification économique et de progrès social ? IV)  La promotion de l’entrepreneuriat en Afrique Par la promotion de l’entrepreneuriat on entend l’encouragement de l’esprit d’entrepreneuriat. En Afrique l’entrepreneuriat n’est toujours pas aussi répandu en Afrique comme dans les pays industrialisés. En effet dans la grande majorité des pays africains la promotion s’est focalisée sur les jeunes diplômés au chômage dans le milieu urbain sans tenir compte du milieu rural qui est censé être l’un des poumons de l’économie africaine. Pour faire face et remédier à la situation actuelle concernant l’acte d’entreprendre, il est essentiel, de lever les obstacles actuels et de promouvoir la culture de l’entreprise par :    A-L ’instauration d’un environnement favorable à la création d’entreprise Ici l’essentiel est tout d’abord d’assainir le climat des affaires des entreprises, et ensuite favoriser la création des entreprises, tout en se basant sur la formation et l’éducation. L’éducation à l’entrepreneuriat est l’un des investissements les plus rentables que peut faire l’Afrique. Aussi, Soutenir les dispositifs de création d’entreprise et startup. Aujourd’hui les mesures de soutien initiées par les pouvoirs publics de certains pays africains aux petites et moyennes entreprise-(PME) et startup restent insuffisantes. Les différentes institutions en charge de la gestion de ce secteur d’activité ne tiennent toujours pas malheureusement en considération les caractéristiques propres et spécifiques des petites entreprises, singulièrement les micro-entreprises et startups. A titre d’exemple, le Maroc, a franchi un pas dans ce sens, une nouvelle législation a été élaborée pour donner une deuxième chance aux jeunes entrepreneurs –femmes et hommes – qui ont bénéficié des aides de l’Etat pour créer leur entreprise et qui ont eu des difficultés dans leurs parcours à rembourser les crédits octroyés par les banques pour le financement de leurs projets. Un fonds spécial dédié aux jeunes qui souhaiteraient créer leurs startups a été mis en place.      B-Faciliter l’accès au financement  L’Afrique étant le continent le plus pauvre, l’accès au financement reste un obstacle important pour de nombreux entrepreneurs africains. Dans les pays développés comme au Etats Unis d’Amérique ou au Canada, tout entrepreneur bénéficie d’avantages particuliers et de subventions par rapport à son domaine d’activité, ce qui n’est pas le cas en Afrique. Avec un système financier qui n’encourage pas vraiment la création d’entreprise il est très difficile à l’entrepreneur africain de pouvoir financer ses projets. Les banques et micro finances africaines doivent se pencher sur le problème tout en favorisant les entrepreneurs par rapport aux prêts et aux différents types de soutiens dont ils auront besoin. Diminuer les cautions et garanties bancaires exigées pour les prêts,

LIRE LA SUITE

Les enjeux de la transformation digitale en Afrique Par Abdeljalil Aboulmajd

Comme toute révolution, le numérique représente un enjeu considérable pour la jeunesse africaine en termes de débouchés, d’employabilité et d’innovation. I)Enjeu de l’employabilité : L’employabilité réfère à la faculté d’une personne à obtenir, maintenir son poste, évoluer dans sa carrière et s’ajuster aux transformations continuelles du monde professionnel. Elle représente un enjeu crucial dans le point de vue du marché du travail actuel, influencé par les dynamiques de compétition, l’adaptation technologique, la flexibilité professionnelle et l’innovation. En Afrique les enjeux liés à la transformation digitale, révolution d’un nouveau genre, semblent coïncider avec la croissance de la population jeune en Afrique, autrement dit, l’insertion des jeunes apparaît aujourd’hui comme un élément moteur de transformation du marché du travail en Afrique. Par conséquent, la transformation digitale crée de nouveaux marchés du travail, de nouvelles opportunités d’investissement et de nouveaux débouchés pour les entreprises et institutions, contribuant ainsi, de nouveaux métiers naissent et d’autre deviennent archaïques. Le digital, l’intelligence artificielle, et autres font partie des métiers de l’avenir. Il faudrait que les formations se mettent à jours afin de fournir au marché de l’emploi les compétences adéquates. Dans un récent rapport, la Société Financière Internationale affirme que les compétences digitales pourraient engendrer au moins 230 millions d’emplois en Afrique subsaharienne d’ici 2030. La digitalisation des pays africains donne l’impression de toucher du doigt la solution au problème d’emploi que le continent subit actuellement. De plus, l’usage du digital étant multisectoriel, il constitue une réelle force et ainsi, un levier de croissance considérable pour l’Afrique. Il convient donc renforcer l’employabilité des jeunes en orientant les filières d’éducation et de formation vers des offres adaptées et vers les métiers d’avenir. La transformation digitale pourrait permettre des changements dans beaucoup de secteurs clés en Afrique. II)Enjeux de l’entrepreneuriat et de l’innovation : L’entrepreneuriat et l’innovation sont fortement liés. Cela a été démontré par l’économiste autrichien Joseph Schumpeter. Ce dernier a parlé de « destruction créatrice » qui résulte de l’innovation. A ce titre Joseph Schumpeter distingue cinq formes d’innovations : l’innovation de produits, l’innovation de procédés, l’innovation de modes de production, l’innovation de débouchés, l’innovation de matières premières. De même, la nouvelle technologie favorise l’essor de l’entrepreneuriat et de l’innovation, en offrant des opportunités et de nouvelles possibilités d’emploi et de stimuler l’innovation pour maintenir ou améliorer le bien-être des populations. Elle permet aux jeunes entrepreneurs de lancer des startups innovantes, de développer des applications mobiles, de créer des solutions technologiques adaptées aux besoins locaux et de pénétrer les marchés mondiaux. Les start-ups et les petites entreprises peuvent ainsi concurrencer les géants de l’industrie grâce à leur capacité à innover rapidement. De ce qui précède, il ressort que la transformation digitale pourrait permettre de faire baisser la courbe du chômage, à condition que de gros efforts soient fournis par les gouvernements et les acteurs du secteur privé. Il s’agit là de faciliter l’accès aux financements, aux informations et connaissances nécessaires pour soutenir les jeunes entrepreneurs dans leurs projets novateurs. Aujourd’hui, l’avenir de la jeunesse africaine n’est ni de finir noyée dans le cimetière de la Méditerranée à la recherche d’un eldorado européen, ni son exploitation. L’avenir de la jeunesse africaine, c’est l’entrepreneuriat et l’innovation. Pour aller plus loin : – Pierre-André Julien, Michel Marchesna « L’entrepreneuriat » Editions Economica, Paris, 1996. -Joseph Aloys Schumpeter « La théorie de l’évolution économique » Dalloz, coll. Paris, 1999. 

LIRE LA SUITE

L’Afrique face aux défis du XXIème siècle Par Aboulmajd Abdeljalil

L’Afrique, aujourd’hui encore, demeure bel et bien un continent en mal-développement. Pour autant, au désespoir qu’avaient fait naître le XXe siècle et sa période postcoloniale empêtrée dans la crise et les conflits, a succédé avec le XXIe siècle une ère d’espoir permise par la croissance économique et les réformes politiques engagée au début du XXIe siècle. Quels sont les principaux défis que le continent devra surmonter dans les prochaines décennies ? Quels sont les principaux défis que le continent devra surmonter dans les prochaines décennies ? Quelles opportunités pour l’Afrique ? I)Le défi de la paix et de la sécurité L’Afrique est le continent où le nombre de victimes du fait des conflits armés est le plus élevé dans le monde. Les facteurs qui alimentent ces conflits sont de plusieurs ordres. On cite entre autres : L’accès à la terre et aux ressources naturelles (pétroles et produits extractifs). L’accès au pouvoir et de la gestion de ce pouvoir. Le règlement de conflit et de fragilité en Afrique comprend deux aspects. Premièrement, il faut trouver des réponses politiques efficaces aux mutations économiques, sociales et environnementales qui causent le plus de perturbations en Afrique. Deuxièmement, il convient de créer des sociétés et des États résilients, capables de gérer ces pressions. Cela nécessite la mise en place d’institutions démocratiques et de partenariats interdépendants aux niveaux étatique, régional et continental. D’une manière générale, il ne sera pas possible d’assurer la paix et le développement durable sans un dialogue politique sur la bonne gouvernance et le développement démocratique des pays africains. II)Défi démographique Le deuxième défi d’avenir pour l’Afrique est démographique. De nombreux auteurs n’ont pas apprécié de rendre la démographie responsable du sous-développement, alors qu’à leurs yeux, le lien de causalité est l’inverse. Alors comment relever le défi de la démographie, notamment dans le domaine de l’éducation, de la santé et de l’emploi ?  Aujourd’hui, le taux de croissance démographique est très élevé et évolue plus rapidement que le taux de création d’emploi. La croissance rapide de la population active dépasse l’offre d’emplois et rend donc l’accès difficile à l’éducation, aux soins et à l’emploi. L’éducation est certainement l’élément le plus déterminant pour la construction d’un individu et la clé principale de son épanouissement présent et futur. Aussi, l’immense potentiel de la population africaine ne peut devenir un réel atout dans la compétition mondiale sans la formation et l’éducation de qualité. Certes, l’Afrique a connu une amélioration substantielle dans l’augmentation de son capital humain, mais elle demeure malgré tout un continent à fort niveau d’inégalités en termes d’accès à une éducation de qualité. D’après l’UNESCO, 59 millions d’enfants ne sont aujourd’hui pas scolarisés et plus de la moitié vivent au sud du Sahara. A titre d’exemple, au Niger, la moyenne d’âge de la population est inférieure à 15 ans. Ainsi, ce pays est donc confronté à des populations jeunes et non éduquées, 55 % des enfants ne vont pas à l’école primaire dans cette zone, et près de la moitié des 45 % restant en sortent analphabètes. Le système éducatif au Niger est en réel difficulté, avec en plus une jeunesse n’ayant pas de réelle perspective d’emploi. En matière de santé, et malgré des avancées indéniables pour la santé des populations dans les dernières décennies, le continent continue de faire face à des défis sanitaires importants : des pandémies répétées et à un manque de sensibilisation aux gestes de prévention indispensables. Le coût élevé des soins représente quant à lui un obstacle majeur à la guérison, ce qui fait des millions de personnes basculent inutilement dans la pauvreté à cause des dépenses de santé coûteuses.   Aujourd’hui, l’Afrique a tout intérêt, à réguler sa population par le planning familial, par l’espacement des naissances, par l’éducation des filles, par l’instauration de pensions de retraite pour les personnes âgées…     II) Le défi de gouvernance L’un des principaux obstacles qui empêchent les pays africains d’atteindre son développement réside dans la mauvaise gouvernance. La mauvaise gouvernance consiste dans le manque d’institutions fortes et dans des politiques publiques visant les intérêts d’un petit nombre d’individus, notamment les gouvernements et les sociétés multinationales, laissant peu de bénéfices aux populations locales. Partout en Afrique, la notion de bonne gouvernance prend des allures de slogan de campagne électorale ou de projet de société, très souvent vide de contenu et destinée à donner une bonne image du régime à la communauté internationale et aux bailleurs de fonds internationaux, qui font très souvent semblant d’y croire. Pour remédier à cette situation, il est essentiel de garantir la bonne gouvernance dans la gestion des affaires publiques, notamment en rendant publics les contrats d’exploitation et en renforçant les mécanismes de surveillance et de contrôle. Le remède de sous-développement se trouve donc dans les meilleures pratiques de gouvernance. Il est important de s’assurer que le plus grand nombre d’Africains bénéficie du développement économique actuel et futur. Ce souhait ne peut se réaliser que sous l’égide de politiciens compétents et honnêtes, des qualités qui sont loin d’être la règle en Afrique, plus particulièrement en Afrique francophone. La corruption ainsi que ses différentes déclinaisons (clientélisme, recrutement politique, favoritisme, népotisme, etc.) représentent un obstacle de taille devant l’instauration d’une véritable gouvernance, aussi bien institutionnelle qu’économique.      III)Le défi climatique Pendant longtemps, l’Afrique a semblé ne pas être concernée par les problèmes d’environnement et de pollution. L’immensité des espaces (contrairement à l’Europe), la faible densité de population (contrairement à l’Asie du Sud-Est), la très faible industrialisation (contrairement aux USA ou à la Chine), etc : beaucoup de facteurs pouvaient laisser penser qu’elle restait en quelque sorte à l’écart de ces problèmes de pays « riches », de « développés », de « surpeuplés », d’« industrialisés ». Il n’en n’est rien. L’Afrique est tout à fait concernée par les problèmes d’environnement et de pollution. Les pays africains sont confrontés à un défi important : celui du développement. Nombre d’entre eux possèdent des ressources naturelles et minières qui pourraient les aider à se développer mais leur exploitation abusive provoque des catastrophes pour la nature. Ainsi, l’exploitation intensive des ressources et la dégradation de l’environnement constituent deux graves menaces pour l’Afrique

LIRE LA SUITE

L’Afrique un continent dévasté par les conflits. Par Abdeljalil Aboulmajd

L’Afrique fait face aujourd’hui à des défis considérables : les conflits interétatiques, la persistance de violence, les chocs économique et géopolitique et aussi le défi de la gouvernance et de la consolidation des Etats. Afin de mieux répondre aux conflits en Afrique, Il est primordial de comprendre ces causes. Les causes des guerres interafricaines Les conflits armés en Afrique sont principalement de nature intra-étatique et interétatique. Parmi les causes extérieures à l’Afrique figure le colonialisme, sous ses différentes formes. Quant aux causes spécifiquement africaines, elles sont essentiellement les suivantes : diversité des situations économiques, querelles de personnes et d’idéologie, tribalisme et l’extrémisme religieux, . Une des premières manifestations concrètes du colonialisme dans le domaine des relations internationales fut la signature du traité de Berlin en 1885. Pour nombre d’auteurs, le simple fait que 44% des frontières africaines suivent les méridiens ou les parallèles et que 30% constituent des lignes droites ou courbes témoigne de leur aspect arbitraire. Quinze États sont enclavés, nombre supérieur à toute autre région du globe, et pas moins de 177 groupes ethniques ou culturels ont été partagés. À l’inverse, certaines d’entre elles n’ont pour ainsi dire pas été démarquées du tout. Tel est le cas d’une majeure partie de la frontière commune au Nigeria et au Cameroun. Afin de faire face aux défis posés, les dirigeants d’États nouvellement indépendants ont pris un certain nombre de mesures politiques et juridiques : en premier lieu, la légitimation des frontières coloniales par l’OUA, qui imposa, dans la résolution signée au Caire en 1964, de «respecter les frontières existant au moment où les États ont accédé à l’Indépendance nationale». Le principe de l’intangibilité est ainsi érigé en dogme et sera ensuite repris par l’UA qui l’inscrit dans l’article 4 de son Acte constitutif. En effet, malgré l’inscription de la notion d’«intangibilité» dans les textes fondateurs de l’UA, l’idée selon laquelle une frontière est immuable est démentie par la réalité du monde, que ce soit en Afrique ou ailleurs. Les tracés actuels peuvent en revanche perdurer et sont appelés à rester tels qu’ils ont été définis par le passé ; les modifier serait une entreprise à l’issue incertaine, d’autant plus que les organisations intergouvernementales internationales, régionales et sous régionales resteront peu disposées à porter atteinte à la souveraineté et à l’intégrité territoriale des États. II) La guerre contre le développement Depuis l’indépendance de la plupart des pays d’Afrique de 1956 à 1975, le nombre de conflits qu’a connus le continent est presque impossible à déterminer. Un ensemble complexe de tensions, d’affrontements ouverts ou couverts semble marquer l’Afrique. Rien sans doute ne menace plus le développement du continent que ces conflits interétatiques. Plusieurs auteurs à travers des études pertinentes soutiennent cette affirmation confirmée par diverses sources. Pascal Chaigneau indique que «sur trente-quatre conflits recensés par les polémologues, près de la moitié ont pour théâtre l’Afrique sub-saharienne ». Kouassi Yao ne dit pas autre chose : « Depuis 1952, l’Afrique se présente comme une des zones les plus dynamiques en matière de conflictualité avec près de 80 conflits de toutes sortes ». Quant à Philippe Hugon, il précise qu’«en l’an 2003, 20% de la population africaine et quinze pays étaient concernés par la guerre ». Les dernières années Trois foyers de conflits sont particulièrement actifs en Afrique : l’un s’étend du Nigéria à la Corne de l’Afrique en passant par le Tchad et le Soudan ; l’autre se situe dans la région des Grands Lacs, couvrant la République démocratique du Congo, l’Ouganda et la République Centrafricaine. Au sein de ces zones, il est très difficile à un pays pris isolément de rompre ce cycle de violence sans une résolution plus large à l’échelle régionale. Enfin le Sahel est devenu la troisième zone de conflits aux confins de l’Afrique subsaharienne et du Maghreb marqué par le conflit du Sahara occidental opposant le Maroc au Polisario. Au sein de ces zones, on peut différencier huit conflits ouverts : ceux de la RDC, du Soudan, et des pays voisins, Tchad, RCA et Ouganda, ceux de Somalie, celui entre l’Éthiopie et l’Érythrée et au Mali. Il faut y ajouter les crises nationales pouvant dégénérer en conflits ou tensions régionales (mouvements Touaregs et islamistes dans l’arc saharo-sahélien, MNED au Nigeria), les mouvements séparatistes (Polisario au Sahara, Flec à Cabinda, en Casamance) ; les tensions ethnico-religieuses pouvant resurgir (Burundi, Kikuyu et nilotiques au Kenya, Liberia, Sierra Leone, Peuls et Malinké en Guinée, Akan, Bété et Dioula ou Senoufo en Côte d’Ivoire…). Toutefois et malgré les progrès enregistrés ces dernières années notamment dans des pays comme l’Angola, la Sierra Leone et le Libéria, l’Afrique demeure l’une des régions les plus frappées par les conflits au monde, le nombre de conflits s’étant accru au cours des récentes années, bien qu’ils soient moins violents que dans le passé. Conclusion : De ce qui précède, il ressort que la paix, la sécurité, la démocratie, la bonne gouvernance ainsi que la bonne gestion économique sont les conditions nécessaires pour le développement de l’Afrique. Il faut donc aborder les problèmes créés par la guerre, les conflits et la prolifération d’armes en Afrique, ainsi que la promotion de la paix et de la stabilité sur le continent africain. Conflits, guerres, insécurité constituent des obstacles au développement et devaient être extirpés en vue d’un développement durable. Pour aller plus loin : -Déborah Guidez « La viabilité des frontières africaines au regard des revendications d’ordre identitaire » Institut Royal Supérieur de Défense, Centre d’Etudes de Sécurité et Défense Bruxelles 2015. -Hanspeter Strauch : l’O.U.A. et les conflits frontaliers dans Le mois en Afrique, n° 22 d’octobre 1967. -Lefebvre Camille, « L’Afrique n’est pas victime de ses frontières ! », Le Monde, 06/04/2015. -Pascal Chaigneau «Pour une typologie des conflits africains » in Des conflits en mutation? : De la guerre froide aux nouveaux conflits, Actes du colloque de Montpellier, 6-9juin 2001. -Philippe HUGON « Les conflits armés en Afrique : apports, mythes et limites de l’analyse économique » in revue Tiers Monde, t. XLIV, N° 176, octobre-décembre 2003.

LIRE LA SUITE

D’un monde bipolaire à un monde multipolaire Aboulmajd Abdeljalil

  « L’ancien monde a déjà disparu, le nouveau monde n’est pas encore là » aimait à dire Antonio Gramsci en se référant à la période de l’Europe dans l’entre-deux-guerres. Cette formule se prête à merveille à décrire l’époque actuelle issue des bouleversements internationaux des années 1989/1991 qui ont marqué la fin du monde de l’après-guerre et le clivage entre les deux blocs. Alors qu’on commençait à croire à une « fin de l’histoire » (Fukuyama), un nouvel ordre mondial ainsi que de nouveaux dangers apparaissent. I) Un monde unipolaire dominé par les États-Unis après la chute du mur de Berlin : La puissance d’un Etat est déterminée par sa capacité à tirer parti de la combinaison de différents facteurs (poids démographique, superficie, ressources naturelles, richesse économique, capacités militaires, poids dans les institutions internationales, rayonnement culturel, capacité d’innovation) pour imposer sa volonté aux autres Etats. [Joseph Nye, Raymond Aron au sujet de la puissance offensive, Max Weber]. Pendant, la guerre froide on pouvait distinguer deux superpuissances capables d’affirmer leur influence partout dans le monde. Au sortir de la guerre froide, les Etats unis pouvaient être tentés de s’affirmer comme une hyperpuissance, pour reprendre l’expression de l’ancien ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine, c’est à dire une puissance sans rivale, capable d’imposer son hégémonie, sa domination sans partage. Le 11 septembre 1990, Georges Bush père annonce l’instauration d’un nouvel ordre mondial ( » New World Order « ). Il désigne ainsi la mise en place d’un monde de paix et d’harmonie à l’issue de la guerre froide. Implicitement, les EU apparaissent dans ce discours comme les garants reconnus par tous les gouvernements et toutes les institutions de cette nouvelle ère. Il faut dire que le contexte semble alors lui donner raison. Pendant l’automne 1990, se forme une vaste coalition autour des USA. Elle est mandatée par l’ONU pour rétablir les droits du Koweït envahi par l’Irak en aout. C’est la guerre du golfe. La tentation d’une hégémonie est alors grande. Certains politologues développent alors la « théorie de l’empire global » selon laquelle l’ordre mondial pourrait être administré de façon unilatérale par une seule puissance : les Etats-Unis. II Après la tentation d’un monde unipolaire dominé par les États-Unis : La période des années 1990 marque la fin du monde de l’après-guerre et le clivage entre les deux blocs. Alors un nouvel ordre mondial se met en place avec la fin de la guerre froide, les États Unis n’ont    plus de rivaux et sont les seuls capables d’exercer une influence mondiale dans tous les domaines.  Toutefois, ce «nouvel ordre mondial» (formule utilisée par le président des États-Unis G. H. Bush en 1990) laisse émerger de nouvelles conflictualités, de nouvelles menaces et de nouveaux équilibres internationaux. La remise en question de l’hyperpuissance américaine, manifeste lors des attentats du 11 septembre 2001, l’affirmation d’un monde multipolaire et la multiplication des conflits et tensions, caractérisent le début du XXIe siècle. Ainsi, le contexte post-11 Septembre change quelque peu la donne. Malgré la suprématie militaire des Etats-Unis dans le monde et leur domination sur la structure de sécurité internationale, les interventions armées en Afghanistan et en Irak ont occasionné un cout économique, politique et militaire considérable pour la puissance américaine. III Vers un monde multipolaire : La disparition du système bipolaire a laissé un vide de pouvoir dans certaines régions du monde, donnant lieu à une série de conflits et de tensions. Les anciens états tampons entre l’Est et l’Ouest ont dû trouver leur propre voie, parfois en déclenchant des conflits internes ou en devenant des points de friction entre les nouvelles puissances émergentes. Dans certains cas, la fin de la Guerre Froide a ouvert la voie à des tensions ethniques ou politiques qui étaient auparavant réprimées par la structure du pouvoir bipolaire. Les conflits dans les Balkans dans les années 1990 sont un exemple frappant, où les tensions ethniques ont dégénéré en violence à grande échelle après la chute du communisme. En outre, dans certaines régions comme le Moyen-Orient, le vide de pouvoir a exacerbé les rivalités régionales et a conduit à une augmentation des conflits et de l’instabilité. En l’absence d’un équilibre clair du pouvoir, plusieurs pays ont cherché à étendre leur influence, souvent par des moyens militaires. Dans l’ensemble, la transition vers un monde multipolaire a apporté de nouvelles complexités et défis en termes de relations internationales, alors que les nations naviguent dans cette nouvelle dynamique de pouvoir.  Ainsi, la transition vers un monde multipolaire ne sera pas sans défis. Déjà de nombreux conflits régionaux ont éclaté, souvent en raison de rivalités de pouvoir ou de ressources. Par exemple, les guerres en Irak et en Afghanistan ont été en partie le résultat de la lutte pour le contrôle des ressources pétrolières et gazières. De même, les tensions entre les États-Unis et la Russie ont continué à se manifester, notamment en raison de désaccords sur des questions telles que l’expansion de l’OTAN et la question de la Crimée. Le passage à un monde multipolaire reste un processus en cours et l’avenir de ce nouveau système international est incertain. Les tensions entre les grandes puissances, les conflits régionaux, et les défis mondiaux comme le changement climatique et la prolifération nucléaire continueront à façonner l’équilibre du pouvoir mondial dans les années à venir. Conclusion Le monde au 21é siècle sera-t-il unipolaire ? Bipolaire ? Ou multipolaire ? Dans le domaine technologique, on voit un monde bipolaire sino-américain, sans guerre directe, mais dans le cadre d’une mondialisation négociée. C’est le grand retour des Etats-nations avec Beijing et Washington qui dominent l’Economique et le Politique. Ceci à court terme de 2020 à 2050. Mais à plus long terme, de 2050 à 2100, c’est un monde multipolaire qui pourrait émerger avec l’Inde et l’Afrique comme acteurs importants aux côtés de l’Europe, la Chine et des Etats-Unis. Bref, le monde change, nous devons changer avec. Le véritable atout de l’Afrique, c’est sa jeunesse qui doit être éduquée et formée. Pour aller plus loin –Thierry Garcin  «Un monde multipolaire, vraiment ? »  Diploweb.com le 4 janvier 2014. –  Sebastian Santander, Sylvain F. Turcotte, Mathieu Arès « L’émergence de nouvelles puissances : vers un système multipolaire » Editions-ellipses, Paris 2009. -Samir Amin « Pour un monde multipolaire » Editions Syllepse, Paris, 2005.

LIRE LA SUITE

La sécurité alimentaire est un enjeu de souveraineté pour l’Afrique Par Abdeljalil Aboulmajd

« L’homme qui a faim n’est pas un homme libre » Félix. Houphouët-Boigny. La crise sanitaire, suivie de la guerre en Ukraine, a durement impacté l’économie mondiale. La croissance a reculé et l’inflation a explosé. Les pays développés ont résisté à ces chocs alors que ceux de l’Afrique continuent d’en souffrir. Le fossé s’est ainsi creusé entre les pays riches et les pays pauvres. Dans ce contexte la sécurité alimentaire est mise à rude épreuve. Changement climatique, augmentation démographique et épuisement des ressources naturelles viennent faire vaciller les efforts mis en œuvre pour lutter contre l’insécurité alimentaire et les problèmes de nutrition. Les questions auxquelles nous essaieront de répondre sont les suivantes : Qu’est -ce que la sécurité alimentaire ? Qu’est-ce que la souveraineté alimentaire ? Pourquoi la sécurité alimentaire est un enjeu pour l’Afrique ? I) Qu’est-ce que la sécurité alimentaire ? Le droit à l’alimentation est reconnu par la charte universelle des droits de l’homme des Nations Unies de 1948. Il s’inscrit aujourd’hui dans le cadre plus précis de l’alimentation durable et de la sécurité alimentaire et nutritionnelle définies par la FAO en 2010 et 2012. Ce droit se trouve implicitement présent dans la plupart des 17 objectifs de développement durable à l’horizon 2030 adoptés par l’Assemblée Générale des Nations Unies fin 2015. Telle que définie par le Comité de la Sécurité Alimentaire mondiale la sécurité existe lorsque « tous les êtres humains ont, à tout moment, la possibilité physique, sociale et économique de se procurer une nourriture suffisante, saine et nutritive leur permettant de satisfaire leurs besoins et préférences alimentaires pour mener une vie saine et active. ». Elle repose en ce sens sur quatre piliers : l’accessibilité, la disponibilité, la qualité et la stabilité, du pouvoir d’achat notamment. II) Qu’est-ce que la souveraineté alimentaire ? La question de souveraineté alimentaire est au cœur des préoccupations des pays africains. La pandémie liée à la Covid-19 et la guerre en Ukraine ont mis à nu les fragilités des Etats africains en la matière. Une problématique saillante est ainsi apparue : la dépendance vis-à-vis de l’étranger, particulièrement en ce qui concerne le blé. De façon générale, La souveraineté alimentaire peut se définir comme la faculté de déterminer librement pour un Etat ou un peuple ce qu’il doit produire sur le plan alimentaire. La notion établit un lien entre peuple souverain et production agricole. Le droit à l’alimentation peut se lire ainsi comme une manifestation du retour de l’État-nation souverain. Par contre, la sécurité alimentaire serait de l’ordre du court terme. Il faut satisfaire les besoins immédiats et nutritionnels des populations, manger au quotidien à sa faim, boire une eau saine et de qualité, et se soigner.  Mais en vérité, il n’y a pas de contradiction ou d’opposition entre les deux concepts, il y a plutôt une articulation voire une complémentarité entre les politiques de souveraineté et de sécurité alimentaire. On parlerait de sécurité/souveraineté alimentaire, pour monter qu’il ne peut y avoir l’une sans l’autre pour des soucis de cohérence d’une politique alimentaire et nutritionnelle globale. Ainsi, en Afrique nourrir une population toujours plus importante impliquera la multiplication par trois de la production agricole africaine d’ici 2050.  Le lien étroit entre sécurité alimentaire et hausse des températures, ainsi que la capacité à faire face à la dégradation des écosystèmes, constituent dans ce siècle l’un des enjeux majeurs en Afrique. Pour cela, il convient à la fois réduire les pertes et accroitre les rendements. Il est également essentiel de maintenir un mode d’agriculture à faible impact environnemental, non plus uniquement en limitant l’utilisation des pesticides ou des méthodes agricoles intensives, mais aussi grâce aux leviers que proposent dès aujourd’hui les nouvelles technologies. Des solutions existent pourtant. Ainsi, pour affermir l’agriculture africaine, il convient de renforcer le droit de propriété, protéger les filières locales, instaurer de nouveaux mécanismes de financement, et investir dans les infrastructures. Autant de points pour lesquels l’intégration régionale peut apporter une réponse décisive. III) La sécurité alimentaire : un enjeu stratégique La lutte contre l’insécurité alimentaire constitue une priorité affichée en termes de droits humains, pour le développement et la stabilité du monde. En Afrique malgré les progrès réalisés dans de nombreux pays, l’Afrique reste le continent le plus affecté par l’insécurité alimentaire en termes de proportion de la population concernée. A n’en pas douter, la sécurité alimentaire sera l’un des grands enjeux du continent tout en long de ce siècle. D’ailleurs, d’ici à 2050, 60 % de l’augmentation de la population mondiale se produira en Afrique, et le continent africain sera le seul dont la population rurale aura continué à croître (+ 35 %).   Le Nigeria pourrait compter 800 millions d’habitants à la fin du siècle. L’Afrique devra satisfaire une demande alimentaire qui sera supérieure de plus de 160 % à ce qu’elle est aujourd’hui. Avec l’augmentation de la population d’ici 2050, le défi est de taille, si l’on en croit les chiffres communiqués par la BAD. A l’échelle mondiale, 828 millions de personnes souffrent de la faim, dont 249 millions, soit un tiers, se trouvent en Afrique.  Bien qu’il dispose de 65% des terres arables restantes pour nourrir 9 milliards de personnes dans le monde d’ici 2050, le continent importe plus de 100 millions de tonnes métriques de nourriture pour un coût de 75 milliards de dollars par an. Pourtant, l’Afrique dispose d’un potentiel à la hauteur du défi. Elle importe jusqu’à 85 % de ses denrées, alors qu’elle dispose de plus de 700 millions d’hectares de terres arables non exploitées. Deux fois la superficie de la zone UEMOA… Elle a à sa disposition parmi les plus grands fleuves du monde (Nil, Congo), mais seulement 3 % de ses terres sont irriguées, contre plus de 20 % dans le monde. Son sous-sol regorge de très importants gisements de phosphates (Maroc, Sénégal, Togo, Algérie…), mais la consommation d’engrais y est dérisoire (13 kg par hectare, contre 190 kg en Asie de l’Est selon la FAO). L’Afrique est la seule région au monde où la production agricole par habitant a baissé ces deux dernières décennies, avec des rendements à l’hectare en moyenne

LIRE LA SUITE

La Norvège futur leader mondial des phosphates devant le Maroc ? Par Aboulmajd Abdeljalil

Récemment un énorme gisement souterrain de phosphorite de haute qualité vient d’être découvert en Norvège. Il est considéré comme le plus important au monde et suffirait à satisfaire la demande mondiale d’engrais, de panneaux solaires et de batteries de voitures électriques au cours des 100 prochaines années, selon l’entreprise qui exploite la ressource.  Le Maroc a donc un sérieux concurrent au niveau international. D’une quantité estimée à 70 milliards de tonnes au moins, le gisement pourrait répondre aux besoins mondiaux en phosphore. Selon un rapport publié début juillet sur Ecofin Pro, si le potentiel de ce projet se matérialisait, l’économie marocaine en serait négativement affectée. Et même si de nombreux analystes estiment que les ressources norvégiennes ne sont pas confirmées dans les proportions annoncées, il ne fait aucun doute que Norge Mining est sur un projet majeur capable de bousculer les hiérarchies mondiales. Par ailleurs, le fait que ce concurrent de l’OCP soit européen, avec un libre accès aux différents marchés de l’Union, pourrait également priver le Maroc d’un client important représenté par l’UE. Le royaume chérifien est le premier fournisseur de phosphate de la zone euro, loin devant la Russie (16%). Cela dit, il faudra du temps pour concrétiser ce potentiel, ce qui devrait être mis à profit par le Maroc pour réajuster leurs stratégies commerciales. Les phosphates constituent le principal produit de l’exploitation minière marocaine. Avec des réserves estimées à 50 milliards de tonnes, le Royaume a produit 38 millions de tonnes en 2021. Le Maroc, en effet, est actuellement le deuxième producteur mondial de phosphates, après la Chine. Les phosphates sont en effet le principal produit du secteur minier marocain, qui représentait en 2020 plus de 20% des exportations et environ 10% du PIB. Le Maroc est le pays qui dispose des plus grandes réserves de la matière première utilisée dans les engrais, mais aussi dans l’énergie (panneaux solaires) et l’automobile (pour les véhicules électriques). D’après l’United States Geological Survey (USGS) les réserves marocaines s’élevaient à 50 milliards de tonnes en 2022, soit plus de 70% des 71 milliards de tonnes de réserves mondiales connues à cette date. Dans le monde arabe le Maroc, occupe la première place dans le classement de l’Institut américain de géophysique « US Geological Suvery« , tandis que la Jordanie occupe la deuxième place avec une production de 10 millions de tonnes, l’Arabie saoudite la troisième avec 9 millions de tonnes, l’Égypte la quatrième avec 5 millions de tonnes , et la Tunisie au cinquième rang avec 4 millions de tonnes. En terme de production, le Maroc est le troisième producteur mondial derrière les États-Unis et la Chine. Bien que le Royaume exploite une grande variété de métaux et minéraux, c’est l’exploitation des phosphates qui prédomine le secteur minier au Maroc. Il faut savoir que l’exploitation du phosphate Maroc revient à l’Office chérifien des phosphates (OCP) qui occupe une place particulière dans l’histoire industrielle du Maroc.

LIRE LA SUITE