La déflation : définition, causes et conséquences

Que signifie exactement le terme « déflation » ? Quels événements peuvent provoquer le phénomène et quels sont ses effets économiques et sociétaux ? Quelles sont les principales occurrences historiques de déflation et qu’en est-il aujourd’hui ? I) La définition :  La déflation désigne une diminution de la moyenne de l’ensemble des prix dans une zone économique donnée, constatée sur une période durable (plusieurs trimestres consécutifs). Elle se caractérise donc par une hausse du pouvoir d’achat de la monnaie sur la période concernée. La déflation est l’opposé de l’inflation. À l’inverse de cette dernière, elle se caractérise en effet par une baisse durable et auto entretenue du niveau général des prix. À noter que la déflation peut être dite sectorielle, si elle ne touche qu’une partie de l’activité économique, ou généralisée. Il est aussi important de ne pas confondre déflation et désinflation compétitive. Cette dernière désigne une politique visant à favoriser le ralentissement du rythme de l’inflation pour améliorer la progression du pouvoir d’achat et gagner en compétitivité-prix. En pratique, dans le cas d’une désinflation, l’indice général des prix diminue mais reste positif. Dans le cas d’une déflation, aussi appelée inflation négative, l’indice général des prix passe sous le taux de 0%. II) Les différentes causes de la déflation: En économie de marché, la déflation résulte structurellement d’un déséquilibre durable de l’offre et de la demande, la première étant supérieure à la seconde. Il en découle mécaniquement une baisse des prix qui s’auto-entretient. Les causes principales de ce déséquilibre, souvent cumulées, peuvent être de diverses natures : surproduction de biens et d’offres de service, contraction des débouchés, diminution des coûts de production, contraction de la masse monétaire en circulation, surendettement et restriction du crédit, politiques d’austérité et de monnaie forte… Les exemples de déflation sont rares. Dans les pays développés, on n’en recense que deux exemples au cours des 100 dernières années : la déflation des années 1930, qui a touché les États-Unis puis l’Europe, et celle, plus récente, qui a atteint l’économie japonaise à la fin des années 1990. Dans les deux cas, la déflation s’est déclarée à la suite d’un choc financier (krach boursier aux États-Unis en 1929, krach boursier puis immobilier au Japon en 1990-1992) auquel les autorités monétaires ont apporté des réponses inadaptées ou trop tardives qui ont précipité l’économie dans une crise profonde. Aux États-Unis, la banque centrale (la FED) décide, face à la chute de la bourse en octobre 1929, d’augmenter ses taux d’intérêt. Il en résultera une contraction du crédit et de l’activité qui plongera l’économie dans la déflation. La leçon de cette erreur sera retenue. Ainsi, en 2008, la FED réagira en effet très rapidement au krach immobilier et boursier en injectant des liquidités et en abaissant ses taux directeurs. Au Japon, les krachs boursier et immobilier du début des années 1990 fragilisent les banques qui avaient accordé de nombreux prêts gagés sur la valeur des actifs immobiliers, et qui se retrouvent en difficulté. Pour y faire face, elles vendent massivement les actifs financiers qu’elles détiennent, actions et obligations, et réduisent la distribution de crédit. L’activité se contracte et les agents économiques cherchent à se désendetter plutôt que d’investir dans des actifs dont les prix baissent. Une spirale de type baisse des prix des actifs –> désendettement -> report des investissemenst -> baisse des prix des actifs se met en place et finit par peser sur l’activité via la baisse des investissements et l’absence de revalorisation des salaires. La Banque du Japon tarde à réagir. En effet, l’économie japonaise avait déjà basculé dans la déflation quand la politique du taux zéro et des mesures non conventionnelles d’achats d’actifs financiers ont été adoptées.  III) Les conséquences de la déflation: À première vue, la déflation est une bonne chose pour le consommateur, avec des prix de biens et de services qui baissent et des ménages qui voient alors leur pouvoir d’achat augmenter considérablement et durablement. Mais, en réalité, les conséquences de la déflation sont plus néfastes que positives pour l’économie : D’une part, la baisse régulière des prix incite les ménages à reporter leurs décisions d’achats dans l’attente de nouvelles chutes de prix. Ce comportement conduit à thésauriser la monnaie, baisser la consommation globale et à gonfler les stocks des entreprises qui n’arrivent plus à écouler leurs productions. En réaction, celles-ci réduisent leur production et leurs investissements. Les salaires baissent, les embauches se raréfient et le chômage progresse, ce qui finit par affecter le revenu des ménages. Il s’ensuit une nouvelle baisse de la consommation qui génère la formation d’un cercle vicieux car auto-entretenu. La Grèce a connu ainsi une période de déflation de 2013 à 2015. D’autre part, la déflation provoque une dégradation de la situation financière des particuliers et institutionnels qui ont recours à l’emprunt. En effet, le coût réel de la dette (c’est-à-dire une fois l’inflation prise en compte) augmente avec la baisse de l’indice général des prix car les remboursements des emprunts ne sont généralement pas indexés sur l’inflation. Il en résulte une moindre capacité à investir pour les entreprises et une moindre capacité à consommer pour les ménages endettés, ce qui renforce le cercle vicieux précédemment décrit. La déflation est donc un piège en ce sens où elle génère une spirale néfaste à l’économie toute entière. Elle est en outre très difficile à combattre par les autorités monétaires car elle se nourrit des anticipations auto-réalisatrices des agents économiques : tant que ceux-ci pensent que le phénomène de baisse des prix généralisée va se poursuivre, ils adopteront toujours le même comportement attentiste qui est à l’origine de l’apparition de la déflation. Le Japon a ainsi connu une phase prolongée de déflation depuis la fin des années 1990 que la politique monétaire n’a pas réussi à combattre efficacement. Les autorités monétaires japonaises ont en effet réagi trop tardivement alors que la déflation était déjà présente, si bien que ni les baisses de taux d’intérêt ni les politiques d’injection de liquidités dans le système financier n’ont réussi à endiguer la spirale de baisse des prix. Tout l’enjeu pour les autorités monétaires est donc d’agir préventivement afin d’éviter que l’économie ne tombe dans la déflation. En Europe les statistiques d’inflation

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L’Afrique a-t-elle besoin des syndicats?

Partout dans le monde, les syndicats jouent un rôle important dans la résolution  de conflits sociaux et la réduction de l’inégalité sociale, notamment dans les pays ayant créé un environnement favorable pour la liberté syndicale et développé une culture du dialogue social, le rôle des syndicats et des partenaires sociaux ne se limite plus à la défense des droits et des intérêts sociaux, économiques et professionnels de leurs adhérents, mais les syndicats contribuent aussi à la justice sociale. Qu’en est-il en Afrique ? En Afrique, les syndicats évoluent dans un contexte différent, marqué par des entorses à la démocratie et aux droits essentiels, ainsi que par le chômage et  la pauvreté, notamment des jeunes. Ces facteurs limitent la possibilité pour les syndicats d’obtenir des améliorations visibles pour les travailleurs et les travailleuses. En conséquence, les syndicats peinent à attirer davantage de membres, ce qui les maintient dans une situation de vulnérabilité. C’est un cercle vicieux qu’il faut casser. S’ajoute à cette situation une concurrence féroce, dans un paysage syndical parfois éclaté au point de comprendre plusieurs dizaines de syndicats. Ceci s’observe essentiellement dans les pays d’Afrique francophone, pour des raisons historiques et politiques. Certes,  le pluralisme syndical permet d’assurer la démocratie syndicale. Dans beaucoup de pays africain, ce principe a permis de libérer les travailleurs du joug d’un syndicat unique associé au parti unique alors au pouvoir autoritaire. Mais, ce principe ne peut pas servir à justifier une fragmentation excessive du mouvement syndical. Aujourd’hui, on constate une prolifération d’organisations syndicales dans plusieurs pays d’Afrique, principalement francophones. D’autres freins à l’organisation des travailleurs et à l’action syndicale sont notamment l’économie informelle, la violation des droits et des libertés syndicales, ainsi que la multiplication et la détérioration des conflits sur le continent. Les conséquences sont néfastes pour le mouvement syndical qui en ressort affaibli. Cela influence leur efficacité, leur représenta­tivité, leur crédibilité, leur légitimité et leur capacité à imposer un rapport de force favorable à la négociation. Face à cette situation, les syndicats se retrouvent donc dans une position délicate. Certes, les circonstances appellent plus que jamais à la défense des travailleurs. Cependant, l’évolution économique diminue fortement le pouvoir d’influence des syndicats et nécessite des réponses nouvelles. Leur marge de manœuvre est réduite entre un abandon de certains acquis sociaux et un conservatisme qui pourrait finalement se révéler néfaste pour les intérêts des travailleurs. Dans ce contexte difficile, il s’agit d’élaborer des revendications à la fois réalistes et innovantes, capables d’aboutir au compromis équitable dans l’immédiat mais également de poser les bases d’un développement à long terme. Bref, les syndicats sont la clé pour s’assurer que les gains de productivité se transforment en bénéfices pour tous et non seulement en profits pour quelques-uns. Enfin, Il est important de souligner que les relations de travail saines et dynamiques dans l’entreprise favorisent  la rentabilité et l’innovation, le développement économique et le maintien d’une classe moyenne forte, elle-même nécessaire au bon fonctionnement des systèmes. C’est tout cela qui est en jeu pour la prochaine génération de travailleurs et de travailleuses en Afrique. Voilà pourquoi l’Afrique a besoin des syndicats forts maintenant plus que jamais. Tant qu’il y aura des salariés, on aura besoin des syndicats.

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La Géopolitique de l’eau

Qu’elle soit naturelle ou produit de l’activité humaine, la désertification des sols pose des problèmes auxquels le mode devra faire face dans un futur proche. La Convention des Nations Unies définit la désertification comme la dégradation des terres dans les zones arides, semi arides et subhumide sèche, par suite de divers facteurs liés au climat ou à l’activité humaine. Le problème grandissant depuis plusieurs décennies déjà, a poussé l’ONU en 1992 à proposer une convention mondiale sur la lutte contre la désertification. Quels sont les enjeux géopolitiques de l’eau  et comment lutter contre le phénomène désertification? Le problème grandissant depuis plusieurs décennies, a poussé l’ONU en 1992 à proposer une convention mondiale sur la lutte contre la désertification. Quels sont les enjeux géopolitiques de l’eau ? Nous étudierons cela au cours de cet article en nous intéressant à une zone particulièrement touchée qui est le monde arabe, cette région qui se trouve au sud de la méditerrané. Si les pays arabes sont richement dotés en pétrole, en revanche  ils sont pauvres en eau : 5% de la population mondiale, mais seulement 1% des ressources, et encore sont-elles (comme le pétrole) très inégalement réparties. Seuls l’Irak, le Liban le Maroc et le Soudan se situent actuellement un peu au-dessus du seuil de 1000 mètres cubes/habitant/an qui est considéré comme nécessaire dans un contexte économique de développement normal. Les autres pays sont tous en dessous, même l’Égypte malgré le Nil, parce qu’en plus des éventuelles conséquences du barrage la renaissance l’Egypte est très peuplé. Et  la croissance démographique encore rapide d’un certain nombre de pays arabes devrait contribuer à aggraver la situation. Qui plus est, l’essentiel des ressources en eau du monde arabe lui vient d’autres régions : les grands fleuves des pays arabes : Euphrate et Tigre, ont leur source en Turquie (88% du débit de l’Euphrate, et 40% de celui du Tigre, et le Nil ou dans des pays africains non arabes (86 % des eaux du Nil et 95% de ses eaux de crue viennent d’Ethiopie. Enfin une partie de ces ressources est actuellement gaspillée, notamment par une agriculture archaïque et dont on n’arrive à faire évoluer que très lentement les méthodes. A un degré moindre que pour les bassins de Mésopotamie et du Nil, la question politique d’Israël est aussi une question liée à l’eau, l’Etat juif contrôlant depuis 1967 les sources du Jourdain, au détriment notamment de la Cisjordanie et de la Jordanie. Cette question passe un peu inaperçue seulement à cause de la gravité des autres. 2/3 des besoins en eau de l’Etat d’Israël sont pompés à partir de ressources qui lui sont extérieures (notamment la nappe phréatique de Cisjordanie). Les eaux des territoires occupés ont été déclarées « ressources stratégiques » et sont sous contrôle militaire de la puissance occupante. La conséquence directe du problème de l’eau est la dépendance alimentaire, quasiment irréversible à terme prévisible, du monde arabe. Si le monde arabe dispose de l’arme du pétrole, il se trouve donc inversement sous la menace d’une famine virtuelle. La demande alimentaire en est au rythme du doublement tous les 20 ans à cause à la fois de la croissance démographique et de la modification des habitudes alimentaires (qui incluent davantage de viande, laquelle demande plus de productions agricoles que l’alimentation simplement végétale). Irak et Égypte ne produisent que 5% de leur nourriture, l’Algérie seulement 40% : et encore s’agit-il des pays arabes qui ont le plus fort potentiel agricole du monde arabe ! La conséquence de cette dépendance alimentaire est une constante sortie de devises de ces pays, une obligation d’exporter pour se nourrir, une grande dépendance des gouvernements à la question des subsistances, qui est en elle-même porteuse d’instabilité politique. Or aucune politique d’autosuffisance alimentaire n’a pu être mise efficacement en place, sauf en Arabie saoudite où on produit du blé à prix d’or, grâce à une manne pétrolière qui est cependant en passe de devenir insuffisante et au pompage de nappes phréatiques non renouvelables (eau captive, comme le pétrole). Quant au phénomène  de la désertification, les scientifiques s’accordent à penser que la désertification est causée d’une part par le réchauffement climatique et d’autre part par l’activité humaine sur les zones concernées. Le changement climatique global que connaît notre planète est un cercle vicieux où de nombreux facteurs rentrent en jeu, concrètement l’augmentation de CO2 dû à l’activité humaine en parallèle avec une déforestation massive à pour effet d’intensifier l’effet de serre et donc d’augmenter la température moyenne de la Terre. Les conséquences sont des dérèglements climatiques et dans notre cas les sols sont exposés à des brulures dues aux UV solaires, à l’érosion provoquée par le vent et l’écoulement de pluies rares et violentes. La terre devient érodée et stérile et forme des plaques désertiques appelées «zipelés». L’activité humaine locale est une autre composante importante de la désertification. Il est intéressant de noter qu’il n’y a pas seulement des causes modernes. Des indices laissent à penser que les humains, depuis près de 3000 ans, participent à ce phénomène en coupant le bois des forêts et en exploitant les terres. L’aggravation est cependant beaucoup plus importante au cours des deux derniers siècles. En effet, la poussée démographique a eu pour conséquence une surexploitation des terres et du bois. Les terres sont surexploitées afin de produire plus de nourritures. La déforestation fragilise aussi les sols qui ne sont plus tenus par les racines des arbres et ceux-ci ne peuvent pas repousser car les ruminants mangent sans cesse les jeunes pousses. La désertification est donc un cycle qui «s’auto entretient» et qui est aggravé par l’activité humaine. La désertification est un grand défi qui touche environ deux milliards de personnes de nos jours, sans compter que les prévisions démographiques prévoient qu’il faudra nourrir neuf milliards d’êtres humains d’ici 2050. Il n’est pas difficile d’imaginer que la géopolitique de l’eau sera donc un enjeu principal de notre futur. Les régions les plus touchées se situent en Afrique, au Nord et au Sud du Sahara, une grande partie de l’Asie orientale et centrale

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La Ligue arabe et l’Organisation de la Conférence Islamique

I) Création et composition : La Ligue Arabe a été créée le 22 mars 1945 à Alexandrie. Dès la Seconde Guerre Mondiale, les Britanniques avancent l’idée d’une fédération des Etats arabes, cherchant ainsi à gagner la sympathie des pays arabes. En effet, en 1941, Anthony Eden, ministre des affaires étrangères de Winston Churchill, pour encourager une union des pays arabes du Moyen-Orient, déclare que :      «le gouvernement de sa majesté donnera l’appui le plus complet à tout plan qui recevrait une approbation générale».  Bien que les conditions de création de ces deux organisations soient différentes, leur création résulte dans les deux cas d’une prise de conscience face aux dangers que représentaient les mouvements sionistes. Il convient toutefois attendre la fin de la guerre pour que les  alliés des anglais hachémites d’Ammam et de Bagdad tentent  de mettre sur pied un Etat unifié du « Croissant fertile », regroupant la Palestine, la Syrie, l’Irak et  la Jordanie. L’Egypte, opposée à ce projet et craignant que l’ensemble soit susceptible de contrecarrer son influence, propose un contre-projet qui aboutit à la réunion d’Alexandrie où est créée la Ligue Arabe. C’est donc l’Egypte qui a été le moteur de l’organisation, par la volonté de Nasser de soutenir tous les mouvements de libération arabe, après qu’il ait libéré son pays de l’occupation britannique en 1956. La Ligue compte aujourd’hui 22 membres : L’Egypte, L’Irak, le Liban, l’Arabie saoudite, la Syrie, la Transjordanie et le Yémen nord sont ses membres fondateurs. A ceux ci se sont ajoutés la Libye (1953), le Soudan (1956), le Maroc et la Tunisie (1958), le Koweït (1961), l’Algérie (1962), le Yémen du Sud (1967), unifié depuis 1991 avec le Yémen du nord, le Bahreïn, le Qatar, les Emirats Arabes Unis et Oman (1971), la Mauritanie (1973), la Somalie (1974), Djibouti (1977) et les Comores (1993). L’Organisation de Libération de la Palestine a été admise en 1976. Trois ans après sa création, la Ligue Arabe est confrontée à ce qui deviendra l’un des motifs les plus importants de son unité et de sa division. La proclamation de l’Etat d’Israël le 14 mai 1948 soude dans un premier temps les membres, dont les armées aident les palestiniens. Mais les intérêts des membres sont trop disparates. L’organisation oscille entre l’axe égypto-saoudien et l’axe hachémite (Irak, Jordanie). La nationalisation du canal de Suez en 1956 renforce l’Egypte et inaugure le reflux du courant hachémite. Une nouvelle fracture apparaît qui correspond à la division du monde liée à la guerre froide. L’Arabie saoudite tente de substituer au système arabe un système islamique. La création de l’OCI, englobant des pays plus nombreux et plus riches que ceux de la Ligue Arabe, en 1969, correspond au désir de suprématie du royaume wahhabite au profit des Etats-Unis. L’Egypte tente, elle, d’aligner la Ligue Arabe sur Moscou. L’Egypte et la Jordanie entrent en conflit, cette dernière acceptant mal la création de l’Organisation de Libération de la Palestine. Ammam boycotte les sommets de la Ligue en 1964 et 1966. De nouvelles tensions surgissent à partir de 1973, avec la guerre du Kippour et les deux chocs pétroliers. A partie des années 1980, la Ligue devient un peu un instrument entre les mains des pétromonarchies, qui achètent leur influence en finançant l’organisation. La cause palestinienne et le nationalisme deviennent secondaires. L’Organisation de la Conférence Islamique (OCI) est une organisation intergouvernementale qui regroupe 57 Etats. Elle a été créée à Rabat le 25 septembre 1969 à l’occasion de la première réunion des leaders du monde islamique, suite à l’attentat perpétré le 21 août 1969 par des sionistes contre la Mosquée Al Aqsa dans Jérusalem occupée. Cet attentat constituait une «atteinte aux sanctuaires des musulmans, à leurs lieux de culte, à leur dignité et foi». C’est donc dans le but de défendre l’honneur, la dignité et la croyance des musulmans que les leaders du monde musulman ont profité de l’occasion que représentait le sommet à Rabat pour réfléchir à leur cause commune et poser les bases de cette nouvelle organisation rassemblant de très nombreux Etats, avec pour ambition de libérer Jérusalem et Al Aqsa de l’occupation sioniste. Six mois après cette réunion historique, la première conférence islamique des ministres des affaires étrangères à Jeddah (siège de l’organisation) crée un Secrétaire Général permanent. En février 1972, la conférence islamique des ministres des Affaires étrangères, lors de la troisième réunion, adopte une Charte de l’Organisation, dont le but est de renforcer la solidarité et la coopération entre les Etats islamiques dans les domaines politiques, économiques, culturels et scientifiques. II) Objectifs des deux Organisations : Les objectifs de la Ligue Arabe et de l’OCI présentent de nombreux points communs, notamment en ce que les deux organisations condamnent les violences israéliennes et affirment leur soutien au peuple palestinien. Selon sa Charte de 1945, l’objectif de la Ligue Arabe est de contrôler l’exécution des accords conclus entre Etats membres, de se réunir périodiquement pour renforcer les liens entre Etats, de coordonner leurs plans politiques, de protéger leur indépendance et souveraineté de toute agression par des moyens raisonnables et de contrôler les affaires et intérêts des pays arabes. Les décisions du Conseil sont juridiquement contraignantes dans le cas où un désaccord surviendrait entre des Etats membres.       Selon la Charte de l’OCI, l’Organisation a pour but : 1. De renforcer : -la solidarité islamique parmi les Etats membres -la coopération dans les domaines politiques, économiques, culturels et scientifiques -la lutte des peuples musulmans pour sauvegarder leur dignité, indépendance et droits nationaux 2. De coordonner une action pour : -protéger les lieux sacrés -soutenir la lutte du peuple palestinien 3. De travailler à -l’élimination de la discrimination raciale -la création d’une atmosphère favorable à la promotion de la coopération et compréhension entre les Etats membres et les autres pays. Par ailleurs, cette charte énumère des principes auxquels les membres de l’Organisation doivent se soumettre : -L’égalité absolue des Etats membres -le respect du droit à l’autodétermination et la non-ingérence dans les affaires internes des Etats membres. -le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale -le règlement de tout

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Le grand livre de l’Afrique-chaos ou émergence au sud du Sahara?

« Résume du livre de Nicolas Normand » 1. La pauvreté en Afrique subsaharienne est-elle une fatalité ? Il existe à ce sujet deux discours : pour l’un (plus « structuraliste » ou plus «de gauche»), cette pauvreté résulterait des injustices de l’histoire, des contraintes de la géographie et de la               «brutalité» de l’ordre économique mondial. Pour l’autre (plus culturaliste et plus « de droite »), il n’y aurait guère de déterminisme et les difficultés du continent seraient dues aux « choix » effectués par les Africains, individuellement et collectivement. Aucune de ces explications globales ne parait satisfaisante, même si certains éléments d’analyse sont justes dans les deux. Il y a bien des éléments de fatalité : géographiques (manque d’espèces domesticables, mouche tsé-tsé empêchant l’élevage et les animaux de trait, maladies parasitaires et autres non encore surmontées, et surtout enclavement avec 35% des populations vivant dans des pays enclavés) ; historiques, avec l’impact très déstructurant de l’esclavage arabo-islamique et atlantique (dissémination des armes, raids internes disloquant les Etats…) et le traumatisme encore plus sensible aujourd’hui de la colonisation ayant créé différents types de contre-acculturation. Ces éléments distinguent l’Afrique de l’Asie, sans traite esclavagiste marquée et où les structures et cultures locales ont été mieux respectées par les colonisateurs.  Il existe aussi deux catégories d’éléments ne résultant pas de la fatalité, les uns sujets à débat, les autres plus consensuels au niveau des sciences sociales. Parmi les premiers : l’exploitation par les puissances étrangères et les théories tiers-mondistes,  désormais désuètes après les émergences asiatiques, mais devenues altermondialistes, le néocolonialisme flirtant avec les théories complotistes. La notion de pillage est exacte à condition d’être précisée avec rigueur et circonscrite (elle explique la pauvreté de certains Etats). La corruption est une cause qui est sujet à débat (de nombreux pays corrompus se sont développés avec succès) : il faut distinguer les différents types de corruption, toxiques ou non. Les causes culturelles, bien étudiées par plusieurs auteurs africains, peuvent être soutenues à condition d’éviter une série d’écueils : l’essentialisme et aussi leur surévaluation. Elles relèvent de trois types . Les causes institutionnelles sont très importantes et mieux analysées depuis les travaux de Karl Popper et surtout de l’économiste Douglas North et ses suiveurs (Acemoglu et Robinson). Elles distinguent les institutions ouvertes et inclusives, favorables au développement à condition d’avoir aussi un contrôle de l’ensemble du territoire (centralisation), des stratégies appropriées et les institutions « extractives » et fermées à un clan, une classe ou à une élite autoproclamée. L’évolution vers les institutions ouvertes suppose en général des ruptures et une histoire plus longue que celle des Etats postcoloniaux. Enfin, les causes démographiques sont également importantes et distinguent aussi les pays restés pauvres des autres. De ce point de vue, la démographie d’une majorité des pays subsahariens, non encore entrée en transition, est défavorable au développement. Ceci est aggravé par l’inadaptation des systèmes éducatifs, parfois même en perdition (Sahel), bien que quelques pays africains (Kenya, Ghana…) aient surmonté ce défi. 2. La politique en Afrique n’est-elle qu’un business ou permet-elle de gérer l’intérêt collectif? L’Etat postcolonial importé fonctionne-t-il correctement ? Bertrand Badie soutient que la greffe est rejetée, sans d’ailleurs proposer d’alternative véritable. L’Etat-nation moderne est la synthèse d’une rationalité universelle et d’une expérience européenne spécifique, mais il ne faut pas oublier que ce modèle a de nombreux précédents non européens et africains. Cela étant, la situation actuelle majoritaire est encore celle d’Etats hybrides intégrant normes modernes et éléments de sociologie africaine : Etats encore fragiles souvent néo patrimoniaux et à réseaux clientélistes (la « politique du ventre »), créant un entre-deux propice à des dysfonctionnements. L’Afrique serait-elle en voie de confirmer (pour cette seule région) la théorie de la « fin de l’histoire » de Fukuyama ?  En effet, contrairement à une tendance récente constatée ailleurs, la démocratisation (et le libéralisme économique) ne cesse de progresser sur le continent, même si elle demeure en peau de léopard. Il ne s’agit pas d’une injonction externe mais d’un processus endogène de revendications et de contestation des régimes autoritaires. On peut aussi trouver des racines anciennes et locales de la démocratie. 3 Le « choc des civilisations » théorisé par Huntington affecte aussi le continent, mais au sein même des pays avec la survenue de l’islam radical et, plus généralement, avec une résurgence des sentiments identitaires et, chez certains intellectuels, du « principe d’indigénéité».  La construction des Etats de droit progresse néanmoins, tout en rencontrant de nombreuses limites et résistances. La citoyenneté avance aussi, mais bute sur un double obstacle : manque d’Etat pour de larges groupes sociaux (périphéries, cadets sociaux, migrants) et clôture des élites sur elles-mêmes.  Les liens entre démocratie, développement et bonne gouvernance ne sont pas aussi simples qu’on le prétend parfois, surtout avec la survenue des « néo despotismes éclairés » (Rwanda, Ethiopie) sur le modèle singapourien. Les injonctions de « bonne gouvernance » ont aussi perdu de leur crédibilité, comme l’a théorisé  le professeur Mustak Khan : ce n’est pas un moyen de développement, mais un résultat de ce dernier.  En revanche, la criminalité économique prospère et mine des régions entières (exploitations illégales des forêts, de la faune, des minerais, drogues, faux médicaments, piraterie, trafics humains, flux financiers illicites). Elle est un des symptômes de la fragilité des Etats pouvant aller jusqu’à la criminalisation de la politique et la politisation des crimes. Le concept d’ethnie est écartelé entre deux visions opposées et extrêmes : pure élaboration coloniale (Coquery-Vidrovitch notamment) ou principe fondamental (Lugan). Il souffre d’une paternité historico-raciste, d’une définition mouvante et n’est pas une donnée figée. Balandier a montré le caractère dynamique et évolutif des sociétés africaines interagissant avec les facteurs externes. Une analyse plus fine et rationnelle des rapports sociaux est donc nécessaire. Cela étant, l’Afrique est marquée par un fort multiculturalisme avec environ 2000 langues pour 48 Etats subsahariens, soit un tiers des langues de la planète pour moins d’un cinquième de la population mondiale et moins du quart des terres émergées. Dans chaque Etat, une culture nationale apparait nécessaire

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Le pétrole, une malédiction ou une chance ?

Il n’est pas possible d’écrire l’histoire du monde arabe sans parler de l’histoire du pétrole. C’est ce que permet ce livre pionnier de Jean-Pierre Sereni . On doit à un jeune universitaire français, qui utilise de nombreuses sources arabes et pas seulement occidentales, la première histoire arabe du pétrole. Drôle d’histoire à vrai dire. Partis parmi les derniers dans la course à l’or noir, un siècle ou presque après l’Amérique des trusts, la future Indonésie encore coloniale ou le Caucase russe, ils ont connu le mode traditionnel d’exploitation du brut. La concession donnait la propriété exclusive du gisement aux étrangers — surtout anglo-saxons —, et ne laissait aux pouvoirs locaux, le plus souvent dominés par les empires coloniaux, qu’un impôt modeste et nulle voix au chapitre. Sans aucun concurrent, le contrat portait en général sur la quasi-totalité du territoire. L’environnement supportait les dégâts d’une jeune et rudimentaire industrie qui salit, pollue et compromet plus souvent qu’à son tour le mode de vie des populations installées là depuis des centaines d’années, leurs jardins, leurs pâturages ou leurs espaces collectifs. La première réaction vint des travailleurs recrutés sur place, mal payés et surexploités. En 1953, l’Aramco, la compagnie américaine qui a le monopole des pétroles d’Arabie saoudite connait la première grande grève des « forçats de l’or noir ». Les syndicalistes sont relayés bientôt par les militants nationalistes qui combattent le colonialisme finissant au nom de l’autodétermination et du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Premières grèves Parallèlement, à New York, Londres ou Paris, de jeunes intellectuels venus des cinq continents remettent en cause le statu quo pétrolier. Les Arabes y sont actifs, notamment un haut fonctionnaire saoudien, Abdallah Al-Tariki, qui s’insurge : comment 85 % de la production mondiale de brut peut-elle être raffinée en dehors des pays producteurs ? La lutte passe de la politique, où les objectifs sont bientôt atteints avec la fin des empires coloniaux, à l’économie où tout reste à faire. L’indépendance de l’Algérie en 1962, le coup d’état militaire de 1969 en Libye amènent au pouvoir des équipes vite convaincues que seule la récupération du pétrole sortira le monde arabe du sous-développement et permettra de rattraper un retard séculaire. Un cartel pétrolier voit le jour à la fin des années 1950 ; Africains, Arabes, Latino-Américains s’y retrouvent et dix ans plus tard il fait montre d’une détermination et d’une discipline inattendue pour imposer aux compagnies internationales, « les 7 sœurs », le relèvement des prix qui quadruplent en 1973. Des prix, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) passe à la propriété des gisements, emmenée par la Libye et l’Algérie qui les nationalisent en tout ou en partie. Pendant une bonne dizaine d’années, on peut croire que l’objectif est atteint et que l’argent du pétrole semé dans l’économie des pays pétroliers leur permettra de décoller. Patatras ! En 1981, l’Iran et l’Irak, second et troisième producteurs pétroliers s’engagent dans une guerre meurtrière qui durera près de dix ans, sans que l’OPEP puisse intervenir. Cinq ans après, c’est l’effondrement des prix, conséquence de la récession dans les pays consommateurs. L’Occident a réduit drastiquement sa consommation et diversifié son approvisionnement en énergie en développant le nucléaire et le gaz naturel ignorés par l’OPEP. Le déclin de l’OPEP Dès lors, l’opinion publique arabe abandonne son enthousiasme des débuts et devient critique des grandes sociétés nationales qui ont succédé aux compagnies occidentales sur le terrain. Deux facteurs y contribuent : d’abord, la nationalisation a laissé la place à une étatisation sans limite des richesses nationales qui profite d’abord aux États « rentiers » et à leurs forces de police plus qu’à la population ; ensuite la modernisation de l’industrie ne favorise pas l’emploi des nationaux (à peine 1 à 2 % de la population active travaille dans le secteur). Le désamour vis-à-vis de la compagnie nationale algérienne Sonatrach ou de la Saoudienne Armaco domine les esprits. Des minorités ne cachent pas leur rejet, le pétrole est un fléau plutôt qu’une aubaine comme le pensait la génération précédente. À partir des années 2000, le leadership échappe aux pays producteurs, ce sont les pays consommateurs qui déterminent les prix et les niveaux de production du pétrole. Quotas et plans d’ajustement deviennent le lot des producteurs, même dans le Golfe où il y a beaucoup de brut et peu de nationaux. L’auteur parle de « crise des États pétroliers » dont les économies sont « noyées dans le pétrole », et les acquis des années glorieuses remis en cause par des régimes en quête de privatisation et de réduction de l’État-providence mis en place ici ou là. Les anciens régimes « révolutionnaires » que sont l’Algérie, l’Irak, la Libye, le Venezuela ou l’Iran ne pèsent plus lourd face aux monarchies conservatrices du Golfe, et d’abord à l’Arabie saoudite qui impose sa volonté à l’OPEP et ailleurs. On pourra trouver les conclusions de l’auteur trop pessimistes. Le problème est aussi l’usage de l’argent du pétrole par des groupes sociaux inadaptés, qu’il s’agisse des princes du Golfe ou des héritiers des nationalistes d’antan aujourd’hui sans perspective. L’accumulation et le développement ne sont pas leur souci, ils privilégient le maintien de leur pouvoir et de leur fortune. Aujourd’hui comme hier, le pétrole façonne les pays arabes comme leurs relations avec le reste du monde. En bien comme en mal.

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La gouvernance en bref

La gouvernance, de l’anglais governance, désigne les modalités par lesquelles un pouvoir administre un objet (une entreprise ou un territoire). En géographie le terme a d’abord une dimension territoriale (la gouvernance regroupe alors les modalités d’administration d’un territoire par un pouvoir politique), et il est multiscalaire, de la gouvernance mondiale qui est celle des institutions internationales à la gouvernance locale qui relève des collectivités, en passant par la gouvernance des États. L’engouement récent pour le terme pourrait masquer des origines anciennes : on le relève au XVe siècle dans le livre d’un juriste anglais, intitulé The governance of England, dans un sens proche de l’actuel. La notion de gouvernance fait son apparition à la fin des années 1980 dans le champ des relations internationales. L’émergence du terme dans le vocabulaire de la science politique est concomitante de la reproduction par le pouvoir politique des mécanismes en vigueur dans la sphère économique, notamment le recours massif aux cabinets de conseil extérieurs. Le terme de « good governance » est employé par les institutions financières internationales pour définir les critères d’une bonne administration publique. La Banque mondiale définit la gouvernance comme l’ensemble des traditions et des institutions exerçant l’autorité sur un pays ce qui inclut : les processus par lesquels les gouvernements sont désignés, contrôlés et remplacés ; la capacité du gouvernement à formuler et à adopter des politiques de fond ; le respect des citoyens ; la capacité des institutions à piloter les interactions économiques et sociales. L’appropriation de la notion de gouvernance par différents acteurs fait que le terme revêt aujourd’hui de multiples significations. Certaines interprétations sont en effet divergentes. Dans le contexte du développement durable et à l’échelle mondiale, la gouvernance renvoie aux mécanismes de régulation internationale et à l’effacement des États confrontés à la mondialisation des questions environnementales. À des échelles régionales et locales, à l’échelle des territoires, les mécanismes régulateurs de gouvernance doivent prendre en compte différentes dimensions : les relations entre les dirigeants et les dirigés, notamment les relations entre l’État et la société civile ; le mode de coordination de diverses activités ou les relations entre acteurs ; le mode d’allocation des ressources entre les activités ou les acteurs ; la gestion des conflits (prévention, résolution). La « bonne » gouvernance implique : que la sécurité des citoyens soit assurée et que le respect de la loi soit garanti, notamment par l’indépendance des magistrats (l’État de droit) ; que les organismes publics gèrent de façon efficace et équitable les dépenses publiques (bonne administration) ; que les dirigeants politiques rendent compte de leurs actions devant la population –(la responsabilité et l’imputabilité ou accountability) ; que l’information soit disponible et facilement accessible à tous les citoyens (la transparence). La « bonne gouvernance » renvoie essentiellement à une « saine gestion des affaires publiques ». Elle veille à ce que les priorités politiques, sociales et économiques soient fondées sur un large consensus social et à ce que les voix des plus démunis puissent se faire entendre. La gouvernance des entreprises (corporate governance), bien qu’elle ne soit pas sans rapport avec la gouvernance des États, est davantage située dans le champ des préoccupations socio-économiques. C’est ainsi que les systèmes de notation des pays en fonction de leur bonne ou mauvaise gouvernance se sont multipliés prenant en compte des dimensions assez variées dans le champ du politique au sens large. Ils se fondent sur des méthodologies et des critères variés, parfois discutables et discutés, mais fournissent néanmoins des éléments comparatifs à ne pas négliger. Pour aller plus loin : Patrick Le Galès, « Gouvernance » in Jacques Lévy et Michel Lussault (dir.) – Dictionnaire de géographie et des sciences de l’espace social, Belin, 2003 [2013].

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La Chine et le droit international

Le droit international public régit principalement les relations entre États, sujets premiers et principaux de cet ordre juridique, afin notamment d’encadrer et de réguler ces rapports internationaux. Le droit international public impose en ce sens un certain nombre d’obligations, de droits, de principes juridiques en matière de reconnaissance (d’État et de gouvernement), d’immunités (des États, des organisations et de leurs agents respectifs) ou quant à la délimitation et au régime juridique applicable à certains espaces (maritime, aérien, extra-atmosphérique) et à certaines voies de circulations et/ou ressources naturelles (canaux, fleuves, lacs internationaux) par exemple. De même, l’interdiction du recours à la force, le principe du règlement pacifique des différends internationaux et la responsabilité internationale ont largement contribué à une pacification des relations entre États, mais le maintien de la paix et de la sécurité internationales a été, dans une large mesure, confié à l’Organisation des Nations Unies, donnant ainsi une place de premier plan dans les rapports internationaux à l’organisation universelle. En Chine la politique étrangère s’est transformée depuis l’ascension de Xi Jinping, d’abord comme secrétaire général du Parti communiste chinois, puis comme président de la République populaire de Chine. Le nouveau dirigeant chinois a décidé de mettre fin à une phase de discrétion ou de « profil bas », entamée par Deng Xiaoping  (1904 -1997) et qui a longtemps caractérisé son État. L’arrivée au pouvoir de Xi Jinping en 2013 marque le début d’une nouvelle ère pour la Chine et, à n’en pas douter, pour l’ordre international lui-même. Après une période d’affirmation politique et économique, grâce à l’ancrage du parti communiste chinois et à la mise en place d’un capitalisme aux allures atypiques, le dirigeant chinois rêve dorénavant d’une Chine ambitieuse sur le plan international. La Chine est désormais conquérante. Et pour ce faire, les initiatives se multiplient. Celles-ci peuvent se prêter à différents regards : le regard de l’économiste, du politologue, mais aussi du juriste. Le présent volume de L’Observatoire des Nations Uniesse propose ainsi de mettre en évidence cette affirmation internationale de la Chine du point de vue du droit international. En tant qu’acteur majeur des relations internationales, la Chine cherche dorénavant à imprimer sa vision du monde sur l’ordre international et à s’imposer comme nouveau leader de la mondialisation. Pour cela, elle recourt constamment au droit international. Et en raison du réveil spectaculaire de sa politique étrangère, elle essaye de confirmer, d’ajuster ou de renverser l’ordre juridique établi à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Partant, le droit international se présente comme une boîte à outils essentielle pour l’affirmation de sa diplomatie de même qu’un instrument capital, lui permettant de se forger une place qu’elle veut importante dans l’ordre international. De ce point de vue, sa pensée sur le contenu et la direction du droit international, ainsi que les implications de celle-ci sur la gouvernance mondiale, visent manifestement à influencer divers domaines qui sous-tendent d’ailleurs ses implications multilatérales et bilatérales. Pourtant, dans le même temps, la Chine se heurte nécessairement à certains obstacles. Le droit international ne peut être considéré seulement comme un instrument de sa nouvelle politique. Il est aussi une contrainte pour la Chine. Le droit international, en tant que droit de la coexistence des souverainetés et de la coopération interétatique, opère comme un catalyseur des ambitions chinoises. Sur le plan du droit international économique, la Chine étant devenue une puissance économique majeure du XXIème siècle, plusieurs transformations sont à l’œuvre. À titre illustratif, elle a lancé, en 2013, depuis Astana au Kazakhstan, les nouvelles routes de la soie avec le slogan «One Belt, One Road». Ce programme de co-développement se concrétise par des investissements dans les infrastructures de transport et a pour objet initial de connecter l’économie chinoise aux continents européen et africain. Plus les années passent, plus le projet devient prolifique : de nombreux secteurs sont concernés et le flux d’investissement y est massif. Par ailleurs la Chine cherche également à développer son influence dans l’arène des institutions internationales économiques, notamment dans le cadre de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) où elle s’érige en garante potentielle du multilatéralisme. Et cela même si dans le cadre de la création de la Banque asiatique pour les investissements dans les infrastructures, elle n’a guère hésité à contourner sans scrupule les institutions existantes. Bref, la Chine investit pleinement le champ du droit international économique. Toutefois, elle se voit rattraper, à certains égards, par ses propres engagements. La Chine fait l’objet de contentieux importants à l’OMC par exemple. Et son actuel conflit avec les États-Unis s’avère menaçant pour le système commercial multilatéral dans son ensemble. En droit international des droits de l’homme, le particularisme chinois est manifeste. Outre le reproche qui lui est souvent adressé au sujet des violations systématiques des droits de l’homme, la Chine peine en général à redorer son image devant les organes de contrôle desdits droits. Au demeurant, il serait intéressant de chercher à comprendre l’approche chinoise du droit international des droits de l’homme ainsi que le cadre de dialogue qu’elle entretient avec les mécanismes internationaux de contrôle desdits droits. La Chine est également un acteur environnemental essentiel. Dans la mesure où elle est l’un des États les plus pollueurs de la planète, sa participation à la formation du droit international de l’environnement est décisive. Cela s’est particulièrement illustré par la prépondérance de son implication dans la signature de l’Accord de Paris sur le climat. Nonobstant cette volonté politique qui vise à placer la question environnementale au cœur de ses priorités, sa pratique semble toutefois jurer avec celle-ci. Et pour mieux saisir cette discordance, il serait intéressant de passer en revue la place marginale qu’elle réserve aux questions environnementales dans le cadre de ses différentes implications, notamment en matière d’investissement – et cela sans pour autant oublier le laxisme manifestement apparent qui guide sa politique interne à ce sujet, ne serait qu’à voir la dégradation continue de son environnement notamment par l’effet des déserts de poussière. Quant au maintien de la paix et de la sécurité internationale, la puissance chinoise s’impose ici

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