Dans le Top 10 des pays africains les plus influents au monde : L’Egypte, le Maroc et la Tunisie

Le cabinet britannique «Brand Finance», spécialisé dans l’analyse des valeurs des marques, vient de publier récemment son rapport «Soft Power Index 2022. L’étude publiée annuellement se base sur une enquête d’opinion auprès des résidents de plus de 100 pays représentant tous les continents et régions du monde et l’avis des décideurs de gouvernements, institutions internationales, entreprises et ONG. D’après cette étude, l’Egypte est le pays qui a le soft power africain le plus influent au monde. La même étude constate que les pays africains gagnent en influence. Les 4 pays soft power les plus influents du continent ont progressé ces trois dernières années, même si jusque-là, aucune nation africaine n’a intégré le top 20 mondial des pays les plus influents. Forte de son histoire millénaire, de sa stabilité politique recouverte en dépit de l’instauration d’un régime très autoritaire depuis 2014, de son rayonnement culturel et attirant des millions de touristes par an, l’Egypte s’est imposée naturellement comme le pays africain le plus influent.  A la deuxième position, se trouve l’Afrique du Sud dont l’influence internationale est due  «en particulier aux secteurs des médias et de la communication, de l’éducation et des sciences, ainsi que celui des affaires», souligne l’étude du cabinet britannique Brand Finance.  Le Maroc, de son côté, s’est positionné à la 3e place grâce à d’importants efforts diplomatiques. En dépit de ses problèmes sécuritaires et politiques, le Nigeria, le géant africain, s’est hissé à la 4e place des pays africains les plus influents dans le monde grâce aux progrès des secteurs des industries créatives et culturelles, notamment à la musique et au cinéma. L’impact de ces deux sous-secteurs au Nigeria avait déjà été mis en avant par l’African Trade Report 2022 produit par Afreximbank. « L’industrie cinématographique nigériane, Nollywood, reconnue comme le deuxième plus grand producteur de films au monde, exporte des milliers de films chaque année et fait la promotion du riche patrimoine culturel africain dans le monde entier », avait relevé cette étude. L’Algérie est devancée par l’Egypte (1er du top 10 africain et 31ème à l’échelle mondiale), le Maroc (3ème du top 10 africain et 46ème mondial) et même le petit Rwanda arrivé au 7e rang africain grâce à sa campagne de Nation Branding « Visit Rwanda », son partenariat avec le Paris Saint-Germain et une communication publique maitrisée transformant ce petit pays africain ravagé par un génocide en 1994 en un pays séducteur et sympathique. Les autres pays africains de ce Top 10 sont Maurice (5ème du top 10 africain et 71ème mondial), le Rwanda (6ème du top 10 africain et 74ème mondial), le Ghana (9ème du top 10 africain et 86ème mondial) et Madagascar (10ème du top 10 africain et ème mondial). Pour ce qui est du Maroc, doit sa place à ses importants efforts diplomatiques. Le Nigeria, quant à lui, doit ses récents progrès aux secteurs des industries créatives et culturelles, notamment à la musique et au cinéma. Maurice pour sa part a fait de nombreux efforts de Nation Branding, notamment pour promouvoir ses destinations touristiques. Ces efforts du pays ont naturellement généré un soft power qui s’est hissé dans le top 75 mondial dès sa première apparition dans ce classement. A cet effet justement, la présence du Rwanda est loin d’être une surprise, car avec sa campagne de Nation Branding « Visit Rwanda », son partenariat avec le Paris Saint-Germain et une communication publique maitrisée, il est fort probable que ce pays fera partie dorénavant des soft power les plus importants du continent. Pour rappel le concept du soft power, créé par l’américain Joseph Nye,  est la capacité d’un État à influencer et à orienter les relations internationales en sa faveur par un ensemble de moyens, autres que la force ou toute autre contrainte. 

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Afrique: les 12 pays où l’espérance de vie est la plus forte et la plus faible

Une étude publiée par l’OMS le 4 août, estime que l’espérance de vie « en bonne santé » en Afrique a augmenté de neuf ans entre 2000 et 2019, passant de 47 à 56 ans – contre 64 ans de moyenne mondiale. Les progrès sont loin d’être uniformes, avec des contre-performances dans des pays relativement prospères. Le continent a le plus progressé dans le monde ces vingt dernières années dans l’espérance de vie « en bonne santé ». Autrement dit, le temps que les individus vivent sans maladies, un indicateur différent de l’espérance de vie globale. Principale explication du progrès réalisé : l’accès aux services de santé de base a doublé. Il est passé de 24 % en 2000 à 46 % en 2019 selon le « Suivi de la couverture sanitaire universelle dans la région africaine » de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Le rapport donne des chiffres par sous-régions, mais pas par pays. L’Afrique de l’Est et les huit pays de l’Igad ont le plus progressé, étant partis d’une espérance de vie en bonne santé de 43 et 45 ans en 2000 pour atteindre 58 et 57 ans en 2019. L’Afrique du Nord, elle, se rapproche de la moyenne mondiale avec 63 ans, tandis que trois sous-régions, Afrique centrale, australe et de l’Ouest restent à la traîne, avec respectivement 54, 55 et 56 ans d’espérance de vie en bonne santé. Deux explications sont avancées par le rapport : d’un côté, la performance des services de santé, qui dépend de l’investissement dans les dépenses de santé publique, et d’autre part, « les pays à revenu élevé ou à revenu intermédiaire de la tranche supérieure ont dans la plupart des cas un Indice de couverture de santé et une espérance de vie à la naissance beaucoup plus élevés que les pays à faible revenu ». La Centrafrique, record mondial de la plus faible espérance de vie. Les chiffres de la Banque mondiale confirment la nette longueur d’avance du Maghreb (voir tableau) en termes d’espérance de vie en général, que l’on vive malade ou pas. Les pays en conflit, pauvres et/ou qui n’investissent pas dans la santé restent sans surprise en queue de peloton, tels que la Centrafrique, le Nigeria, la Sierra Leone, le Tchad et le Lesotho. Au Nigeria, la situation est aggravée, comme dans d’autres pays pétroliers par les inégalités sociales, ainsi que par la fuite de cerveaux massive du personnel de santé, attiré par de meilleures conditions de travail à l’étranger. Le même fléau prévaut en Égypte, un pays où l’on vit pourtant jusqu’à 72 ans en moyenne, avec 1 médecin pour 1 240 habitants (contre 1 pour 5 000 habitants au Nigeria). L’explication tient au fait que l’Égypte, comme les autres pays d’Afrique du Nord, a achevé sa transition démographique, avec une baisse concomitante des taux de natalité et de mortalité, et des investissements faits dans la santé. Pourquoi, par ailleurs, vit-on plus dix ans de plus au Sénégal qu’en Côte d’Ivoire, où l’espérance de vie ne dépasse pas 57 ans, comme en Somalie et au Sud-Soudan ? Et ce, alors que les défaillances de l’hôpital public au Sénégal font les gros titres de la presse… « Il y a plus de médiatisation au Sénégal, mais des scandales réguliers surviennent en Côte d’Ivoire comme au Bénin, explique Gilles Yabi, le fondateur du West African Think Tank (WATHI). Le Sénégal a fait des progrès plus importants en termes de santé maternelle et néonatale qu’ailleurs dans la sous-région. Or, la santé des 0-5 ans influence beaucoup l’espérance de vie, en plus de facteurs sociaux difficiles à mesurer, tels que l’hygiène de vie, l’activité physique et l’alimentation ». La Côte d’Ivoire au même niveau que la Somalie. Les deux seuls pays d’Afrique à revenus élevés s’en tirent mieux, comme les Seychelles et Maurice, mais l’argent n’est pas toujours synonyme de longévité. « Le lien avec le PIB par habitant n’est pas forcément le plus déterminant, contrairement à l’investissement public dans la santé », estime Mabingué Ngom, conseiller spécial du Directeur exécutif du Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) et directeur du bureau de l’UNFPA auprès de l’Union africaine. La Guinée équatoriale, 1,4 million d’habitants, affiche une espérance de vie aussi faible que la Guinée-Bissau, alors que son revenu est dix fois supérieur. Autre curiosité notable : au Mali et au Cameroun, dont les PIB par tête vont quasiment du simple au double, on ne vit en moyenne pas plus de 59 ans. Au Gabon, où la prévention et la lutte contre le cancer sont moins négligées, l’espérance de vie dépasse de six ans celle des voisins congolais, qui plafonne à 60 ans à Kinshasa comme à Brazzaville. Quant à l’Afrique du Sud, elle se situait au même niveau que les Comores, le Liberia et le Ghana, 64 ans en 2019. Trois pays qui sont loin d’être industrialisés comme elle. L’ampleur prise par le virus du Sida a tout changé dans les années 2000, avec une part de 19 % des 15-49 ans séropositifs aujourd’hui. Selon Statistics SA, l’espérance de vie à la naissance sans le VIH/Sida, qui cause 23 % des décès, s’élevait à 69 ans en moyenne en 2019. Les ravages faits par le Covid-19 se sont ajoutés à ceux du Sida, et ont fait reculer de trois ans le temps que l’on peut espérer vivre en Afrique du Sud. Celui-ci est passé à 61 ans en 2021, comme au Burundi, l’un des pays les plus pauvres d’Afrique.

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Pour un nouveau partenariat entre l’Afrique et l’Europe

Les relations entre les pays africains et l’Europe sont anciennes. Elles reposent sur un passé historique colonial lourd, des échanges culturels et commerciaux importants, et des liens économiques et politiques évidents. L’action extérieure de l’Europe cherche aujourd’hui encore ses marques dans la relation à établir avec les pays d’Afrique : le passé colonial de certains des membres de l’UE crée parfois une difficulté supplémentaire tandis qu’il peut être à l’origine de relations privilégiées. Les institutions européennes recherchent un équilibre entre leur volonté de transmission des valeurs démocratiques et l’expansion économique, non sans intérêt dès lors que l’Union représente 80% de l’aide publique destinée aux pays africains et qu’elle en est le principal partenaire commercial. Le dialogue politique eurafricain semble ainsi porter sur une négociation unilatérale se heurtant souvent aux intérêts nationaux africains. I) Vers une «nouvelle alliance» salutaire ? L’Europe et l’Afrique partagent de nombreux intérêts communs, qu’il s’agisse d’une économie et d’un climat des affaires favorables ou de questions sécuritaires. Jean-Claude Juncker, ancien président de la Commission européenne, a proposé une Alliance Afrique-Europe pour des investissements et des emplois durables qui vise à stimuler les investissements stratégiques européens et à rehausser les échanges commerciaux entre partenaires. Ces projets exploitent le potentiel que représenterait la création de la zone de libre-échange continentale africaine (Zleca) et semblent d’apparence apporter de nouvelles logiques à cette relation. Pourtant, il conviendra de veiller attentivement à ce que ne s’opèrent des dérives et une réinvention néo-colonialistes de ces divers projets. Les différents objectifs rappellent effectivement étrangement les initiatives chinoises présentées dans la déclaration de Beijing. Cette «nouvelle alliance» trouvée entre l’Union européenne et les pays africains semble salutaire. Les Européens paraissent avoir compris certaines des erreurs passées, notamment en ce qui concerne des accords économiques déséquilibrés et des relations diplomatiques inégales. Ces engagements apparaissent cependant bien dérisoires face à l’image ternie de l’Europe dans certaines régions d’Afrique et au regard de la politique agressive des Chinois. II) Une architecture institutionnelle inadaptée  Le partenariat Afrique-UE repose sur un dialogue formel composé de réunions organisées entre homologues africains et européens. Les chefs d’État et de gouvernement se réunissent tous les trois ans lors de sommets Union Africaine-UE et durant lesquels sont discutées et définies les orientations politiques de la coopération. Des réunions ad hoc ainsi que des rencontres parlementaires existent, tout comme des dialogues thématiques spécifiques. Cependant, l’architecture institutionnelle des relations marque par la fréquence de ces réunions. Il s’agirait de permettre une régularité bien plus importante pour rapprocher les deux continents dans les différents enjeux qu’ils doivent affronter. III) La question migratoire : sujet de tensions Le contrôle des migrations en provenance des pays africains est un sujet brûlant dans les sociétés européennes. Les dirigeants européens et africains sont très divisés sur le sujet, et sur la manière d’aborder la politique migratoire. Les chefs d’État et de gouvernement européens souhaiteraient conclure des accords de retour des migrants avec les pays africains au sein des nouveaux accords de Cotonou dont les discussions ont déjà débuté. L’Union européenne a d’ores et déjà fait part de son intention de prioriser le contrôle des migrations dans les prochains accords en conditionnant l’aide et les futurs investissements financiers aux pays africains. Cette position paternaliste, voir même assujettissante, rappelle un néo-colonialisme brutal pour l’Afrique. Les accords eurafricains sont caractérisés par une inégalité frappante dans les rapports de forces, principalement du fait de la dépendance des pays africains face à l’Europe. L’ensemble des structures (financières, techniques et politiques…) maintiennent ou créent un rapport de dépendance structurelle sur le plan économique. Si la « nouvelle alliance » proposé par l’Union semble s’affranchir en partie de ce processus, le néo-colonialisme européen ne saura disparaître. Les Européens doivent se poser les bonnes questions. La présence en Afrique est-elle vraiment bénéfique ? Pour les européens, , évidemment ! Pour les peuples africains… ? En effet, l’unilatéralisme qui caractérise les accords eurafricains des dernières décennies conditionnent l’octroi des aides au développement à l’implantation d’entreprises européennes. Cette expansion économique des Européens ne profite toutefois pas à un développement économique durable en Afrique. De même, comment s’affranchir de l’Histoire commune en s’émancipant de ce néo-colonialisme ? La difficulté principale réside dans l’incapacité à imaginer un monde dépourvu de dominant et de dominé, entendu comme un rapport de contrainte. Il faudrait être probablement plus à l’écoute des peuples d’Afrique pour éviter la répétition des erreurs passées, qu’il s’agisse du néo-colonialisme ayant fait suite à la colonisation de certains États européens ou par exemple des difficultés quant au respect du principe de non-ingérence dans les pays africains. La prise de conscience européenne serait pourtant insuffisante à la réinvention du modèle des relations eurafricaines. Le concept de néo-colonialisme ne suffit pas à comprendre cette domination. Les pays africains doivent prendre conscience de leur responsabilité dans cette relation déséquilibrée dans laquelle ils acceptent volontairement les systèmes de valeurs, les schémas de pensées et les modèles économiques. Il est peut-être temps de  comprendre ensemble les intérêts européens  communs et que les élites intègrent aux relations eurafricaines une dimension psychologique, en ce qui concerne la perception mutuelle des populations des deux continents, et sociale par une prise de conscience du bien-être des peuples africains dans les relations économiques et diplomatiques eurafricaines.

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La jeunesse africaine face au défi de l’emploi

«Chaque génération doit dans une relative opacité, découvrir sa mission, l’accomplir ou la trahir» Frantz Fanon, Les Damnés de la Terre. Quelques données pour commencer. En un siècle (1950–2050) la population de l’Afrique passera, en effet, de 228 millions d’habitants à 2,435 milliards selon les projections actuelles de l’Organisation des Nations Unies (ONU). Cette évolution démographique, exceptionnelle par son ampleur et sa rapidité, représente un des défis majeurs pour le développement économique et social du continent. Alors devant ce fait, Qu’est-ce que la jeunesse ? Quels sont ses défis et ses opportunités en Afrique? I) Définition de jeunesse Définir la jeunesse est une condition préalable à l’analyse de la participation et de la représentation des jeunes dans la vie sociale et politique d’un État. Il convient d’observer qu’il n’existe pas de définition universelle de la notion de «jeune» généralement admise sur le début et la fin de la jeunesse. Pour l’ONU, est considéré de façon universelle et conventionnelle comme jeune, toute personne dont l’âge varie entre 15 et 24 ans, cette définition semble ne pas correspondre aux réalités sociales et sociologiques en Afrique. C’est la raison pour laquelle, la charte africaine de la jeunesse de l’Union Africaine (UA) définit la jeunesse, comme la frange de la population africaine dont l’âge est compris entre 15 et 35 ans. En Afrique, cette frange de la population est la plus importante au monde et celle qui augmente le plus rapidement. Plus de 20 % de la population africaine a entre 15 et 24 ans et puisque plus de 40 % de la population africaine a moins de 15 ans, on doit s’attendre à ce que ce chiffre augmente de façon notable dans les années à venir. Selon l’Organisation Internationale du Travail (OIT), les jeunes peuvent représenter jusqu’à 36 % de la population totale en âge de travailler et 3 personnes au chômage sur 5 en Afrique sont des jeunes. C’est un enjeu de taille. Déjà, 60 % des jeunes Africains seraient sans emploi. Et chaque année, plus de 10 millions de jeunes actifs entreront sur le marché du travail. II) La jeunesse africaine, un acteur incontournable du développement L’Afrique est aujourd’hui un continent d’1,3 milliard d’habitants. Cette importante démographie africaine est source d’opportunités et de défis, notamment en ce qui concerne les services, l’éducation et l’intégration  des jeunes dans la vie économique et sociale. Elle constitue un atout considérable puisque la jeunesse est en mesure de fournir à l’économie une force de travail majeure au sommet de sa capacité productive. Ainsi, le premier défi est celui posé par l’arrivée sur le marché du travail de jeunes diplômés, dont seule une partie trouvera un emploi. On estime 200 millions de jeunes âgés de 18 à 25 ans qui sont en situation de chômage. En 2050, cette proportion sera de 42%. Et, chaque année, entre 12 et 15 millions rejoignent le marché du travail. Il en résulte un profond malaise parmi les jeunes, ayant souvent un emploi sous-qualifié par rapport à leur diplôme. Toutefois, il convient de  distinguer entre la région de l’Afrique du nord et de l’Afrique subsaharienne. En Afrique du nord, la prévalence du chômage des jeunes est très élevée, puisque plus d’un tiers de la jeunesse est sans emploi. En revanche, en Afrique subsaharienne, c’est la prévalence de la pauvreté qui atteint des sommets, car 70% des jeunes vivent avec moins de 3,1 dollars par jour Pour cette raison, beaucoup de jeunes africains, (exemple le Maghreb) veulent entrer dans la fonction publique, et les familles investissent en espérant qu’ils obtiendront de postes dans l’administration publique. Mais il y a de moins en moins d’emploi de fonctionnaires. L’absence de débouché produit une énorme déception. Autre conséquence, cela freine l’innovation. Toutefois, en Tunisie, la culture entrepreneuriale est relativement plus développée par  rapport aux autres pays de l’Afrique du Nord, les jeunes tunisiens de plus en plus s’en lancent dans l’entrepreneuriat. III) L’entreprenariat des jeunes est clé Dans le monde entier, et évidemment dans tous les pays africains, les emplois et les perspectives d’emploi des jeunes occupent toujours les premiers rangs des programmes de développement. En 2050, 29% de la population totale des jeunes du monde vivront en Afrique. Pour les pays africains, les jeunes représentent à la fois un défi mais aussi une énorme potentialité, surtout en ce moment où les populations des autres parties du monde sont vieillissantes. Bien qu’à la recherche d’emplois, les jeunes sont aussi essentiels à leur création. Dans ce contexte difficile, il est essentiel de mettre en œuvre en Afrique des stratégies visant à stimuler la créativité, de fournir aux jeunes une éducation de qualité orientée vers les besoins du marché mondial, de développer leurs compétences et d’inculquer aux jeunes la culture de l’entrepreneuriat. Dans son excellente étude «La jeunesse africaine face à l’entreprenariat : enjeux et défis», l’universitaire béninois Armand Akpa a réussi à démontrer que la solution pour juguler le problème du chômage des jeunes passe en très grande partie par l’entreprenariat. Sur la question, des avancées considérables ont été faites pour encourager l’entreprenariat des jeunes en Afrique mais ces derniers restent encore confrontés à de nombreux obstacles. Parmi ces obstacles, on peut citer : l’attitude de la société à l’égard de l’entrepreneuriat, le manque de compétences, l’insuffisance de la formation à l’esprit d’entreprise, le manque d’expérience professionnelle, l’absence de fonds propres, l’absence de contacts et barrières inhérentes au marché, les formalités plus lourdes et plus longues, le coût de démarrage, le capital minimum obligatoire et le manque d’accès aux informations particulièrement pertinentes pour les activités entrepreneuriales. Pour surmonter ces obstacles, Armand Akpa préconise pour réduire le chômage des jeunes, la promotion de l’entrepreneuriat, dont celle agricole moderne, qui peut être une source stable d’emploi dans les économies fortement dépendantes de l’agriculture à court et moyen terme. Ainsi, il  est primordial de mettre en place des politiques publiques pour renforcer davantage les activités entrepreneuriales des jeunes essentiellement dans les technologies de l’information. Aujourd’hui, l’avenir de la jeunesse africaine n’est ni de finir noyée dans le cimetière de la Méditerranée à

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La jeunesse, moteur de changement social au Moyen-Orient et en Afrique du Nord

Original article published in the blog Un seul monde (Huffington Post) Ce billet du blogue Un seul monde, une initiative de l’AQOCI et du CIRDIS, a été écrit par Frédéric Hareau, directeur des programmes chez Equitas – Centre international d’éducation aux droits humains. Le projet Mosharka (2012-2016) a été réalisé grâce à l’appui de l’Union européenne, de l’Organisation internationale de la Francophonie et de l’Ambassade du Canada en Jordanie. La jeunesse du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (MOAN) a fait l’objet de nombreuses études au cours des dernières années. Et si les images véhiculées sont souvent contradictoires, tout le monde s’entend pour reconnaître que la jeunesse est une force qui influence fortement la réalité de la région et qu’on ne peut négliger. Une force démographique tout d’abord: les jeunes âgés de 15 à 29 ans composent plus du quart de la population dans chacun des pays de la région MOAN. Une force politique ensuite: à la surprise du monde entier, les jeunes, femmes et hommes, ont constitué l’avant-garde des mouvements qui ont bouleversé la région depuis 2011. Ils ont démontré leur pouvoir de renverser des régimes qu’on pensait indéboulonnables. Après 2011, on a amplement loué cette jeunesse porteuse d’espoir, symbole du renouveau, de ce «printemps arabe» synonyme de progrès démocratique, économique et social. Cinq années plus tard, la région se trouve confrontée à des conflits dévastateurs, à des mouvements radicaux et violents, à des déplacements massifs de populations, à la résurgence d’États autocratiques et à de profondes crises économiques et sociales. L’image des jeunes a bien changé: une source de déstabilisation, encline à la radicalisation, ou prête à tout pour s’expatrier. Des jeunes confrontés à de multiples défis. Des millions de jeunes de la région MOAN sont directement affectés par les conflits et vivent dans des conditions d’extrême précarité. Mais c’est également l’immense majorité des jeunes de la région qui fait face à des défis de taille. D’un point de vue économique, le taux de chômage parmi les jeunes de la région reste le plus élevé du monde (atteignant par exemple 51% en Libye, dont 68% pour les jeunes filles) et la croissance ne bénéficie pas aux jeunes. Selon l’OCDE, «l’absence d’un cadre de croissance inclusif a laissé les jeunes hommes et femmes à la marge de la société, confrontés à un accès restreint à une sécurité sociale et à une mauvaise qualité des services publics». Cette exclusion économique est étroitement liée à une exclusion des processus de prise de décision, la voix des jeunes restent très largement ignorée. Toujours selon l’OCDE, il est nécessaire de réajuster les cadres de gouvernance afin que les jeunes aient un rôle plus important dans l’articulation des politiques. Leur absence des sphères de décision et de la société civile réduit leur sentiment d’appartenance à leur communauté, conduit à leur marginalisation et augmente les risques de radicalisation. Il convient toutefois d’éviter une généralisation qui voudrait que tous les jeunes se radicalisent. Comme mentionné par les jeunes de Young Arab Voices: «il y a 100 millions de jeunes au Moyen-Orient et en Afrique du Nord qui ont résisté à l’attrait de devenir moudjahidin». Aujourd’hui, force est de constater que les espoirs et les revendications des mouvements de 2011 – dignité, liberté, justice sociale et emploi – restent à ce jour en grande partie lettre morte. Une jeunesse profondément engagée en dépit des obstacles. Les images projetées par les médias sont loin de refléter la complexe réalité des jeunes de la région et occultent les luttes quotidiennes d’innombrables jeunes femmes et hommes pour bâtir des sociétés plus justes. À cet égard, les 1 700 jeunes d’Égypte, de Jordanie, du Maroc, de Tunisie et du Yémen avec qui Equitas et ses partenaires ont collaboré pour le projet Mosharka n’ont ménagé aucun effort pour réduire les inégalités et trouver des solutions aux problèmes qui minent leurs communautés. Les leçons apprises du projet ont été publiées dans un recueil, Participation des jeunes à la vie communautaire – Réalisation de projets de droits humains au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, parmi celles-ci : L’engagement des jeunes doit être centré sur leurs motivations et leurs forces. La connaissance des droits et l’intériorisation des valeurs des droits humains facilitent leur implication dans le processus de changement social et légitiment leur action auprès des acteurs étatiques. Les jeunes leaders du projet Mosharka ont décidé de s’engager sur des enjeux tels que l’exclusion des jeunes filles, le mariage précoce, la participation politique des jeunes, l’inclusion des personnes vivant avec un handicap, et les conflits ethniques. Les projets utilisant la vidéo, les technologies de l’information et les médias sociaux, ou encore le théâtre de rue leur ont permis de participer efficacement au développement communautaire. Bâtir le leadership et la confiance des jeunes constitue la colonne vertébrale d’une intervention. Le développement de compétences clés telles que la confiance, la réflexion critique, l’analyse d’enjeux liés aux droits humains, la planification, la négociation, et la gestion financière s’avère essentiel à leur implication citoyenne. L’utilisation d’une approche participative basée sur les droits humains a permis aux organisations et aux jeunes intervenants d’engager les jeunes marginalisés, des jeunes dont les droits sont souvent bafoués. Cette stratégie se révèle très pertinente pour se rapprocher des jeunes exclus afin de bien comprendre leurs attentes, valoriser leur vécu, travailler efficacement avec eux et dépasser les divisions ethniques, religieuses, socioéconomiques ou fondées sur le genre en rassemblant des groupes divisés. Si l’engagement de nombreux jeunes est source d’espoir, un des défis majeurs dans la région MOAN reste de créer des espaces de dialogue entre les instances gouvernementales et les jeunes. La culture des droits humains et du dialogue, et les espaces dans lesquels celle-ci s’exprimera restent à bâtir. Il s’agit d’un des enjeux majeurs qui influencera l’avenir de la région. Unir les forces à ce niveau n’est pas seulement souhaitable, c’est impératif.

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C’est quoi le développement durable?

Développement durable ou alternatif, post-développement ou alternative au développement. Le débat, à la faveur notamment du «tournant à gauche» latino-américain, est revenu sur le devant de la scène, et interroge les rapports entre marché, État, nature et acteurs sociaux. Le développement durable est la notion qui définit le besoin de transition et de changement dont a besoin notre planète et ses habitants pour vivre dans un monde plus équitable, en bonne santé et en respectant l’environnement. I)  Un modèle d’organisation de la société: Le développement durable vient du rapprochement de deux mots, qui mis bout à bout définissent un modèle d’organisation de la société. Par développement on entend l’amélioration des performances (économiques, sociales etc…) d’une société. Le terme durable caractérise une chose qui tient dans la durée, qui est stable et résistant. La combinaison des deux mots donne la définition du développement durable: l’amélioration des performances d’une société pour la rendre stable dans le temps. Le développement durable est un mode d’organisation de la société pour répondre le plus efficacement possible aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs. Aujourd’hui, cette transition vers un modèle plus durable est nécessaire pour vivre dans un monde plus équitable et préserver notre planète et ses ressources naturelles. Le modèle d’une société durable s’appuie sur des piliers et des principes fondamentaux. II) Les fondements du développement durable: Les trois piliers du développement durable: Le développement durable suppose un mode d’organisation basé sur 3 piliers essentiels: La qualité environnementale des activités humaines pour limiter les impacts environnementaux, préserver les écosystèmes et les ressources naturelles à long terme. L’équité sociale pour garantir à tous les membres de la société un accès aux ressources et services de base (éducation, santé, alimentation, logement…) pour satisfaire les besoins de l’humanité, réduire les inégalités et maintenir la cohésion sociale  L’efficacité économique en diminuant l’extrême pauvreté et en garantissant l’emploi du plus grand nombre dans une activité économique dignement rémunérée. L’économie durable est une gestion saine des activités humaines sans préjudices pour l’Homme ou pour l’environnement. Ces 3 piliers composent les enjeux du développement durable. Pour instaurer une société plus durable, ces piliers sont accompagnés de principes fondamentaux. III) Les principes fondamentaux du développement durable: Solidarité entre les pays, entre les peuples, entre les générations, et entre les membres d’une société. Par exemple : économiser les matières premières pour que le plus grand nombre en profite. Précaution dans les décisions afin de ne pas causer de catastrophes quand on sait qu’il existe des risques pour la santé ou l’environnement. Par exemple : limiter les émissions de CO2 pour freiner le changement climatique. Participation de chacun, quels que soient sa profession ou son statut social, afin d’assurer la réussite de projets durables. Par exemple : mettre en place des conseils d’enfants et de jeunes. Responsabilité de chacun, citoyen, industriel ou agriculteur. Pour que celui qui abîme, dégrade et pollue répare. Par exemple : faire payer une taxe aux industries qui polluent beaucoup. Ces principes sont parfois incompatibles avec la société de consommation dans laquelle nous vivons. C’est pourquoi, de nombreuses personnes (élus, associations, entreprises, particuliers, jeunes…) demandent que notre système économique soit repensé pour tendre vers une société plus durable afin de préserver la planète et ses ressources. Le développement durable est non seulement un besoin urgent, qui n’est pas une contrainte mais une réelle opportunité pour redessiner notre société. IV) Pourquoi le développement durable est essentiel aujourd’hui? En 1800, nous étions 900 millions d’êtres humains sur terre. En 2020, notre planète abrite 7,8 milliards d’habitants. Cette forte croissance de la population s’accompagne d’une augmentation de la demande de biens et de services et de modes de production qui entraînent des désordres environnementaux et sociaux. Dans les années 70, un grand nombre d’experts et de scientifiques tirent la sonnette d’alarme quant à l’impact de l’activité des hommes sur la planète. Depuis la révolution industrielle, la société a connu un développement sans précédent, mais sans véritablement en mesurer les conséquences de l’évolution de son mode de vie. À cela se sont ajoutés : l’accélération des échanges avec le reste du monde (la mondialisation) ; l’accroissement des inégalités entre pays riches et pays pauvres ; les prévisions de croissance démographiques qui visent à 10 milliards d’habitants sur la planète d’ici 2100. Aujourd’hui 80% des ressources naturelles sont consommées par 20% de la population mondiale. Cela engendre des zones de grande richesse et de grande pauvreté. Dans certaines zones du monde, les habitants n’ont pas accès à l’eau potable, aux soins, à l’éducation et à un emploi dignement rémunéré. Mais comment assurer demain un accès à l’alimentation et à l’eau potable, à la santé et à l’éducation pour tous ? Comment assurer la protection de la biodiversité et lutter contre le changement climatique ? C’est pourquoi il est urgent de trouver un nouveau modèle: le développement durable. Les sociétés humaines vont devoir entrer dans une transition et repenser l’ensemble de leurs activités. De nombreux acteurs sont déjà engagés dans cette transition vers un mode de fonctionnement plus respectueux de l’environnement et des êtres humains. Les sociétés humaines vont devoir entrer dans une transition et repenser l’ensemble de leurs activités. De nombreux acteurs sont déjà engagés dans cette transition vers un mode de fonctionnement plus respectueux de l’environnement et des êtres humains. V) Les acteurs du développement durable:  Tout le monde est concerné par cette transition vers un nouveau modèle de société plus durable. 

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Afrique : les quatre vraies crises migratoires

Alors que les Européens s’inquiètent de l’immigration africaine sur leur propre territoire, d’autres mouvements de population s’avèrent bien plus préoccupants pour la stabilité sociale et économique au sud de la Méditerranée. Les crises migratoires africaines ne sont pas forcément celles que l’on croit. Les quelque 70 000 Africains (1) arrivés irrégulièrement de janvier à novembre 2020 dans les ports européens de la Méditerranée et les îles Canaries ont beau faire la une en Europe, ils restent un épiphénomène, au vu des vrais enjeux migratoires de l’Afrique, aggravés par la pandémie de Covid-19. Aujourd’hui, quatre grandes crises touchent le continent, avec de lourdes conséquences. Pour la première fois depuis plus de dix ans, les transferts d’argent des 19 millions de migrants africains vivant hors du continent ont baissé l’an passé. D’après les dernières estimations de la Banque mondiale faites en octobre, elles ont chuté de 9 % en 2020 et baisseront encore de 6 % cette année. En Afrique subsaharienne, les transferts sont passés de 48 milliards de dollars (40 milliards d’euros) par an en 2018-2019 à 44 milliards en 2020, et l’estimation pour 2021 tombe à 41 milliards. Cet apport reste plus important que tous les investissements directs étrangers réunis (32 milliards de dollars en 2019) et légèrement inférieur à l’aide publique au développement. Cette chute affecte particulièrement le Soudan du Sud (dont 35,4 % du PIB dépend des transferts), le Zimbabwe (10,8 %) et le Sénégal (9,4 %), sans oublier le Nigeria, qui a reçu l’an dernier une manne de 21,7 milliards de dollars, soit 2 milliards de moins qu’en 2019. 1) Retours et exode : La pandémie a provoqué ou exacerbé des mouvements de retour de migrants vers leurs pays d’origine, avec de forts effets déstabilisateurs, comme en Ethiopie. Une première campagne de retour forcé de 163 000 Ethiopiens séjournant irrégulièrement en Arabie Saoudite avait été menée entre novembre 2013 et mars 2014. Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), 380 000 autres migrants sont rentrés depuis avril 2017, soit 10 000 par mois en moyenne jusqu’au début de la pandémie. Presque tous sont originaires des régions du Tigré, d’Amhara et d’Oromia, les plus instables ces dernières années. Même si le rythme du retour a baissé depuis avril, avec 34 000 retours jusqu’à novembre, les autorités s’attendent à 200 000 à 500 000 retours dans les prochains mois, en raison de la contraction de l’activité dans les pays du Golfe. L’impact de ces flux sur le marché de l’emploi, les services sociaux et la stabilité politique dans des régions où la guerre a entre-temps éclaté reste à étudier. La crise du Covid-19 rappelle aussi à quel point la fuite des cerveaux à grande échelle peut mettre à mal le secteur de la santé. C’est passé inaperçu, mais les Etats-Unis ont encouragé les professionnels de la santé à travers le monde, en particulier ceux travaillant sur le Covid-19, à solliciter un visa auprès du consulat américain le plus proche dans leur pays. Selon certaines sources, pas moins de 16 000 médecins égyptiens ont été admis aux Etats-Unis – alors que nombre de professionnels de la santé issus de ce pays exercent déjà dans les pays du Golfe. Selon le syndicat des médecins égyptiens, 110 000 praticiens, soit la moitié des médecins enregistrés en Egypte, exercent à l’étranger. Cet exode affecte depuis des décennies le Ghana, le Nigeria ou encore le Zimbabwe, dont les infirmières et les médecins travaillent en grand nombre au Royaume-Uni. Cela s’explique par les salaires très bas et les structures de santé défaillantes en Afrique, et représente une lourde perte pour le continent, qui continue d’afficher les ratios de médecins par millier d’habitants les plus bas au monde. 2) 7,3 millions de réfugiés : Plus connue et documentée, la crise des réfugiés reste brûlante – provoquée par les conflits au Sahel et les changements climatiques. En 2019, il y avait en Afrique 7,3 millions de réfugiés et demandeurs d’asile, soit deux fois plus qu’en 2000, venant pour la plupart du Soudan du Sud, de Somalie, de république démocratique du Congo, de Centrafrique et d’Erythrée. Ces chiffres, en hausse dans les pays du Sahel touchés à la fois par les attaques islamistes et le Covid-19, sont à mettre en rapport avec les 21 millions de migrants africains en Afrique, sans oublier les 18 millions de personnes déplacées à l’intérieur des frontières de leurs pays. Malgré toutes ces difficultés, 2020 a été une année de renforcement du cadre de gouvernance des migrations en Afrique. En effet, l’Union africaine a adopté un plan d’action triennal détaillé pour 2020-2022 afin d’assurer la mise en œuvre du «pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières». En parallèle, en février 2020, elle a adopté les statuts du nouvel Observatoire africain des migrations, dont le siège a été inauguré à Rabat. Les premiers jalons de l’agenda africain sur les migrations, lancé en janvier 2018, sont posés. Reste à mettre en œuvre le projet d’une zone continentale de libre circulation des personnes, pour en faire un vrai levier de développement et non une simple réponse tactique aux pressions ou engagements internationaux. (1)NB : La plupart des données présentées dans ce texte s’appuient sur le Rapport sur l’économie de l’Afrique produit par le Policy Center for the New South où l’auteur de ce texte est Iván Martín, économiste, senior fellow du Policy Center for the New South, chercheur associé au Groupe de recherche interdisciplinaire sur l’immigration (université Pompeu-Fabra de Barcelone)

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L’Afrique, un continent en voie d’émergence

Alors que l’identification de pays africains réellement émergents s’avère complexe, l’Afrique dispose d’atouts pour décoller en tant que continent grâce, dans un premier temps, au développement d’un marché commercial, puis d’un marché financier. L’Afrique est aujourd’hui considérée comme une terre d’opportunités économiques et financières. Depuis 2000, ses bonnes performances économiques suscitent une vague d’optimisme de la part des investisseurs internationaux. Un sentiment qui pourrait être conforté par la résilience dont fait preuve l’activité économique africaine face à l’épidémie de Covid-19 (- 2,6 % en 2020), au regard de son impact à l’échelle mondiale (- 4,4 %). I) L’émergence, un concept mobilisé par les pays africains eux-mêmes Face à ce renouveau, les dirigeants africains ont adapté leurs discours pour évoquer les ambitions économiques de leurs pays respectifs. Les objectifs traditionnellement mis en avant de réduction de la pauvreté ou d’amélioration des indicateurs socioéconomiques ont progressivement laissé place à l’ambition d’«émergence» dans la plupart des plans nationaux de développement économique des pays du continent. Près de la moitié des économies africaines disposent d’un plan national visant à accéder à l’émergence à court, moyen ou long terme. À titre d’exemple, l’ambition du Plan «Sénégal émergent» est d’en faire un pays émergent à l’horizon 2035. Au Gabon (« Plan stratégique Gabon émergent »), cet objectif devrait être atteint dès 2030. Quant au Maroc, il ambitionne   l’émergence industrielle par une stratégie d’industrialisation entre 2009 et 2015 qui a été suivi par un plan d’Accélération Industrielle 2014-2020. Depuis 2015 et à l’initiative du président ivoirien Alassane Ouattara, une Conférence internationale biennale sur l’émergence de l’Afrique a même été instituée et vise à « soutenir le développement des capacités à préparer et mettre en œuvre les plans d’émergence » du continent. Mais peut-on réellement identifier des pays africains qui se démarquent dans leur trajectoire de développement au point de pouvoir être considérés comme émergents ou en voie d’émergence ? II) Une poignée de pays africains émergent… partiellement La notion d’émergence ne renvoie pas à une définition communément admise par l’ensemble des acteurs des sphères économiques et financières. Il est toutefois possible d’examiner l’Afrique à l’aune des critères communément admis comme étant partagés par les premiers pays émergents, notamment asiatiques. Ces économies se sont distinguées par une croissance économique soutenue sur une longue période, leur capacité d’intégration commerciale et financière, et la prise de relai d’un développement extraverti par une croissance endogène, reposant sur le développement d’un marché intérieur et d’une consommation interne dynamique. Or, si quelques pays africains enregistrent de très bonnes performances dans l’un de ces domaines, ils peinent à répondre à l’ensemble de ces critères. Prenons l’exemple du Nigeria, de l’Afrique du Sud et de l’Égypte, qui constituent les trois premières économies africaines en termes de produit intérieur brut (PIB). De par leur taille, ces économies sont les principales destinations africaines des investissements directs étrangers (IDE), après Maurice. Elles concentrent à elles seules 35 % des flux entrants en Afrique. Mais ces économies enregistrent des performances mitigées en matière d’indicateurs sociaux. Si l’on considère à présent les pays qui connaissent les plus forts taux de croissance, ils ne sont pas nécessairement pour autant ceux qui attirent le plus de capitaux ni ceux qui parviennent à faire bénéficier cette accumulation de richesse à leur population. L’Éthiopie, le Rwanda et la Tanzanie, dont les croissances économiques ont été durablement soutenues au cours de la dernière décennie, sont certes engagés dans une dynamique de rattrapage, mais ces pays demeurent des marchés de taille limitée : le PIB éthiopien ne représente en 2019 que 20 % du PIB nigérian, contre 15 % pour la Tanzanie et seulement 2 % pour le Rwanda. En outre, leurs résultats en matière d’indicateurs sociaux restent modestes en dépit d’une réduction de la pauvreté. Ces exemples soulignent tout l’enjeu du caractère inclusif du modèle de croissance des pays africains. III) Émergence : l’Afrique a son propre index On comprend alors pourquoi la grande majorité du continent (à l’exception de l’Afrique du Sud et, dans une moindre mesure, de l’Égypte et du Nigeria) était jusqu’aux années 2010 tenue à l’écart de la notion d’émergence proprement dite. Mais s’il apparaît que peu de pays africains peuvent être qualifiés d’émergents à ce stade, plusieurs économistes et chercheurs proposent des nouvelles définitions de l’émergence élargies à des critères sociaux, de gouvernance et de qualité des infrastructures. Ces définitions revisitées permettent d’identifier les prochains pays émergents en Afrique. Aux BRICS et autres classements élaborés par les agences de notation ou les banques d’affaires au cours des précédentes décennies viennent alors s’ajouter des acronymes qui laissent davantage de place aux pays africains (comme les BENIVM, dont l’Éthiopie et le Nigeria font partie), voire qui se concentrent sur ce continent à l’exemple des AKNEEM (l’Afrique du Sud, le Kenya, le Nigeria, l’Égypte, l’Éthiopie et le Maroc). Un index sur l’émergence en Afrique a également été élaboré. IV) L’émergence de l’Afrique précédera celle des pays africains Mais si les dynamiques à l’œuvre au sein de ces pays sont positives, leurs trajectoires ne peuvent être comparées à celles observées dans les grands pays émergents au cours des décennies 1990 et 2000. Elles ne laissent pas présager d’une émergence sous la forme d’un modèle aussi extraverti, amené à concurrencer ces grandes économies à court terme, tout du moins à l’échelle nationale. Ce n’est d’ailleurs pas l’ambition de la plupart des pays africains disposant d’un plan d’émergence, qui recherchent avant tout une plus grande prospérité. Au-delà de ces dynamiques nationales, l’Afrique dispose toutefois d’atouts pour émerger en tant que continent. Raisonner à cette échelle permet de lever les freins auxquels font face les pays africains pris individuellement, en élargissant la taille du marché, en offrant de nouvelles opportunités économiques et en multipliant la capacité d’insertion dans les échanges internationaux tant commerciaux que financiers. À terme, l’Afrique pourra en effet s’appuyer sur la perspective potentielle d’un dividende démographique, sur le dynamisme de la consommation intérieure, voire à terme sur la complémentarité de ses productions. Les institutions africaines se mettent progressivement en place pour accompagner cette émergence. Alors que les organisations régionales aspirent à se renforcer, le premier pas d’une intégration à l’échelle continentale a été franchi avec la mise en place de la zone de libre-échange continentale (ZLECA). Un marché financier viendra dans un

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