La connaissance, enjeu politique et géopolitique

Conscients de l’importance des savoirs dans la mise en œuvre d’une politique de puissance, les États cherchent à mettre en place des politiques de développement de la recherche et de l’innovation pour accroître leur prospérité économique, asseoir leur supériorité militaire mais aussi étendre leur influence culturelle. Entre rivalités et coopération, la connaissance devient un enjeu fondamental pour les relations internationales. Quelles sont les relations entre savoir et pouvoir ? Pourquoi et comment les États se saisissent-ils de l’enjeu de la connaissance ? Comment l’économie de la connaissance influe-t-elle sur les relations internationales ? La connaissance au service de la décision A. Un pouvoir éclairé L’action politique est le fruit d’un processus de décision des détenteurs de l’autorité. Pour ce faire, les gouvernants s’entourent de conseillers et de savants dont les connaissances servent à éclairer leurs choix. Dans une démocratie, les débats agitent l’opinion, influencent le pouvoir et légitiment les décisions. À partir du XIXe siècle, dans le cadre des transformations industrielles, sciences et techniques construisent un modèle de développement lié aux progrès de la connaissance.  Dans les sociétés contemporaines, les démocraties sont entrées dans un processus de «scientifisation du politique» où le rôle des experts prend de plus en plus d’importance face à la complexité des problèmes de société. Par exemple, les questions environnementales actuelles offrent une large place à la consultation de scientifiques. B. Savoir et critique La connaissance peut être utilisée pour influencer l’opinion publique. À partir des années 1970, dans le cadre des débats autour de la résolution de la crise économique mondiale, des think tanks sont créés pour diffuser des idées néolibérales dans les pays industrialisés. Ils souhaitent remettre en cause les principes keynésiens qui dominaient le monde universitaire et politique depuis l’après-guerre. Des associations, des journalistes ou des lanceurs d’alerte sont également sources et vecteurs de nouveaux savoirs. En 1991, une journaliste révèle ainsi qu’en France, le Centre national de transfusion sanguine a distribué sciemment, entre 1984 et 1985, des produits sanguins contaminés par le virus du sida à des hémophiles. Une enquête s’ouvre et d’anciens ministres sont jugés en 1999. II- La connaissance, instrument de contrôle A. Des données pour l’action politique L’extension des fonctions de l’État au cours des XIXe et XXe siècles entraîne le développement de la bureaucratie. La mise en place de politiques sociales, fiscales ou monétaires exige une administration chargée entre autres de collecter des données précises pour mettre en œuvre des mesures efficaces. La collecte de données peut également répondre à des logiques de sécurité. Au début des années 2000, pour lutter contre le terrorisme, la NSA met au point l’opération Stellar Windqui permet d’avoir accès aux téléphones et ordinateurs portables des Américains. En 2013, l’informaticien de la NSA Edward Snowden révèle à la presse la réalité de cette surveillance de masse. B. Le contrôle des connaissances dans les régimes autoritaires Chaque régime autoritaire contrôle la production et la diffusion des connaissances par la censure. L’accès aux sources de connaissances est restreint : l’accès aux archives est sévèrement limité et l’usage libre d’Internet empêché, comme en Chine. Les scientifiques travaillent sous le contrôle étroit de l’État. Ils peuvent subir de fortes contraintes ou représailles s’ils manifestent leur désaccord avec le régime. L’État recueille les informations afin d’empêcher toute forme d’opposition au régime. En République démocratique allemande (1949-1990), la Stasi contrôle le courrier et les conversations téléphoniques ou pratique des filatures de milliers d’individus au quotidien. III- La connaissance au service du hard power A. La science, une arme de guerre Depuis l’avènement des guerres industrielles, la supériorité technique des armements est fondamentale. À partir de la Seconde Guerre mondiale, militaires et scientifiques collaborent activement. Les innovations trouvent leur application immédiate, tels le radar, le sonar ou encore le caoutchouc synthétique. L’arme nucléaire est conçue dans le cadre du «projet Manhattan» qui rassemble des scientifiques allemands réfugiés, des savants et l’État-major américains. L’innovation scientifique et technologique joue un rôle majeur au cœur des armées. Au cours des années 1990, ce que l’on appelle la «révolution des affaires militaires» a pour objectif de réduire l’implication directe des individus dans le combat grâce aux recours à la technologie. L’usage des nanotechnologies, de l’intelligence artificielle, de drones autonomes de combat s’est développé dans les armées. Ainsi, la maîtrise du savoir informatique est devenue un enjeu fondamental pour mener des cyberattaques. Les services de renseignement américains et israéliens ont ainsi lancé le virus informatique Stuxnet pour saboter le programme nucléaire iranien en 2010. B. Le rôle du renseignement Le renseignement assure une fonction essentielle pour la sécurité de l’État. Si le renseignement intérieur peut permettre de prévenir les actes criminels, le renseignement extérieur permet d’assurer la protection du territoire contre des actes venus des puissances étrangères, d’anticiper les décisions de celles-ci et d’adapter sa politique étrangère. Lors de la guerre froide, les services de renseignement des grandes puissances se sont montrés particulièrement actifs pour tenter de déstabiliser leur adversaire. Les services de renseignement peuvent aller jusqu’à produire une connaissance factice. L’opération Fortitude lors de la Seconde Guerre mondiale en est un exemple. Pour permettre le débarquement en Normandie, les Britanniques ont mené une vaste opération de falsification pour convaincre les nazis d’une attaque alliée dans le Pas-de-Calais. IV- Économie et connaissance A. Connaissance et croissance L’innovation est considérée comme un des moteurs de la croissance économique. Selon l’économiste Joseph Schumpeter (1883-1950), les cycles de croissances et de crises sont articulés autour des innovations selon le processus de destruction créatrice. Les vidéos sous format VHS ont ainsi disparu du marché pour être remplacées par les DVD puis par la VOD, qui modifie les objets et pratiques de consommation. La production de nouvelles technologies devient centrale dans le système économique. Pour le chercheur américain contemporain Paul M. Romer, ce ne sont plus les ressources naturelles ou la démographie qui génèrent la croissance mais la production et la diffusion de connaissances et de savoir-faire. B. L’économie de la connaissance Selon l’économiste autrichien Fritz Machlup (1902-1983), le système économique est désormais celui de l’économie de la connaissance.

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Démocratie en Afrique : quels défis ?

La démocratie est un idéal et un objectif, fondé sur des valeurs fondamentales et communes à tous les peuples de la planète, indépendamment des différences culturelles, politiques, sociales ou économiques. Parmi ces valeurs essentielles : l’inviolabilité de la dignité humaine, le respect des droits de l’homme, la justice sociale et la responsabilité individuelle des citoyens. Aujourd’hui, l’Afrique se trouve confrontée à de nombreux défis qui rendent son avenir compliqué, dont notamment la démocratie. Alors pourquoi la démocratie semble poser problème dans un bon nombre d’Etats africains ? La question de la démocratisation des pays africains génère des débats intenses depuis des décennies.  D’un côté, il y a les avocats indéfectibles de la démocratie, qui estiment que cette dernière n’est pas négociable. De l’autre, on  trouve les partisans des modèles de développement autoritaires à l’image de la trajectoire empruntée par Lee-Kuan Yew à Singapour, les nouveaux pays industrialisés (NPI) de l’Asie du sud-est, ainsi que certains d’Amérique latine comme le Chili, le Mexique et l’Argentine. En Afrique, le processus de démocratisation de l’Afrique est marqué depuis les années 90 par un élan de démocratisation traversant presque tout le continent. De nouvelles constitutions ont été adoptées consacrant le pluralisme politique, la proclamation des droits de l’homme et l’émergence d’une multitude d’associations appartenant à la société civile. Partout, cependant, un processus démocratique est à l’œuvre, qui s’incarne dans des mouvements, des associations, des intellectuels, plus que dans les institutions. Certains pays africains ont accompli des progrès significatifs sur la voie de la démocratisation, mais l’expérience est encore jeune et fragile, donc réversible. Les résistances rencontrées démontrent que les perspectives prometteuses que l’ouverture démocratique avait laissé entrevoir au début des années 1990 semblent être dans une impasse préoccupante. Certes, l’Afrique est devenue un vaste chantier constitutionnel depuis le début des années 1990. Mais l’apprentissage de la démocratie demande du temps et doit encore vaincre des résistances multiformes. L’État de droit est mis à mal dans certains pays par des velléités de retour à l’autoritarisme, les expériences sont fragilisées par la persistance de conflits armés et des coups d’États, ainsi que des élections mal préparées ou manipulées qui ont fait sombrer plus d’un pays dans la tourmente. Ainsi, l’Afrique se retrouve à un nouveau palier de son évolution politique. «La démocratisation par l’élection», principal acquis des mobilisations des forces pro-démocratiques au début des années 1990, a montré ses limites, avec notamment l’instrumentalisation des scrutins par les gouvernements en place. Pour l’analyste Vincent Hugeux «l’élection ne fait pas la démocratie. Laquelle suppose un système éducatif efficace, une justice indépendante, une administration impartiale, une presse libre, le respect du droit des minorités et un minimum de sécurité, physique comme alimentaire». De même, la démocratie électorale n’est donc pas synonyme de réussite économique. Au contraire, même : pour des États en construction, comme ceux d’Afrique, la démocratie électorale peut plutôt promouvoir la corruption, le clientélisme, voire la fragilisation de ces États. Il en résulte une mauvaise allocation des ressources vers les activités non productives, laquelle freine le développement économique. Dans  ce cadre, le sociologue Alain Touraine estime que  le développement n’est pas la cause, il est la conséquence de la démocratie. Ainsi, dans plusieurs pays africains, les gouvernements se sont révélés incapables de satisfaire les demandes des populations. L’euphorie a alors cédé la place à la désillusion et à la frustration. C’est dans ce contexte social que les coups d’État militaires font  de nouveau irruption un peu partout sur le continent africain. L’incapacité des gouvernements démocratiques à promouvoir le développement économique et à faire respecter l’ordre et la loi est le principal argument invoqué par les juntes militaires. Samuel Huntington avait pourtant averti dès 1991 que les problèmes qui affecteraient à l’avenir les rapports entre les gouvernements civils et l’armée dans les jeunes démocraties viendraient plus probablement des civils que des militaires. Au regard de ce qui précède l’Afrique a plusieurs défis à relever en matière de démocratisation. Dans son ouvrage  «Quelle Démocratie pour l’Afrique? »  Tshikala K. Biaya soulevait les défis suivants pour la réussite de la démocratie en Afrique : Les nouvelles constitutions des pays démocratiques sont rarement tournées vers l’avenir; elles sont dirigées contre le retour du dictateur sacrifiant ainsi les possibilités d’ériger un État de droit démocratique, qui relèvera les défis du siècle et défendra les conditions locales dans la globalisation ;  La question des minorités n’est jamais arrimée aux grandes questions de la démocratie : les Banyamulenge, les Peuls et Toubou (Niger), la Casamance (Sénégal), les Twa au Rwanda et Burundi, etc. Beaucoup de constitutions ne protègent pas les minorités, notamment les femmes et les enfants, et la situation est pire si ces derniers sont illettrées en langue officielle (français, anglais, arabe, espagnole ou portugais);  l’expérience du Parlement européen devrait nous aider à penser à des parlements régionaux et sous-régionaux, comme l’indiquent déjà les dernières initiatives de la CEDEAO et de l’UEMOA. Ce parlement se donnerait comme le lieu d’un exercice politique supranational pour nos «politiciens» méritants après leur mandat. Cette option si elle ne supprime point la «peur de la perte du pouvoir qui est une caractéristique des leaders africains» au moins elle aura aidé à établir un garde-fou et à recourir à l’expérience des «anciens» modernes pour consolider les institutions démocratiques. Cette pratique créera une classe de «personnalités éminentes» que l’UA pourrait utiliser dans son mécanisme de prévention, gestion et résolution des conflits au niveau continental. En guise de conclusion la base de la démocratie, ce qui la fait vivre, ce qui lui confère légitimité et efficacité, c’est le débat citoyen, la délibération. Dans son ouvrage,  l’analyste Hervé Kempf estime que «Le cœur de la démocratie n’est pas le vote, mais la délibération, par laquelle, nous apprenons les uns des autres». La délibération s’enrichit de la diversité, les échanges font partager des conceptions du bien commun différentes. La délibération favorise la rationalité avec des prises de position et décisions réfléchies. Bref, « Lorsque le débat est perdu, la calomnie devient l’outil du perdant.  » Socrate. Pour aller plus loin :    -Alain Touraine «Qu’est-ce que la démocratie» Editions Fayard, Paris, 1994. -BIAYA, T.K

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L’internationalisation des droits de l’homme

L’histoire des droits de l’homme est aussi ancienne que celle du droit, qu’il s’agisse de coutumes non écrites ou de codes gravés dans la pierre. Enracinés dans des convictions religieuses ou philosophiques, souvent obtenus à l’issue de combats politiques ou de luttes sociales, les droits de l’homme,  » droits humains  » ou « droits de la personne humaine » expriment la reconnaissance de la dignité inaliénable de la personne humaine. En ce sens, les droits de l’homme trouvent leur source dans toutes les cultures qui, sous des formes diverses, affirment le respect de la dignité de  l’homme. Le point de départ d’un long et fastidieux processus d’internationalisation de la notion de droits humains est la Déclaration universelle des droits de l’homme adoptée au lendemain de la seconde guerre mondiale, le 10 décembre 1948, par les Nations unies. Cette Déclaration universelle a été suivie de plusieurs  conventions et traités internationaux, dont l’important pacte international de 1966 relatif aux droits civils et politiques et celui relatif aux droits économiques, sociaux et culturels. Les nombreuses conventions internationales ont progressivement élargi la sphère des droits humains. En ce début de siècle, il convient de distinguer trois grands types de droits : La première génération des droits de l’homme concerne les droits civils et politiques. Ils sont les plus anciennement identifiés. Ce sont des droits permettant à l’individu de se défendre contre les abus étatiques. On cite entre autres : le droit à la vie, le droit de ne pas être soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, le droit de ne pas être tenu en esclavage ni en servitude, ni d’être soumis aux travaux forcés, le droit à la liberté et à la sécurité de la personne, la liberté de circulation, le droit à un procès équitable, le droit à la vie privée, la liberté de pensée, de conscience et de religion, la liberté d’opinion et d’expression, le droit à l’égalité devant la loi et à la non-discrimination. La deuxième génération des droits de l’homme est relative aux domaines économiques, sociaux et culturels. Ils sont apparus en réaction à l’appauvrissement et à l’exploitation des populations au cours de l’industrialisation au XIXème siècle. On cite entre autres : le droit au travail, le droit à des conditions de travail justes et favorables, le droit de former des syndicats et de s’y affilier, le droit à la sécurité sociale, la protection de la famille, le droit à la santé, le droit à l’éducation. Enfin la troisième génération concerne le domaine des droits collectifs ou solidaires apparus dans les années 1970. On distingue : les droits des peuples à disposer d’eux-mêmes, au développement, à disposer librement de leurs richesses et de leurs ressources naturelles, à la paix, à un environnement sain, les droits des minorités nationales, ethniques, religieuses et linguistiques, les droits des populations autochtones. Certaines de ces conventions ont un caractère généraliste tandis que d’autres se concentrent sur des droits spécifiques ou sur certains groupes de personnes. La plupart de ces instruments ont été complétés par des protocoles facultatifs, qui détaillent de manière plus concrète les obligations des États. Des mécanismes internationaux de contrôle destinés à garantir le respect des droits humains sont fréquemment prévus. Par ailleurs, d’autres outils internationaux contrôlent le respect des conventions et protocoles. Tous ces mécanismes, composés d’experts indépendants, jouent un rôle fondamental dans la promotion et la protection des droits humains au niveau national. La Belgique, qui attache une grande importance à leur indépendance et à l’efficacité de leur fonctionnement, s’engage en faveur d’une coopération et d’un dialogue constructifs. Pour consolider ces droits, plusieurs régions du monde ont établi leurs propres systèmes, parallèlement à celui des Nations Unies. Ces systèmes complètent les mécanismes onusiens des droits de l’homme. Entre autres, on peut citer la Convention européenne des droits de l’homme (1951), la Déclaration américaine des droits et devoirs de l’homme (1948) et la Convention américaine des droits de l’homme (1969), la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples (1981), la Charte arabe des droits de l’homme (2004). Conclusion La mondialisation et l’internationalisation des droits de l’homme sont des réalités. Elles pénètrent le domaine constitutionnel, ce qui a des conséquences permanentes pour l’interprétation et l’application du droit constitutionnel. En effet, le juge national dans un nombre d’Etats toujours croissant applique les dispositions du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, de la Convention Européenne, de la Convention Américaine, de la Charte Africaine directement ratio decidendi ou au moins à titre d’aide pour l’interprétation des dispositions constitutionnelles correspondantes. C’est la tâche des juristes et surtout de juges et d’experts en droit constitutionnel d’assurer que l’internationalisation des droits de l’homme soit accompagnée par une internalisation authentique. Ils doivent faire en sorte que la culture internationale des droits de l’homme devienne une expression nationale et reflète les besoins et l’identité nationale. Pour cela il faut renforcer l’indépendance des institutions nationales de défense des droits de l’homme de façon à combler l’écart entre la loi et la pratique et à accroître la confiance du public dans ces institutions. Les droits de l’homme et l’ignorance.  

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Le monde du travail après la pandémie

De nombreuses entreprises, mais également des particuliers s’interrogent sur l’avenir du monde du travail après la pandémie de covid-19. Quelles seront les répercussions sur les emplois ? Quelles nouvelles compétences seront nécessaires ? Comment les entreprises et les particuliers peuvent-ils se préparer à l’après Covid-19 ? Un scénario semble plus que probable : après la pandémie de covid-19, le monde du travail fera face à davantage de perturbations et à un plus grand besoin de requalification des travailleurs. En effet, selon un rapport du McKinsey Global Institute (MGI), intitulé «The fututre of word after COVID-19» (« L’avenir du travail après la covid-19 », NDLR), rien qu’aux États-Unis, près de 17 millions de travailleurs devront changer d’emploi d’ici 2030. Le rapport précise qu’il ne s’agit pas simplement de changer d’employeur. Ces 17 millions de travailleurs devront complètement changer de poste, ce qui demande généralement plus de temps, engendre plus de perturbations et est plus susceptible de nécessiter une requalification. Par rapport aux données antérieures à la pandémie de covid-19, le nombre de travailleurs concernés par un changement de profession a augmenté de 28 %. La pandémie a généralisé trois grandes tendances visibles auparavant. Tout d’abord, elle a permis un recours plus important au télétravail, avec notamment davantage de réunions virtuelles et moins de déplacements professionnels. Ensuite, la pandémie a favorisé le commerce en ligne et les transactions virtuelles (achat en ligne et retrait en magasin, livraison à domicile, épicerie en ligne, enseignement en ligne et téléconsultation). Enfin, la crise sanitaire a permis d’adopter à plus grande échelle l’automatisation, notamment des entrepôts ou des usines de fabrication. Les entreprisses sont ainsi en mesure de faire face à des volumes plus importants d’achats en ligne et d’accélérer la production d’articles à forte demande (par exemple, les produits alimentaires, les boissons, le matériel électronique grand public, les masques et autres équipements de protection individuelle). I) L’évolution de la nature même du travail Le télétravail a connu une évolution radicale. Il est désormais certain que le travail à distance sera encore plus privilégié après la pandémie. Selon de récents sondages, 72 % des dirigeants d’entreprises affirment vouloir adopter un modèle de télétravail permanent. Parallèlement, 70 % des employés déclarent que la possibilité de travailler depuis chez eux, au moins pendant une partie de la semaine, est un critère essentiel dans le choix de leur prochain emploi. Selon le rapport du MGI, même après la fin de la campagne de vaccination et le retour à la normalité sur les lieux de travail, 22 % des emplois aux États-Unis pourront être effectués à distance pendant 3 à 5 jours par semaine, tandis que 17 % des emplois pourront être effectués à distance pendant 1 à 3 jours par semaine, le tout sans aucune perte de productivité. Enfin, 61 % des emplois pourront être effectués à distance pendant une journée par semaine, ou moins. Le recours au télétravail dans de telles proportions aura également des répercussions sur les déplacements professionnels. Ces derniers enregistreraient une baisse de 20 % par rapport à la période antérieure à la pandémie de covid-19. En effet, de nombreuses réunions, conférences ou conventions sont annulées ou organisées à distance. Par conséquent, d’autres secteurs seront également touchés, car les déplacements professionnels leur permettent de générer des profits (par exemple, les compagnies aériennes, l’hôtellerie, les transports ou la restauration). En revanche, les voyages d’agrément devraient connaître un pic après la pandémie et atteindre des niveaux bien plus élevés qu’avant la crise sanitaire, car les familles et les amis qui ne se sont pas vus depuis plus d’un an se réuniront à nouveau. Par la suite, les voyages d’agrément devraient revenir à leur niveau d’avant la pandémie. En outre, afin de maintenir la distanciation sociale, remplacer les travailleurs malades et s’adapter à la hausse de la demande de produits manufacturés, les entreprises pourraient également favoriser l’automatisation pour la production et le stockage en intérieur. Concernant les activités de production et de maintenance en extérieur, il est peu probable que l’automatisation soit privilégiée. En effet, des activités comme l’aménagement paysager ne sont pas propices à l’automatisation. Selon un sondage réalisé dans le secteur manufacturier, 39 % des chefs d’entreprise interrogés ont déclaré mettre en œuvre davantage de solutions numériques en réponse à la crise. Tous ces changements seront probablement plus importants pour les professions à forte proximité physique. Il s’agit là de l’un des principaux effets de la pandémie de covid-19. Les travailleurs en première ligne, comme les vendeurs, les hôteliers, les restaurateurs ou les serveurs ont été fortement touchés par la crise sanitaire et ils continueront d’en ressentir les effets après la fin de la pandémie, à mesure que l’automatisation et la numérisation des interactions nouvellement mises en œuvre se maintiendront. Au cours de l’année écoulée, ces professions ont enregistré les taux les plus importants de diminution d’emploi. Ainsi, ces secteurs mettront probablement plus de temps à s’en remettre. II) La valorisation des compétences pour la reprise et l’équité Ces évolutions posent certaines questions, notamment en matière d’équité. Les secteurs les plus touchés par les pertes d’emploi à cause de la pandémie (la vente, l’hôtellerie et la restauration) emploient beaucoup de femmes et de personnes de couleur. C’est l’une des raisons pour lesquelles, bien que la reprise de l’emploi pourrait intervenir en 2023 pour la majeure partie de l’économie américaine, il faudra attendre deux années supplémentaires pour que les femmes et les personnes de couleur retrouvent leur niveau d’emploi d’avant la pandémie. Si l’on regarde plus dans le détail, les différences sont frappantes. Pour les femmes de couleur, la reprise de l’emploi pourrait prendre encore plus de temps (trois ou quatre années supplémentaires) et il en va de même pour les personnes de couleur sans diplômes universitaires. Certains secteurs pourraient connaître de fortes hausses de l’emploi dans les dix prochaines années (par exemple, les secteurs de la santé, des sciences, de l’ingénierie, des technologies ou encore des transports). À l’inverse, dans d’autres secteurs les emplois diminueront considérablement (par exemple, les services à la clientèle, la vente et les services alimentaires ou encore le soutien administratif en entreprise). Le monde du travail doit regarder au-delà de la pandémie pour pouvoir

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Islam et capitalisme

La question du rapport entre l’islam et le marché n’est pas nouvelle. Cherchant à expliquer le retard économique des pays musulmans, de nombreux analystes ont exploré les liens de causalité éventuels entre islam et sous-développement. Alors pourquoi le capitalisme s’est-il développé tardivement dans le monde musulman ? Ce fait historique a engendré le préjugé que l’islam serait un frein au développement du capitalisme. Cet article a pour objectif de traiter le rapport et Islam et capital/islam  en s’appuyant sur les analyses de deux grands auteurs. Il s’agit  de l’historien et sociologue français Maxim Rodinson et  de l’économiste américain Timur Kuran. I) Maxim Rodinson Le sociologue et historien français Maxime Rodinson dans son œuvre magistral « Islam et capitalisme »  a démontré  que détenir des biens et prospérer n’est incompatible ni avec les sociétés arabes, ni avec l’islam. La piété est le seul critère de supériorité aux yeux de Dieu, mais l’enrichissement n’est pas remis en cause. Avant l’avènement de l’islam, les Arabes et les Mecquois étaient connus pour être de grands commerçants. Le prophète Mohammed a d’ailleurs été l’époux de la riche Khadija, dont les affaires étaient prospères. Elle l’avait recruté et les qualités commerciales du futur prophète de l’islam retinrent son attention. Ainsi, avant d’être un prophète, Mohammed a été un commerçant. Mais l’enrichissement n’est pas remis en cause. Avant l’avènement de l’islam, les Arabes et les Mecquois étaient connus pour être de grands commerçants. Rodinson  a souligné également que ces sociétés ont plutôt intérêt à développer les richesses : le troisième pilier de l’islam est la zakat, un impôt annuel obligatoire versé sous des conditions de revenus par chaque musulman aux nécessiteux. « S’enrichir par le bien et le partage est islamique (…). Ce qui est en revanche interdit, ce sont les pratiques frauduleuses (…), vendre, acheter des substances illicites comme le vin et le porc (…) spéculer sur des biens communs telles que l’eau (…) les denrées alimentaires (…) l’accaparement ou encore la vente aux enchères quand le vendeur ne sait pas quel prix il tirera de son produit, par exemple ». Mais ces interdictions sont vues comme des pratiques « entravant le libre jeu d’une économie libérale » par l’Europe et les États-Unis, puissances impérialistes au cœur du développement du capitalisme.  De même, Rodinson a critiqué tout au long de son parcours une représentation biaisée de l’islam et des musulmans ; pour autant, il n’idéalise pas les États musulmans et nuance l’idée, répandue cette fois parmi les musulmans, que l’islam règlerait les problèmes – y compris économiques – et pour cause : « Ce n’est pas le Coran qui façonne la société mais la société qui puise dans le Coran ce qui peut lui correspondre. » Il confronte ici les principes prônés par l’islam à la réalité : « la justice que recherchaient les musulmans les plus soucieux de rester fidèles à l’idéal coranique (…) : un État dirigé selon les principes de Dieu traitant tous les croyants à égalité (…) pratiquant une entraide aux frais des plus fortunés et au bénéfice des plus pauvres ». Pourtant, dans les sociétés musulmanes, des patrons exploitent leurs employés et des propriétaires spolient ceux avec qui ils détiennent un contrat comme au Pakistan et en Arabie saoudite, pays fondés sur l’idéologie islamique où les inégalités, le non-respect des droits fondamentaux sont flagrants. II) Timur Kuran Pour Timur Kuran, économiste américain (d’origine turque), ce sont les coutumes sociales et les règles religieuses des premiers temps de l’islam qui sont en cause. Il n’a pas ’insisté sur l’interdiction par le Coran du prêt à intérêt, contournée depuis longtemps et qui n’a pas empêché l’émergence récente d’une puissante industrie de la finance islamique : des centaines de banques et de fonds d’investissement prétendent aujourd’hui être «conformes à la charia». Mais il a estimé en revanche que les pratiques ancestrales des affaires et de l’héritage ont freiné l’émergence de grandes entreprises industrielles, comme General Electric, General Motors ou IBM. A l’époque médiévale, les partenariats commerciaux étaient la principale forme d’activité au Moyen-Orient. Ces constructions juridiques, qui permettaient aux commerçants d’amasser des fonds pour les expéditions lointaines, ont été pendant des siècles en avance sur leur temps. Mais elles se sont révélées mal adaptées à la création d’actifs durables, comme les usines et les chemins de fer. Dans un partenariat islamique, tout associé peut en effet sortir de l’affaire lorsqu’il le désire, et le décès de l’un d’entre eux suffit à remettre en question toute l’opération. Voilà pourquoi la plupart des entreprises créées par ce biais ont été faibles et peu durables. Au XIX siècle, les entités commerciales les plus solides dans les pays islamiques émanaient presque toutes de non–musulmans, tels que les Arméniens et les juifs. «Avant le XX siècle, a noté Kuran, la région n’a pas produit un seul cas de mobilisation financière privée massive, sauf lorsque les étrangers étaient impliqués.» Le Coran a imposé aussi de partager au moins les deux tiers de la fortune des défunts entre les membres de leur famille. Combinée à la forte incidence de la polygamie chez les plus riches, cette règle d’héritage égalitaire a, certes, évité aux sociétés islamiques d’évoluer vers des systèmes féodaux. Mais elle a aussi nui à la pérennité des entreprises locales. Le résultat, c’est que le Moyen-Orient a été très lent à développer les outils du capitalisme, comme les marchés boursiers. Et qu’il a laissé s’installer de lourdes bureaucraties, qui découragent encore aujourd’hui l’innovation. «Même si, par magie, tous les régimes autocratiques de la région tombaient, le secteur privé et la société civile ne reprendraient pas leurs droits avant des décennies», a conclu Kuran. Conclusion : L’opposition fondamentale de l’Islam au capitalisme est un mythe. Sur le plan théorique, la religion musulmane n’élève aucune objection contre le mode de production capitaliste. Au Moyen Age, il est vrai que c’est développé certaines mesures d’interdiction de certaines pratiques économiques particulières indispensables à la formation du système économique capitaliste moderne et qui sont déjà plus ou moins une entrave au développement d’un secteur capitalistique. Ainsi rien n’indique de façon contraignante que la religion islamique ait empêché le monde musulman de se développer dans la voie du capitalisme moderne. Il existait même dans les sociétés

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Le Maroc et le développement durable

Le développement durable a fait couler beaucoup d’encre. Nombreux sont les acteurs sociaux, les institutions et les organisations qui s’en réclament. De prime abord, il convient de définir la notion de développement durable avant d’approcher ses principes fondateurs et ses enjeux au Maroc I) Définition du développement durable La définition «officielle» du développement durable a été élaborée dans le rapport de la Commission mondiale sur l’environnement et le développement de l’Organisation des Nations unies, dit rapport Brundtland, où cette expression est apparue pour la première fois en 1987, « le développement durable est un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs ». Ainsi, contrairement au développement économique, le développement durable est un développement qui prend en compte trois dimensions : économique, environnementale et sociale. Les trois piliers du développement durable qui sont traditionnellement utilisés pour le définir sont donc : l’économie, le social et l’environnement. La particularité du développement durable est de se situer au carrefour de ces 3 piliers du développement durable. II) Développement durable : histoire et origine du concept Le mot de développement durable apparaît au début des années 1970 et 1980 dans des écrits scientifiques. L’un des premiers textes référencés faisant usage de ce concept dans le sens actuel est le Rapport du Club de Rome «Halte à la croissance», mais on en trouve des occurrences dans d’autres textes de la même époque dans des disciplines diverses. Ce rapport publié en 1972 et écrit par deux scientifiques du MIT (Massachusetts Institute of Technology) tentait de questionner notre modèle de développement économique basé sur la croissance économique infinie dans un monde aux ressources finies. Il montrait alors les limites écologiques de notre modèle. Au niveau international, on commence à parler de développement durable pour la première fois dans les rapports des Congrès de l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature). Mais bien avant cela, le développement durable avait commencé à émerger comme idée. L’émergence de l’idée du développement durable est concomitante avec celle de la société industrielle. A partir de la deuxième moitié du 19ème siècle, les sociétés occidentales commencent à constater que leurs activités notamment économiques et industrielles ont un impact significatif sur l’environnement et sur l’équilibre social. Plusieurs crises écologiques et sociales vont avoir lieu dans le monde et vont faire prendre conscience qu’il faut un modèle plus durable. Même si le développement durable est une idée relativement peu connue jusqu’à la seconde moitié du 20ème siècle, elle a rapidement pris de l’importance face à la multiplication de ces crises écologiques et de leurs conséquences sur les sociétés humaines. Au fur et à mesure de l’avancée des connaissances scientifiques sur des enjeux comme la couche d’ozone, le réchauffement climatique ou la disparition de la biodiversité, la communauté internationale a pris conscience de la nécessité de trouver un modèle économique susceptible de permettre d’assurer nos besoins sans détruire l’écosystème. III) Évolutions de la définition du développement durable Il existe une polémique sur l’adjectif «durable»  dans développement. En Anglais (langue originale du rapport Brundtland), le terme utilisé est “sustanable development”, qui pourrait se traduire par «développement soutenable». Selon Franck-Dominique Vivien « le terme «durable» a tendance à renvoyer à la durée du phénomène auquel il s’applique, comme si le problème se résumait à vouloir faire durer le développement. Or la notion de soutenabilité permet de mettre l’accent sur d’autres questions relatives à la répartition des richesses entre les générations et à l’intérieur de chacune des générations ». D’un autre côté, l’adjectif soutenable en français renvoie à deux définitions possibles : -Qui peut être défendu, appuyé par des arguments sérieux. Ex : Ce point de vue n’est pas soutenable. -Qui peut être supporté, enduré. Ex : Des scènes de violence peu soutenables. Étymologiquement, il ne renvoie donc pas à l’idée d’une stabilité et d’une régularité dans le temps. Cela pousse le Dictionnaire du Développement Durable de l’Office Québécois de la Langue Française à estimer que le terme «développement soutenable» n’est «pas adapté pour désigner le concept en question. Développement durable est maintenant le terme le plus largement utilisé dans l’ensemble de la francophonie». À l’origine, le développement durable est un développement qui respecte à la fois les besoins économiques, les besoins sociaux et l’environnement. Mais au fur et à mesure du développement de ce concept, d’autres dimensions s’y sont ajoutées. En particulier, le développement durable s’accompagne désormais souvent d’une réflexion sur l’échelle géographique : ce qui est un développement durable à l’échelle locale peut ne pas l’être à l’échelle mondiale et inversement. D’autre part, la définition du développement durable prend également de plus en plus souvent une dimension politique (quel système permet la meilleure liberté politique ?) ainsi qu’une dimension éthique et morale. Aujourd’hui, de plus en plus le développement durable se rapproche de la définition de la résilience. IV) La remise en cause de la définition du développement durable Pour certains penseurs, la notion de développement durable est en elle-même biaisée parce qu’elle se base sur le concept de «développement», lui même sujet à caution. Gilbert Rist par exemple, considère que la notion de développement est un ethnocentrisme et une croyance occidentale. Selon lui, lorsque l’on parle de «développement  (comme lorsqu’on évoque les pays en développement) on présuppose qu’il existe une forme de développement universellement souhaitable. En somme, on part du principe que la société occidentale, société de consommation, société étatique, industrielle et politique est la forme de société vers laquelle il faut idéalement tendre. Or il existe d’autres formes de sociétés dans le monde, qui ont vécu des formes de développement différentes : des sociétés agraires basées sur une agriculture vivrière par exemple, ou encore des sociétés non-étatiques et autonomes. Le terme “développement durable” porte donc en lui cette connotation, et surtout il dénote un impensé d’autres formes de vie que celles établies par la société capitaliste occidentale. Les penseurs de la décroissance remettent également en cause la notion de développement durable, dans le sens où celle-ci est souvent associée à la croissance économique. En effet, la définition du développement durable comprend une dimension de développement (de

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La Méditerranée : un avenir en question

 Aboulmajd Abdeljalil « Qu’est-ce que la Méditerranée ? Mille choses à la fois, non pas un paysage, mais d’innombrables paysages, non pas une mer, mais une succession de mers, non pas une civilisation, mais des civilisations entassées les unes sur les autres. » Fernand Braudel (1902 -1985). La Méditerranée, berceau des civilisations et des religions monothéistes, a eu une forte influence dans le jeu mondial par le passé. Qu’en est-il aujourd’hui? La Méditerranée est-elle toujours un espace important de la géopolitique mondiale? Quels sont les différents enjeux économiques, géopolitiques et géostratégiques en Méditerranée ? Quels acteurs et quelles puissances se confrontent aujourd’hui ? Cet article n’a pas prétention à dresser un tableau exhaustif de la situation actuelle et passée d’une des régions les plus complexes du globe, mais il vise humblement à tracer les grandes étapes de l’histoire de la Méditerranée et les enjeux et les défis actuels de cette région. I) Aperçu historique : Etymologiquement, le terme « Méditerranée » est tiré du latin « mare mediterraneum », qui signifie « la mer au milieu des terres ». Cette expression est attribuée au géographe romain Solin (C.Julius Solinus), qui vécut au IIIe siècle après J.-C. L’histoire de la Méditerranée est, depuis l’Antiquité, une histoire commune. Elle est faite de relations complexes, de confrontations et d’échanges mêlant les influences de grandes civilisations. Au Moyen Âge, la Méditerranée est partagée entre trois grandes civilisations. Celles-ci se définissent par leur religion et par le pouvoir politique qui s’y exerce. Il s’agit de la chrétienté d’Orient, avec l’Empire byzantin, de la chrétienté d’Occident, avec les États d’Europe occidentale, et du monde musulman. Ces trois aires de civilisation connaissent des conflits, mais entretiennent également des rapports commerciaux et culturels. Ainsi la Méditerranée au Moyen Age est un espace partagé où se côtoient trois grandes civilisations qui vont entretenir entre elles des relations conflictuelles et intenses. Les XIIe et XIIIe siècles voient se développer des conflits pour la maîtrise de cet espace mais aussi et surtout des échanges commerciaux et culturels. Les XVe et XVIe siècles marquent la rupture entre le Moyen Âge et l’époque des temps modernes. Durant ces deux siècles, le monde méditerranéen connaît des mutations profondes, qui modifient durablement la carte politique de la Mer Intérieure. La Méditerranée orientale et centrale voit la spectaculaire expansion de l’Empire ottoman, aux XVe et XVIe siècles, au détriment de l’Empire byzantin, des possessions vénitiennes et de l’Égypte mamelouke. Au milieu du XVIè siècle, sous le règne du puissant sultan Soliman, l’Empire ottoman s’étend de la Mer noire à Alger, jusqu’à l’Europe orientale et à la Mer Rouge. Parallèlement, en Méditerranée occidentale, on assiste à la progressive affirmation de l’Espagne, à la faveur des guerres d’Italie (1494-1559): le Royaume de Naples, la Sardaigne et la Sicile sont sous la domination des Espagnols, qui comptent de nombreux États alliés dans la péninsule. L’Espagne se projette également en Afrique du nord. À l’époque contemporaine,  l’histoire semble s’accélérer en Méditerranée, produisant une fracture Nord-Sud, d’ordre démographique, économique, sociopolitique et culturelle. Les conflits se multiplient du fait de la colonisation et la décolonisation, du fait aussi des différends territoriaux dans les Balkans et dans le bassin oriental à cause de la discorde entre Grecs et Turcs, à propos de l’île de Chypre, et entre Israéliens et Palestiniens. Ils se multiplient également du fait de la confrontation d’idées, de croyances, de modes de vies et d’idéologies dans une Méditerranée entourée entièrement d’Etats depuis le milieu du XXe siècle. Aujourd’hui, la crise migratoire, les « printemps arabes », la crise financière en Europe ou l’avancée des djihadistes rebattent les cartes de la géopolitique méditerranéenne. Le phénomène de violence qui sévit en Méditerranée et dans les régions périphériques s’inscrit dans un cadre historique, géopolitique, idéologique. Ce phénomène participe à l’instabilité et à l’insécurité en Méditerranée. S’ajoutant aux trois « conflits froids » (israélo-palestinien, chypriote, Turc-Grec…et), des tensions islamistes qui courent partout en Méditerranée et ont en impact autant à l’Est (Syrie, Arabie, Liban, Turquie) à l’Ouest (Maroc) et au Sud (Egypte, Libye, Tunisie, Algérie) qu’au Nord (attentats en Europe).  II) Enjeux géostratégiques et géopolitiques : Au carrefour de trois continents, la Méditerranée est aujourd’hui un espace sous tension, qui a longtemps été investi d’enjeux stratégiques importants : confrontation entre Turcs, Arabes et Européens, rivalité entre puissances, colonisation, contrôle des détroits et du canal de Suez. Elle reste un espace de confrontation entre grandes puissances, on l’a vu avec la question syrienne : des puissances lointaines (États-Unis, Russie) continuent de s’y investir, y compris de nouveaux venus comme la Chine. La multiplicité des enjeux et des représentations contribue ainsi à faire de la Méditerranée un espace à part. C’est un axe de passage entre l’Orient et l’Occident, caractérisé par une fragmentation économique, sociale et politique majeure, facteur de crises, de déstabilisations régionales et de menaces transnationales (par une interpénétration des trafics mafieux comme la drogue, l’argent, les commerces illicites d’armements, le terrorisme). Dans ce contexte sécuritaire et géoéconomique tendu, les découvertes de ressources en gaz naturel en Méditerranée Orientale, et plus récemment celle du champ Zhor au large de l’Egypte, constituent un nouvel enjeu géopolitique et engendrent une recomposition des alliances entre les puissances régionales. La Grèce, Israël, l’Égypte et l’administration chypriote grecque, qui ont formé des alliances les unes avec les autres, concernant les ressources énergétiques de la Méditerranée orientale, ont poursuivi leur rapprochement, tentant d’isoler la Turquie dans la région. Les puissances de rang mondial qui interviennent dans la région le font via des États «clients», dont elles soutiennent la stabilité politique ou qu’elles assistent militairement. L’intervention franco-britannique en Libye en 2011 a par exemple été un puissant facteur de déstabilisation, mais l’affaire syrienne, dans sa confusion même, souligne plutôt un retour à la normale, avec des Russes qui tiennent solidement la ligne traditionnelle (le soutien sans faille à un client), des Américains qui ne s’engagent pas plus avant dans la confrontation, et des Européens (Français et Britanniques au premier chef) incapables de jouer un rôle de premier plan. Pour les Chinois la Méditerranée est un espace «ultra-périphérique» et pourtant en mai 2015 ils participent à des manœuvres militaires

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عالم متضارب المصالح متعدد الأقطاب

منــذ انهيــار الاتحاد الســوفياتي وتفكك الكتلة الشرقية، لــم تنقطــع التوقعــات بشــأن الماهيــة التــي سيســتقر عليهــا النظــام الدولي مســتقبلا. فهناك مــن يتوقع اســتمرار الأحاديــة القطبيــة (الولايات المتحدة)، ويرى آخــرون عودة الثنائيــة القطبية (الصين مقابل الولايات المتحدة)، بينما يعتقد غيرهم أن النظام الدولي يتجه إلى أن يكون متعدد الأقطاب (الولايات المتحدة، والصين، وروسيا، والاتحاد الأوروبي، واليابان، والهند). وفي الآونة الأخيرة  لا ينتهي الحديث عن تغيرات النظام الدولي، وكثر البحث عن حقيقة تبدل معالم هذا النظام، الذي تحول إلى نظام القطب الواحد عقب سقوط جدار برلين ، ولكن مع مرور الوقت بدأت تخسر الولايات المتحدة سيطرتها القطبية أو أحاديتها بين الأقطاب، خاصة بداية بغزوها العراق سنة 2003  مرورا بالأزمة المالية الحادة في سنة 2008، وصولا إلى تفشي جائحة فيروس كورونا، إضافة إلى الطفرة التقنية التي تحققها الصين والتي بدأت تهدد .لتفوق التكنولوجي الأمريكي هذا النظام الدولي الجديد لايزال في طور الانبثاق، يقول الصينيون إن موعد استقراره سيكون في أواسط هذا القرن، ولكن جائحة  كورونا عجلت في هبوب رياحه. وأصبحت الولايات المتحدة اليوم تواجه تحديات مصيرية بعد فيروس كورونا، إلى جانب النزاعات الاجتماعية التي اجتاحتها مؤخرا. ومن الواضح اليوم بأن الولايات المتحدة الاميركية ، وهي القوة المركزية العالمية التي شكلت محور النظام العالمي حتى نهاية العقد الأول من القرن الحادي والعشرين , قد بدأت هيمنتها الجيوسياسية على أقل تقدير بالانحسار والتراجع في مناطق كثيرة من العالم ، والدليل على ذلك كثرة الدول والأنظمة التي بدأت التمرد على سياساتها ومخططاتها الاستراتيجية، وعدم قدرتها على فرض هيبتها وقوتها كما كان سابقا، وهو ما يستدعي تراجع نفوذها الجيواستراتيجي شيئا فشيء خلال الفترة القادمة، وبالتالي تلاشي دورها المركزي، وكونها محور النظام العالمي، خاصة مع زيادة أدوار لدول إقليمية، وبروز قوات عالمية جديدة الصين والهند واليابان. وفي ظل هذه التطورات بدأت حالة كبيرة من الجدل حول سلسلة من الأسئلة الهامة التي بحاجة إلى إجابة، منها: ما المقصود بالقطب وبعالم متعدد الأقطاب؟ هل بدأت نهاية النظام العالمي أحادي القـطبية الذي تزعـمته الولايات المتحدة منذ نهاية الحرب الباردة؟ وماهي الصعوبات التي ستواجه نظام تعدد الأقطاب؟ فما هي أهم القوى الفاعلة في تشكيله، وما هي ملامحه الرئيسية؟ وما هو مستقبل العالم العربي والإسلامي في هذا العالم متعدد الأقطاب؟ يمكن تعريف القطب العالمي بأنه الدولة أو الدول التي تمتلك مقدارا من القوة يمكنها من التأثير بصورة حاسمة في القضايا الدولية، والدفاع عن نفسها وعن حلفائها من المخاطر الخارجية، وإدارة نظام اقتصادي قوي ومزدهر. لقد أثبتت تطورات العقود الثلاثة الأخيرة أن قياس القوى لا بد له من أن يشمل اقتصاد المعرفة كنتاج للثورة العلمية والتكنولوجية التي جعلت المعلومات والمعرفة هي الأساس في التقدم على المستوى الوطني، وتطور النظام الطبي، والقدرة على إدارة نظام دولي، أو المشاركة في إدارته، بصورة تتناسب مع القيم والأهداف التي ترسمها  كل دولة ذات نفوذ وقوة عالمية. و لا يكفي أن تمتلك الدول قوة عسكرية هائلة أو فوائض مالية ضخمة من عائدات النفط أو من الفوائض التجارية، حتى تصبح قوة عالمية أو قطبا في النظام الدولي، بل إن ذلك يقتضي أن تكون هذه الدولة متكاملة القوة اقتصاديا وسياسيا واجتماعيا وثقافيا. وبناء عليه، فالدول التي تتوفر على معظم هذه المقومات يمكن حصرها في ستة، فإلى جانب الولايات المتحدة توجد روسيا الاتحادية، والصين، والاتحاد الأوربي، والهند، واليابان كقوى دولية مؤثرة. والمقصود بتعدد الأقطاب هو مشروع عالم متوازن لا يهيمن فيه القطب الواحد المنتصر في الحرب الباردة بشكل نهائي، ويفرض نموذجه الاقتصادي والسياسي وجبروته العسكري على العالم، ومعلنا بذلك نهاية التاريخ. ويعود مفهوم تعددية الأقطاب تاريخيا في الغالب الأعم مع يفغيني بريماكوف(1929 – 2015)، المهندس الاستراتيجي ووزير الخارجية الروسي السابق، والذي أعلن في سنة 1996 بدء الانتقال إلى عالم متعدد الأقطاب بوصفه أحد التطورات الأهم في العلاقات الدولية. فقد توقع أن ترتكز هذه البنية متعددة الأقطاب على مبادئ الاكتفاء الذاتي، والاستقلال، والانفتاح، والتماسك. وفي سنة 1997 وبعد نشاط بريماكوف وقعت روسيا والصين بيانا مشتركا عن عالمٍ متعدد الأقطاب، وعن إنشاء نظام عالمي جديد. كما  اقترح بريماكوف سنة 1998 توقيع اتفاق شراكة ثلاثية بين روسيا والهند والصين كخطوة عملية نحو مأسسة تعدد الأقطاب العالمي. وفي المقابل يرجع بعض الباحثين الغربيين الأمر إلى سياسيين صينيين أو غربيين، بل ويرجعه البعض إلى  مهندس الخارجية الامريكية هنري كيسنجر عند تفتيته الصف الشيوعي المتمثل بالصين وبالسوفييت. هذا وبغض النظر عن تاريخ فكرة تعدد الأقطاب ومن هو مصدرها، فمن الواضح بأن هذا المفهوم ليس بالجديد، بل هو منتج ثقافي موروث من القرن الماضي. وفي الأدبيات الروسية والصينية، تكثر تحليلات ودعوات لبناء نظام دولي جديد متعدد الأقطاب ويتجاوز مرحلة الهيمنة الغربية بقيادة الولايات المتحدة، كما أن مواقف كل من روسيا والصين رسميا تدعم هذه الفكرة/ المبدأ. فالعالم بالنسبة لبكين هو متعدد الألوان، ومتنوع الثقافات، والقيم، والسلوكيات، وله جذور حضارية مختلفة، وبالتالي فلا يمكن أن يكون كله علي شاكلة واحدة، مهما يكن مستوي الاحتكاك والتداخل مرتفعا بين المجتمعات المختلفة، نتيجة التجارة البينية، وثورة الاتصالات، وآليات العولمة. وبالنسبة لروسيا هو عالم متعدد الأقطاب، أكثر استقرارا من النظام أحادي القطبية أو من النظام الفوضوي الذي يشهده مطلع القرن الحادي والعشرين بسبب انتشار أسلحة الدمار الشامل ، وتسميم المناخ بطريقة يتعذر إصلاحها، وانتشار الفقر على المستوى العالمي، إذ 20% من سكان العالم يحتكرون 80% من ثرواته. وفي هذا السياق، يرى هنري كيسنجر في كتابه (النظام العالمي) الصادر سنة 2014 أن النظام العالمي الجديد يستحيل أن يكون أحادي القطب، بل ينبغي أن يكون متعدد الأقطاب، مشتركا بين الولايات المتّحدة والصين، معتبرا أن لا مناص من عالم متعدد الأقطاب، يسوده اقتصاد السوق. ووفقا لدعاة التعددية القطبية على الطريقة الروسية، لا تشكل كل دولة في العالم ولا حتّى تحالف عدة دول بالضرورة قطبا منفصلا ضمن النظام العالمي. يرى بعض المحللين بانه لا يمكن لأية دولة أن تصبح قطبا بل مجرد « حضارة مكتفية-ذاتيا »  فالقطب في عالم متعدد الأقطاب هو حضارة + مساحة كبيرة « أي الوحدة الثقافية المرتبطة بسمة إقليمية معينة ». القطب هو ثقافة + سطوة. القطب هو هوية « أصالة ثقافية » + سيادة أي « القدرة على حماية هذه الأصالة ». الواضح الآن أن العالم قد تغير، وأن الحقبة التي بدت أحادية القطب، بزعامة الولايات المتحدة، ذهبت إلى غير رجعة، لكن الوصول إلى التعددية القطبية، و تحقيق التوازن النسبي في العلاقات الدولية بشكل عام، لن يخلو من صعوبات، وعقبات، ومواجهات أحيانا. إذ سيستمر النظام الحالي في صراع وصدام وجودي مع النظام التعددي الناشئ، والذي بدأ بالتشكل منذ منتصف العقد الأول من القرن الحادي والعشرين، وسيستمر على ذلك خلال هذا العقد، والذي من المرجح أن ينتهي بشكل كامل وبأقصى تقدير مع نهاية العقد الثالث من هذا القرن. وكما نبه إلى ذلك 

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